LA RUE 1)P:S QUA TRE-FONTAINES
Nëgligeiiimont appuyée à sa fenêtre et sa belle tête dans sa main blanche, la jeune Romaine regardait le ciel. Son bras pendait nonchalamment sur sa guitare oubhée et glissée silencieusement de ses genoux à ses pieds. Les jalousies étaient closes, et les demi-ténèbres de la chambre ornée de fleurs, la volupté des parfums, le mystère, la fraîcheur, rendaient sa rêverie plus tendre et plu s intime.
Encore toute ébranlée des émotions et des résolutions de la veille , elle avait le cœur gros de larmes , et des soupirs convulsifs , des sanglots entrecoupés , soulevaient son sein de vierge. Elle aimait à se créer des fantômes afin d'en triompher par l'amour ; et si elle aussi noircissait l'avenir, si elle aussi se plaisait à en charger le fond de couleurs lugubres , elle savait bien quel pinceau magique en éclaircirait les teintes , et ses cieux n'étaient pas si sombres qu'une lueur dorée n'y pointât.
Son père l'effrayait moins que ne la rassurait son amant. Ce n'est pas qu'elle ne songeât avec angoisse à la lutte engagée par elle entre ces deux puissances rivales si jalouses l'une et l'autre de leurs droits et toutes les deux sacrées pour elle ; mais cette lutte dont elle était la cause et le prix, elle croyait facile d'en adoucir les coups en les acceptant tous pour elle. Douce ignorance du