‹ Rome souterraineChapitre 110 sur 113 · XL. — SAINTB-ciGU · texte numérisé non relu

XL. — SAINTB-ciGU

Le capucin avait bravé la mal'aria et marché tonte la nnitf il avait fait si grande diligence, qatû était arrivé à Asture quelques heures après le lever dn soleil. Fidèle aux instructions d'Anselme, il avait dressé sur la plate-forme de la toqr un aotel improvisé , dont la sacristie domestique dn dévot député avait fait les frais. Un crucifix d'ébène se détachait sur un simple drap blanc , et le ciboire d'argent étincelait {LU soleil Tout étant disposé pour la cérémonie nuptiale , il avait attendu tout le jour les époux.

Le jour baissait , Anselme ne venait point

I Pourvu qu'il ne lui soit pas arrivé malheur 1 disait le sergent , assis sur sa tour , seul avec le Calabrais ; car, hélas ! nul autre que le moine n'y avait cherché asile. Quoi! poursuivait Oddo, sont-ils donc tons morts?

— Tous? répondait le capucin d'une voix sombre.

— HéUs! reprenait le sergent en te cachant la tête dani les deox maiof , Us sont morts , et je n'j étais pas ! 0 mes hôtes, mes bons coosins, je ne vous reverrai donc plus , jamais plus !

— Jamais plus ! répétait la voix sépulcrale da Calabrais.

— Eh quoi ! mon père , ce Remo si tendre et si doux, il est donc mort?

— Mort!

-=- Et Poutio, et le Vénitien, l'un si brave, si énergique , l'autre si joyeux et si gai , morts aussi f

— Aussi.

— £t le Sicilien, et le Lombard, et le vieux Septime , et Gôme , et Atzo , le juste Asso , notre triste et grand ami, et notre enfant à tons, le gracieux Gonradin, morts, tous morts?

Tous morts !

' — Et vous les avez vus mourir ?

^ Je les ai vus mourir.

— Jeunesse, beauté, justice, courage et conviction, rien n'a donc pu les sauver ! Pas un n'a échappé ?

— Pas un ! « répétait Técho lugubre du moine ; et Oddo pleurait amèrement.

On entendit tout à coup au pied de la tour la voix du vieux Matteo. ^

« lia fille ! ma fille ! t s'écriait-il en sanglotant Ayant aperçu Loysa qui, en ce moment, sortait de la forêt avec Anselme et Nicole , le triste vieillard s'était précipité au-devant d'elle, la prenant Isolina.

SAINTK-GÉCILE. 301

Car le malheareiu père avait en aussi son lot de donlear dans cette journée de désolation. Il avait perdo sa fiUe.

Arrachée par surprise des bras de Gonradin, Isolina avait accordé peu de foi au grossier mensonge de Septime et de Tipaldo ; elle n'en avait pas moins attendu tout le jour avec assez de patience le retour de la chasse imaginaire. Le soir ne ramena pas son amant , le lendemain ne le ramena pas davantage ; rinquiétude, l'épouvante, l'avaient chassée de la tour dès le matin du samedi. Elle s'en était échappée dès l'aurore et avait fait retentir les bois muets du nom de Conradin; mais Gonradin n'avait pas répondu : il expirait alors sur la place du Peuple.

Lasse , éperdue , elle était revenue tomber de lassitude et de désespoir an bord de la mer, entre Asture et Neptune. Gonchée sur le sable , elle inondait de larmes et de baisers les Heures du saint d'Arona, otage de mort et d'amour ; elle avait été aper^ eue dans cet état par le Barbaresque qui épiait depuis si longtemps cette fleur du désert pour l'arracher. Le hardi pirate avait tenté un coup plein d'audace; se jetant, lui cinquième, dan» un canot, et gagnant la c6te à force de rames sous le feu même des tours, il avait enlevé la jeune fille dans ses bras. Le ravisseur était de retour à son bord avant même d'avoir été aperçu; en vain les canons tonnèrent, les boulets volèrent, la voile s'enfla, le léger vaisseau bondit; et le vent, son complice, emporta la vierge d'Europe à l'encan des voluptés africaines.

MHà ROM£ 8ÛUXKBllAiXE-

Let gardeHîÂtei «vaieiit, pur huinâiiitéY trompé le vieiix Matleo. il croyait sa fiilc égarée dans les boia, et c'est ainsi qu'il avait pris Loysa pour elle. Quand il eot reconnu son erreur , il éclata en anathèmes contre Anselme.

