LE BUCHER
gerit; la sentinelle poussa un cri auquel répondit un autre cri parti de derrière la tour, et un instant après Oddo parut.
Brancador mit pied à terre et lui tendit la main ; un signe carbonique commença la reconnaissance, la lettre d'Anselme l'acheva.
L'identité bien constatée, le nouveau venu fut conduit par le sergent non pas dans sa tour, mais à l'embouchure du Conca. Un spectacle de deuil l'y attendait. Tête nue et silencieux, tous les bannis d'Asture , moins un , étaient rangés en cercle sur la grève, autour d'un bûcher funéraire, et le seul qui manquât au rendez-vous des vivans était couché mort sur le bûcher
L'arrivée de Brancador ne troubla point la cérémonie. 11 n'était connu d'aucun; mais un mot du sergent l'installa, et la muette assemblée ouvrit pour lui ses rangs , le conviant du regard et du geste à la fête nocturne.
L'ordre rétabli, Gonradin tout en larmes et une torche à la main, s'avança au milieu du cercle, et, détournant sa tête blonde, il mit le feu au bûcher. Son innocence et sa jeunesse l'avaient désigné pour ce ministère triste et touchant. A l'instant où brilla la flamme, plus d'une larme coula dans l'ombre, plus d'un sanglot rompit le silence, et l'attendrissement de tous allait déborder peutêtreen un pleur éclatant et contagieux, lorsqu'Azzo,
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l'énergique Azzo entonna d'une voix émue , mais ferme, une hymne d'espérance et de consolation. L'orage de pleurs fut conjuré; le De profundis républicain fortifia les cœurs, sécha les larmes, étouffa les sanglots, entraînant toutes les voix, toutes les âmes, dans un chœur auguste et mélodieux.
La flamme aromatique et blanche des pins avait gagné rapidement les chênes , les myrtes , les oliviers ; et le bûcher, autel de la mort, ne fut bientôt qu'une masse de feu. Tantôt la flamme montait au ciel en spirale ardente , tantôt elle s'épanouissait en gerbes d'étincelles et retombait au sein des flots noirs comme une pluie d'étoiles. La mer était rouge, les cieux étaient rouges, et le feu rougissait, comme le reste, le front pâle des conjurés. Pareils aux Templiers au pied du bûcher du grand-maître, ils étaient là tous, immobiles, couvrant de leur chant à la fois religieux et guerrier la voix pétillante de l'incendie, et le chœur mâle et profond allait mourir dans l'océan , et les forêts du désert étaient silencieuses.
Sillonnée aussi de longs reflets sanglans, la tour obscure et massive était sans voix comme la nature. Debout sur les créneaux comme une ombre, et contemplant la plage embrasée , une figure blanche assistait d'en haut à la fête des morts. C'était Isolina. Mais l'œil ardent de la fille des Maremmes cherchait en vain dans la nuit la tête