‹ Rome souterraine (volume 3)Chapitre 6 sur 26 · LE PONT D ARDÉE. 7I · texte numérisé non relu

LE PONT D ARDÉE. 7I

demies, il y avait du mérite à lui, sans doute, à être carbonaro plutôt que sanfédiste, aux rangs des opprimés plutôt qu'aux rangs des oppresseurs; mais il avait trop présumé de lui-même en se croyant propre à Faction ; il se connaissait mal, et dupe de sa propre ignorance, il avait pris son ardeur colérique pour de la résolution. Le conspirateur est un être à part , et la race n'en est pas commune. Le mépris de la mort n est que sa seconde vertu, vertu d'ailleurs assez vulgaire; son premier devoir , à lui, ce n'est pas de mourir, c'est de vivre pour une idée. Or Brancador était généreux , il n'était pas héroïque. Il adorait en imagination la liberté romaine, mais son culte était stérile, et, capable au besoin de mourir pour elle sur un échafaud , il ne savait vivre que pour le plaisir, sur le satin des boudoirs.

Amolli par la solitude , par la nature , l'amant d'Antonia avait atteint les campagnes d'Ardée. Nul peuple du Latium ne fut plus fidèle à Vénus; il semble — tant il lui avait dressé d'autels — que pénétré d'une religieuse terreur par les infortunes de sa Danaé, il n'ait eu qu'une pensée, qu'un but : désarmer l'implacable déesse. La plaine était peuplée de ses temples ; le champ lémini lui était consacré ; une ville même , Aphrodise , y portait son nom , et les myrtes du Numicus ne sont que les ruines encore fleuries de

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