« Cest toi , excommunié I lui eria-t*!! ; c eftt toi (pu m'a« damné ! car je suis damné, oui , damné ! et les peine» éternelles commencent pour moi dès icibas. Dieu ma puni de mon coupable silence. C'est pour toi, maudit, que j'ai perdu ma fille et mon âme. 0 mon IsoUua! où es-tu, oà es-tu? Pourquoi ne lépoods-tu pas à ton vieox père ? Si tu es déjà au ciel, prié, oh! prie pour lui, car ils m'ont fermé le ciel, les impies, ils m'ont damné! Us m'entraînent avec eux dans i'éiang de feu et de soufre! »

£poi»é par tant d'eiîurts , le vieillard tonoba évanoui sur le sable.

Un talaoeueil épouvanta Loysa ; portée plutôt que soutenue par Anselme, elle arrriva pâle et tremblante sur la plate-£i>fme de la toiur.

« Voici, lui dit-il en la déposant au pied de l'au* tel, le temple où ta vas sacrifier à la fortune du preserit ta eouronne de i ievge pour ceindre avee lui le bandeau d'épines. >

Le soleil était couché , le crépuscule ei le silence régaaîenÉ sur les flots. L'arebipel de Pensa n'était plu» visible ; un vent frais des montagnes apportait aux mers le parfum des bots.

£n sentinelle sur les deux grèves de Neptune et de Paola, les deux soldais carbooari protégeaient la

SAiBiTIC<GBClL£. MiH

pMBpe ouptiaie de lear chef, coibbm il» avaient protégé Daguère la pompe funèbre de Grimaldi. Nieolo était coniroe eox à son poste ; les deux autres étaient toujours consignés.

Quant au député , il était pénétré d'horreur; un crucifix et un ciboire aux mains des carbonari étaient pour lui la plua épouvantable des profanations ; il ne s Y était prêté que par peur et par faiblesse. Il lut semblait voir des diables tenir le sabbat dans une égibe et jouer avee les vases sacrés.

Revenu de son évanouissement, il se verrouilla, il se barricada dans sa chambre , il murmnra toute la nnit de» exoreismes. Quelques jours plus tard il

^ mowut de douleur, d'épouvante , de désespoir, app^ant toi^ours sa fille et criant qu il était damné.

Prêtre , autel , époux , tout était prêt pour la ce* fémêDÎe ; la robe brane du capucin , sa barbe noire, sa figure morne, ajoutaient à l'austérité de cette triste iéte.

^ • Comme vous êtes mon hôte, dit Anselme au

^ sergent en loi tendant la main , sojfex mon iéraoin. Vons serez ensnite notre pilote à tous. >

Oddo se découvrit , mais il ne répondit pa» : son émotion lui était la voix.

Lopa était silencieuse. Une appréhension vague rintimidait. De subites rougeurs allvmaientsim front ;

I puis la pâleur Téteignait , et son regard immobile ne quittait pas les flots.

Élevée dans les naïves croyances, elle creyait

^ sans réticences et sans figures. L'hostie, pour elle,

301 ROME SOUTBBRAINfi.

était bien le Sauveur en chair et en os, et le Sanveor, c était Dieo ; la voix da prêtre était la voix do ciel ; à loi teol appartenait de légitimer la tendresse ; en dehors do sacrement , il n'y avait qoe crime et péché. Ainsi la solennité nuptiale se parait à ses yeux du double prestige de Famour et de la religion.

La foi d'Anselme était plus raisonneuse ; ces formes matérielles , ces pompes extérieures, il les raé* prisait dans son cœur ; la sanction da prêtre n'était pour lui qu'un acte de discipline humaine , de décence sociale ; il s'y résignait plus qu'il ne s'y soumettait, et sa résignation était la condescendance du fort vis-à-vis du faible ; sa raison superbe ne se pliait à ce sacrifice qne pour complaire à sa maîtresse , et pouvoir dire en la présentant an monde : I Elle est ma femme. >

11 n'en mettait pas moins dans son amour de la piété , car il y a piété partout où il y a amour ; Fan sans l'autre n'existe point De même qu'il n'avait pat besoin du succès ni des prestiges de la victoire ponr garder sa foi dans l'exil k la liberté de l'Italie, il n'avait pas besoin non plus de ce vain appareil de prêtre et d'autel pour rendre un culte en son âme à l'amoor et à la fidélité.

