‹ Rome souterraineChapitre 107 sur 113 · II · texte numérisé non relu

II

«M ROME »OI)TERIâINE.

duègM avait jeté »a dép^aUle dans na pAtiumge irai- 810 , et en ramcoait par la crinière une jument àoîre, fiUe encore indomptée du ûéaart L'œil sanglant, la peau fréiniMante, Fanimal fongneax labonrait da pied la teite , et se cabrait à la voix humaine.

Anselme lai imposa un frein de bois asseï gros* sièrement improvisé; il santa sur son dos nv, la dompta de ses genoux vigoureux ; et, prenant Loyaa daos ses bras , la pressant stir son cœur , il bmça la cavale écuokante dans la plaine immoise.

Elle galopa pinceurs beures sous son douUe £sr«deau, sans s'arrêter et sans faroncber. £mpor^ comme Maseppa, Loysa, d'abord afirafée, pnta roMurée > avait repris tou^ à fait courage, et flattait de sa main blanche le poitrail luisant de sa ri^de monture. Assis sur son cou musenleux oomoie sur un sîége dont le bras d'Ansefane formait le dossûr, Tna des siens était passé autour de lui et l'enlaçait. L'impétuosité de la course avait dénooé sa dieveinre : mais , au lieu de la renouer , elle la Kvraît an vent du désert , et se plaisait à la voir ondoyer à grands flots , mêlée à la noire crinière du coursier ; l'cail distrait, la pensée errante, elle se Hvraît en silence à l'indicible volupté de la vitesse; et la cavale ardente galopait toujours à travers la plaine muette et soHtaire.

Gomme Loysa , Anselme était tombé dans la rêverie ; mais sa rêverie n'était pas vague comme la siaone. On traversait alors, au pied dn mont AUiane, le bercean des Stcoies , babilûits priaitîfii do cette

Sicile dont U bâtard à cette hçure gémissait, mourait peut-être , au cloître trastévcrin de Saint-François d'i\ssise. Ramené des lieux à l'homme, Anselme repassa une à une dans sa mémoire toutes les scènes de ce noble et terrible drame dootTouverturc avait été si brillante , le dénoûmentsi tragique. Que d^illusions évanouies, d'espérapees détruites Lque de grands citoyens massacrés ! Douleur et pitié ! Et cette Rome, cette Italie si ardemment aimée, fallait-41 donc les voir river an pilori sanglant de la tyrannie, quand leurs chaînes allaient tomber 1 Ces lugubres pensées chargeaient de nuages le front d'Anselme , et mouillaient ses yeux de pleurs.

c Si ton ami t'est ravi par la mort, lui dit Loysa en passant amoureusement les deux bras autour de son cou, né te resté-je pas pour le remplacer et pour te consoler de son absence ? Xous parlerons de lui sans cesse , nous baptiserons de son nom notre prcmier-né ; et si nous ne pouvons rendre la vie à sou corps , nous réjouirons son âme par notre fidélité.

— Chère enfant ! répondit Anselme , apaisé par cette voix douce et tendre , tu ne sais pas , hélas ! tout ce que je pleure , tout ce que je perds dans cette journée de malédiction ! Tu ne sais pas , continoa-til en la pressant dans ses bras , non , tu ne sais pas, à ma Loysa! tout ce que tu épouses avec moi! L'exil, l'infomie, Téchafaud...

— £h ! n'ai'-je donc pas entendu mettre à^rix ta ^ tête? interrompit la fille d'Orlandini , exaltée par le

péril et par la fièvre de la vitesse ; crois-tu que l'é-

chafand me fasse peur , et que je n'y montasse pas avec toi sans pâlir et sans sourciller ? IVes-tn pas mon époux? Va, bien loin de me refroidir, tes dangers m*embrasent; etjefaime plus ainsi proscrit, fugitif , mis à prix , qu'aux paisibles téte-à-tête des Quatre-Fontaines. Rome nous est fermée : qu'importe ?«le monde est vaste , ii est à nous. Gondaismoi où tu voudras ; rien ne m'efTraie. Il n'est pas jusqu'aux tempêtes de l'Océan qui ne me sourient affrontées ensemble. L'exil le plus dur , le pins noir cachot me seraient doux partagés avec toi. »

