‹ Rome souterraine (volume 2)Chapitre 41 sur 43 · T, BUCHER · texte numérisé non relu

T, BUCHER

Pendant ce temps Brancador galoppait vers Astiire. Fidèle aux instructions d* Anselme, il s'était, dès sa sortie de Rome, jeté en rase campagne, et n'avait traversé ni ville ni village.

Laissant à gauche la voie d'Albane , à droite la voie d'Ardée , et lancé dans le désert à travers les larges ondulations de la Campagne romaine, il avait franchi comme un trait le champ de bataille de Bélisaire et de Yitigès , tous deux soldats de fortune , dont l'un mourut roi , l'autre mendiant. 11 avait gagné presque d'une haleine les bases du Mont Albane, tout peuplé jadis de villas patricien-

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nés; cl, foulant aux pieds les ruines ou plutôt la poussière de Politore et de (Jorioles, il ne s'était reposé, lui et son cheval blanc d'écume, qu'au bord du Conca, dans l'immense fief de Champ-Morl.

Forcé au repos par la fatigue et par l'ardeur du soleil , il n'avait atteint le bord de la mer qu'à la nuit tombante , laissant derrière lui sur la côte Neptune et Porto d'Anzo. Hérissée de ruines qui se prolongent jusque sous l'océan, et qu'on prendrait pour le palais mystérieux de quelque fée des eaux, la grève inégale d'abord et scabreuse s'aplanit aux approches d'Asture, et devient sablonneuse et mouvante.

Epuisé de lassitude, le cheval de Brancador enfonçait dans l'arène humide, et la tour fuyail devant lui. Partagé entre Borne, où sa maîtresse l'attendait, et la tour d'exil et d'expiation, l'amant d'Antonia se livrait au pas lent de sa monture et au charme paisible d'une nuit d'été. Les étoiles brillaient sur sa tête ; la vague gazouillait à ses pieds comme une hirondelle endormie. Enfin le donjon fatal surgit devant lui comme un fantôme ; sa masse opaque faisait une tache noire sur les champs scintillans du ciel.

Rappelé par cette vue subite au but de son voyage, Brancador pressa le pas, mais le Qui vive? d'une sentinelle et le bruit d'un fusil qu'on arme l'arrêtèrent tout court. Il demanda le ser-

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