LES SANFÉDISTES
la ruine de la puissance impériale en Italie.
Une ligue souterraine s'était même formée entre eux dans ce but, sous le nom tout clérical de Consistoire des Sanfédistes. Naples, que l'on en dit l'auteur; Turin, qui est guelfe d'intérêt et de conviction; l'autrichienne Modène chez qui l'ambition l'emporte sur les liens du sang , étaient , avec quelques princes allemands, les trois adeptes couronnés de cette confrérie ténébreuse. Elle ne se recrutait guère que dans les cours et dans le haut clergé. Le Pape en était le grand-maître, les jésuites les plus ardens apôtres ; c'est dire que le passé catholique et féodal était l'idole de l'ordre , et que la haine du carbonarisme y contre-balancait la haine de l'Autriche.
Comme le carbonarisme pourtant, le Consistoire avait ses statuts, ses grades, ses emblèmes. Chaque initié recevait en pénétrant dans le sanctuaire une médaille d'airain, dont le symbole mystique était destiné à lui rappeler sans cesse le but de l'association : une madone, soutenue par un groupe d'anges, leur tend d'une inain un faisceau de palmes et brandit de l'autre le glaive dont elle vient de frapper un esprit de ténèbres, mort à ses pieds. L'allégorie est diaphane : la madone est l'Italie; les anges, les sanfédistes; l'esprit de ténèbres, l'Autriche.
Telle est la secte mystico-politique qui ce soir-
l66 LES SANFÉDISTES.
là tenait séance clans le parloir du cardinal de Pétralie. L'avenir dira ce qu'y faisait Anselme. Voici maintenant le caractère officiel et la mission de chacun des membres présens du synode clandestin.
Alter ego du souverain Pontife, qui décemment ne pouvait paraître, le cardinal de Pétralie l'y représentait, et partant y occupait le premier rang. Le prince d'Iési, lui, était censé y représenter les intérêts temporels de Rome, mais il n'y représentait en réalité que les passions de ses ancêtres. Issu d'une famille qui commanda maintes fois jadis les armées papales, et qui, avec les Saint-Boni face de Vérone et les Gabrielli d'Agubbio , fut la plus guelfe peut-être du moyen âge , il était le vrai fils de ses ancêtres, et son dévouement au Saint-Siège était aveugle.
Rude et déplacé dans l'intrigue, il déplorait l'humiliation du mystère, et, n'aspirant qu'au jour heureux de trancher par l'épée le nœud gordien^ il ne se résignait qu'en frémissant de rage au rôle obscur de sanfédiste. Inculte et d'une intelligence bornée, il n'avait rien étudié et ne savait qu'une chose, l'histoire de sa famille. Il se croyait encore au douzième siècle ; le monde à ses yeux en était resté là. La réformation n'était pour lui, comme pour ce cardinal-ministre Torrigiani, d'âpre et dévole mémoire, qu'un schisme sans conséquence»