En prononçant ces énergiques paroles , les yeux de la Romaine étincelaient de flammes inaccoutumées, son teint brillait d'un éclat qu'il n'avait jamais en.

c J'étais né pour les champs reprit Anselme en portant à ses lèvres la longue chevelure ondoyante de sa maîtresse ; j'étais né pour la retraite et pour la paix du village ; nous y eussions vécu si henreax ! Ignorant le monde et ignorés de lui, nous aurions béni notre obscurité et enseveli nos jours avec joie dans la solitude ! Jouant au soleil sur l'herbe des prés et sous l'ormeau touffu des vallées , nos petits enfants grandiraient sous nos yeux, et avec eux mon amour et ta beauté. Mais qu'importent les lieux, ô ma douce amie! la paix et le bonheur ne sont-ils pas où tu es? ne les portes>tu pas partout avec toi ? t

Il se fit à ces mots une panse , un long silence d'ivresse et de volupté ; rafraîchis par une brise née pour eux seuls , les fiancés du désert fendaient toujours la Campagne ardente.

LE DÉSERT. s»S

-^ Voilà bien longtemps que nous galopons , dit enfin Loysa; n'arrivons-nous pas bientôt?

— Avant que le soleil couchant ne dore cette montagne bleue que tu * vois se dresser comme une île an bout de la plaine , j aurai reçu mon épouse à l'autel.

— Il y a donc une église où tu me conduis? Estelle aussi belle que notre Sainte-Marie-Majeure ?

— Elle est nue et vide ; mais nous aurons pour cierges toutes les étoiles du ciel , et pour orgue l'Océan battu par tous les vents. Oui , quelques heures encore , et je recevrai mon épouse en mes bras , plos rien ne nous séparera. La vie du proscrit va changer puisque tu Taimes malgré tout et que tu veux être à lai. Tu es mon ange de bénédiction , tes larmes ont fléchi le destin : le passé s'efface , l'avenir m'enchante ; je me sens renaître à une nouvelle vie. Si Dieu te demande un jour : Qo'as-tu fait sur la terre? réponds-lui : Un heureux ! et tu seras portée au ciel en triomphe. >

Ainsi l'amour tirait un rideau magique sur le sanglant passé du conspirateur, et jetait des fleurs sur son avenir d'exil et de proscription. Pressée étroitement par son ravisseur , et l'enlaçant de ses bras comme elle l'était dans les siens, son cœur sur son cœur, ses yeux sur ses yeux , Loysa se livrait en silence au charme irrésistible de cette fascination volaptueuse.

Pendant ce temps l'infatigable coursier avait ralenti sa marche. Tout à coup il se rejeta violemment

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en arrière en hennissant de donleur, et fit un bond si brusque, si impétueux, que les dent amants forent renversés. Sorti à IMmproviste d*an hallier tootTu, un buffle s'était lancé sur la cavale , et lui avait pereé le poitrail d*nn coup de eorne.

Anselme fut bientôt debout; la chute de LojfSa était plus grave ; elle resta couchée sans mouvement sur la poussière du désert. |

Les fugitifs se trouvaient alors au-dessous des ruines de Gorioles, sur les confins de la vaste mëtiùrie de Garocclle ; mais la moisson était terminée , «t le champ cette fois était désert ; d'ailleurs c*était ^^' manche , et le pen de montagnards dispersés encore dans la campagne étaient à la messe è \eptone ou à Porto -d'Anzo. Depuis Rome les fugitifs n'avaient pas rencontré un visage humain , et ils avaient fait plus de vingt-cinq milles.

C'était l'heure dn jour la plus chaude ; la canlcni« était dévorante, le soleil tombait à plomb sur le visage pâle, inanimé de la fille d'Orlandini; il n'y avait nul secours à espérer dans cette Thébaïde en feu ; Ani^elme^n'y trouva pas même une goutte d'eau : sour^ ces , ruisseaux , citernes , tout était desséché.

Ea vain promenait-il au loin dans l'espace nu œil perçant et scrutateur, il ne voyait partout qu'une mi-> litude embrasée : d'un côté une plaine jaune, aride, nue, sans fin ; de l'autre, les marais Pontins plus nos encore déployaient à perte de vue ces océans de ve^ dure si riants , si frais , si perfides , qui invitent au sommeil et qui donnent la mort. Le mont Albane ,

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