‹ Rome souterraine (volume 3)Chapitre 12 sur 26 · L ADORATION · texte numérisé non relu

L ADORATION

énigme ; il n*eii eut pas la force. La nature de ces deux hommes était antipathique, et Marins, l'austère plébéien, était aussi répulsif à Brancador que Brancador, le patricien efféminé, à Marius. La crainte d'être humilié par le dur Trastévérin , et d'avoir à rougir devant lui, triompha chez l'amant d'Antonia de toute autre crainte; esclave de la fausse honte , il n'y alla point.

Il se sentait plus d'attrait vers Anselme, parceque Anselme comprenait tout ; il se fut abaissé devant lui sans rougir à une justification, à un aveu. Mais où le prendre? Il ignorait sa retraite , il ne le croyait même plus à Rome. Depuis son retour d'Asture , le proscrit de l'Aventin ne l'avait pas honoré d'un rendez-vous.

Ce n'est pas qu'Anselme, plus juste appréciateur des faiblesses humaines , adoptât sans examen la leçon de Marius sur la surprise du Vélabre. — Brancador est un traître, disait le Trastévérin, il faut le dégrader. — Brancador n'est qu'un homme faible , répondait Anselme , et sa perfidie n'est que de l'imprudence. Le dégrader serait le réduire au désespoir par l'infamie, et un homme déshonoré est capable de tout. Il vaut mieux lui ouvrir des voies de justification et le réhabilit(T. — Le vindicatif enfant du Janicule secouait la tête avec incrédulité , mais il se taisait. Sa résolution était déjà prise , et dès lors inébranlable. Le

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lien carbonique lui semblait relâché , il jugea il nécessaire de le resserrer par un exemple terrible.

Si indulgent que fût Anselme, sa tolérance pourtant n'allait pas jusqn'à l'oubli, jusqu'à l'impunité de telles fautes. 11 écrivit au coupable une lettre froide et sévère, où il le prévenait, sans plus d'explication, qu'il était menacé d'une dégradation, el qu il lui ménagerait sous peu l'occasion de se justifier. Le destin voulut que cette lettre écrasante parvînt à Brancador ce soir même, lorsqu'il était déjà si accablé. Ce dernier coup l'atterra.

— Me justifier! s'écriait-ii. Eh ! que servirait de me réhabiliter aux yeux d'Anselme , de Marins , aux yeux de tous les carbonari d'Italie, puisque mon nom est couvert ds boue jusque dans le peuple? Croira-t-il, lui, à mon innoc nce? Il n'y croira jamais, et je n'en resterai pas moins déshonoré. Un pareil soupçon tache un homme; il n'y a que le sang qui puisse laver la tache. — Et , la tête cachée entre ses deux mains, il tomba dans un accablement profond,

— N'importe ! reprit-il tout d'un coup en sortant de son immobilité, et en se promenant dans sa chambre avec exaltation; je me justifierai, et ma justification sera telle, qu'il faudra bien m'absoudre. — L'homme faible venait de prendre une résolution si gigantesque, qu'elle respirait bien plu-

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