‹ Rome souterraine (volume 2)Chapitre 2 sur 43 · AU DÉ H · texte numérisé non relu

AU DÉ H

diaphane de toutes ces fables si vraies, si brillantes , mythes profonds qui recèlent toute la sagesse antique de l'humanité , et gazent l'histoire pour la mieux conserver. Ils aimaient à voir dans une jeune mère chargée de la malédiction paternelle, et dans les vagissemens plaintifs d'un enfant proscrit au berceau , quelque migration de cett:^ mystérieuse et infortunée nation pélasge, sœur ahiée des Hellènes et mère de Rome, race errante et civilisatrice qvii fonda les premiers empires italiques, apporta à l'Occident la charrue et le foyer domestique , éleva sur les montagnes ces cités cyclopéennes dont les murailles de géans vivent encore, et, après avoir civilisé l'italie et l'Europe, maudite des Dieux, comme le Caïn hébreux, poursuivie par l'ingratitude de ses propres enfans, dispersée , réduite en esclavage , bouleversée par les volcans , frappée à la fois de tous les fléaux de la terre et du ciel , disparaît des annales humaines pour n'y plus reparaître.

Cependant les cavaliers étaient sortis du bois , et le soleil des monts de la Sabine. Arrivés au bord d'une espèce de promontoire en saillie sur l'étroite vallée du Numicus, ils se trouvèrent face à face avec Ardée, assise au front du roc opposé, et comme la fille d'Acrise, sa fondatrice , inondée par le soleil levant d'une pluie d'or. Le châttuui des Cesarini, qui commande

() A Kl) LE.

la ville et la vallée, n'était plus eette masse grisâtre du crépuscule; illuminé par l'incendie, il nageait dans le feu, embrasant de son reflet volcanique l'onde jaune et lente du INumicus. Un sentier poudreux et tortueux conduisit les devix Romains à la rive du fleuve qui fut le tombeau d'Enée , et l'un et l'autre tressaillirent quand soudain les fers de leurs chevaux, toute la nuit muets sur la poussière des sentiers et l'herbe des pâturages , retentirent sur les dalles sonores de la voie antique. Ils l'avaient à dessein évitée, et s'étaient cachés dans les bois pour n'être ni entendus ni vus. Ce passage subit du silence au bruit les avait fait tressaillir; il y avait eu une sorte de saisissement dans leur surprise.

A peine en étaient-ils revenus, qu'ils furent rejoints sur le pont du Numicuspar unecaritelle, qui venait de Home par le grand chemin. Marins fut le premier à l'aperctvoir, et il se prit à rire, tant était bizarre le costume de l'homme qui la montait. Il était seul. Yétu d'un habit écarlate tout barriolé d'or, et d'une culotte depeau jaune, à larges galons, bleus il était chaussé de bottines à franges versicolores, et coiffé d'un énorme claque noir rehaussé d'un panache blanc et flanqué d'une vaste cocarde rouge. A sa ceinture de soie verte pendaient un tambour de basque et une trompette. Quant à l'atelage , il répondait au reste : le cheval fléchis-

ARDEE. 'y

sait sous les caparaçons , les grelots , les rubans , les pompons dont il était affublé ; et la caritelle , peinte de toutes les couleurs les plus tranchantes, était chargée d'une pharmacie complète. Le nouveau venu était un Esculape de carrefour. Une si grotesque rencontre dans un pareil lieu contrastait étrangement avec le caractère austère et sérieux des ruines d'Ardée et des campagnes romaines.

— « Mais c'est le Catalan 1 » s'écria Marins.

— » A votre service , seigneurs cavaliers , répondit le faux docteur en se dressant de toute sa hauteur; c'est moi-même. Si vos seigneuries désirent de la véritable poudre de Badajoz, j'en ai de première qualité. L'Orviétan d'Orviète n'est rien auprès, et, comparé à moi, le grand Lupi luimême n'est qu'un empoisonneur, parole d'honneur et de Catalan. Mais , continua le charlatan en frisant fièrement sa moustache d'hidalgos, vos seigneuries aimeront mieux peut-être l'admirable histoire du fameux bandit Pépé Mastrilli de Terracine :

Nella bella cilla di Tenacina

Nacqiie quest'iiomo di soUil' ingegno

On y voit comment l'amour lui fit commettre divers assassinats; comment il fut banni des Etats- Romains et du royaume de Naples, sovis peine d'être écartelé ; et comment . échappé des mains

Page 1