LA TO L R I) AST U R K
meilleure heure. Je m'en vais à la découverte. » — Tandis qu'Oddo montait sur la plate-forme de la tour pour interroger de l'oreille et de l'œil l'espace des bois et des mers , les Italiens restés dans 4a salle se communiquaient leurs alarmes ; l'impatience les exagérait encore en centuplant les minutes , et ces imaginations frappées semaient la nuit d'embûches et la peuplaient de mille fantômes.
— « Vous me faites rire, mes jeunes amis, avec votre pétulante ardeur, dit Azzo, toujours calme, toujours patient. Songez à la grandeur de l'œuvre qui nous rassemble , pénétrez vous-en, et une heure d'attente et de retard ne vous troublera plus. Ayez foi surtout à l'étoile de l'Italie; elle luit là bas sur Rome, voyez. Elle est vive et pure; elle nous dit : — Courage, mais patience! — Patience donc, amis; votre fougue juvénile, en précipitant tout , peut tout perdre. La liberté n'a pas de plus grand ennemi. » —
On a compris que tout cela se passait dans la tour d'Asture. Or Asture était jadis une ville romaine où Lucullus et Cicéron avaient des maisons de plaisance. Le moyen âge en fît un château fort qu'un Frangipani déshonora, on sait comment. Déchue ainsi de siècle en siècle, elle n'est plus aujourd'hui qu'un anneau de cette longue chaîne de tours de garde élevées de six en six mil-
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les pour protéger les marines romaines contre les Barbaresques , la peste et les contrebandiers. Armée d'un canon, elle est peuplée comme ses sœurs de quatre artilleurs, d'un sergent et d'un député de la Sanità ( conseil de santé ) dont le rôle se borne à faire faire quarantaine aux bâtimens, en cas de naufrage ou d'abordage volontaire sur ces plages semi-africaines éternellement menacées de la contagion.
Refoulée pour ainsi dire par les siècles des côtes dans l'océan et bâtie sur des substructions antiques , la tour moderne est un donjon carré qui plonge dans les flots, et qu'un pont de pierre amarre au rivage. C'est un écueil fortifié, et qui pourrait au besoin soutenir un siège. Aussi bien est-il en état de siège permanent, bloqué du côté de la mer par la peste d'Afrique , du côté des terres par la fièvre des Maremmes.
Debout sur la grève la plus solitaire du désert romain , entre la petite ville de Neptune et cette homérique Montagne de Circé où plane encore l'ombre de la magicienne, terreur du pâtre, la tour d'Asture n'est séparée des marais pomptins, de ce vaste royaume de mal'aria, que par l'étroite ceinture de forêts qui se déroule d'Antium à Terracine, forêts vierges, et qu'on dirait primitives tant elles sont profondes et muettes. Sorti de leur sein ténébreux et descendu des