L'épouse était en prière au pied de l'autel. Attendri par la pensée des périls et des épreuves auxquelles il condamnait sa jeunesse, le proscrit abaissa sur elle un œil plein de larmes.

«Chère enfant, lui dit-il, nos noces sont bieii mornes , n'est-ce pas? Ce nest pas là, sans doute,

tiAINTK-CKCILfi. SOS

ce que tu avais imaginé dans tes rêves de jeune fille. Ne t'avais-je pas dit , poursuivît-il avec ua sourire plus triste encore que ses pleurs, ^ue l'église était nue et vide? Mais voici Forgoe qui ouvre la symphoDÎe et les cierges qui s'allument. >

Et en eiTet la vague gazouillait d*une voix douce et plaintive au pied du doojon ; et une étoile, Vénu.s peut-être , brillait sur les crêtes déjà plus sombres de la mystérieuse montagne de Circé.

Seul témoin de Thyménée du désert, Oddo pleurait. Le moine attendait que Loysa eût fini sa prière. Enfin la cérémonie commença. Le fiancé s'agenouilla près de la fiancée , il prit sa main dans la sienne', et ils reçurent le sacrement à la clarté des étoiles.

■ Faites, 6 Dieu! dit Anselme en embrassant I^ysa, faites qu'elle ne s'en repente jamais ! t

Un rire satanique lui répondit ; se retournant brusquement f les époux se trouvèrent fsee k face avec le capitaine Orlandini et vingt carabines.

« Je sais le sort qui m'attend , s'écria le capucin de Calabre, mais les prêtres ne m'auront pas vivant.»

En disant cela , il se jeta du pied de l'autel dans la mer. Ouverts pour le recevoir, les abîmes se refermèrent sur lui ; l'Océan fut son tombeau.

Le rieur infernal était Angelo , le forçat libéré ; consigné dans la tour par le sergent pendant la cérémonie , il avait vu à travers la fenêtre des casques . et des carabines briller au crépuscule sur les mari* nés solitaires de Paolo. £taient-ce des troupes qui venaient assiéger la tour , ou bien passaîeot^elles là

306 ROME SOCTBftftAINE.

par hasard f c'est ce qo'il ne savait pas. Mais , dans un Cas comme dans l'antre , l'occasion Ini avait paru bonne ponr gagner ses galons de sergent. Il s'était glissé doucement à la porte , en avait tiré sans broit les verrons , et s'était mis en campagne. Toutefois , pour être hors de la tour , il n'était pas libre , puisque les bois et les grèves étaient gardés. Rendu à ses vieilles habitudes d'assassin, le galérien avait pris sur-le-cfaamp son parti ; afin que la sentinelle en faction du côté de Paola ne pût l'arrêter ni jeter l'alarme, il l'avait assaillie par derrière et assommée sur place d'un coup de crosse ; après ce noble exploit, il avait volé au-devant d^Orlandini, qui arrivait en ce moment de Terracine avec ses carabiniers et lut avait servi de guide jusqu'au pied de l'autel nuptial. La surprise avait été complète ; non moins favorisé de la fortune que son digne patron le gouverneur de Rome, le capitaine prenait du même coup la tour, sa fille, le pèlerin de Sainte-Marie-lfa-' jeure, et le carbonaro du Forum.

c Je vous arrête au nom du saint-père ! s'écria-til ; le premier qui bouge est mort, t

Oddo s'approcha de lui.

c Capitaine , lui dit-il , vous êtes cai*abinier , je suis artilleur ; je n& suis ni de votre corps ni de votre arme , et vous n'êtes point mon chef. Veuillez , s'il vous plaît , me montrer vos ordres.

— Mes ordres ! répondit Orlandini avec un rire atroce ; ah î tu veux voir mes ordres ? Écoute donc bien ; les voici : Carabiniers , ce sergent est un^Car-

SAINTE-GÉGiLË. ,107

bonaro \ il a trahi le saint-père et déshonoré Farinée. Qa on le fusille par derrière. »

Oddo fut entraîné par six hommes jusqu'au bord du Gonca , au lieu même où avait brûlé le bûcher de Grimaldi. Une décharge de carabines annonça que Tordre sanglant était exécuté.

c A nous deux maintenant, reprit Orlandini en s*adressant à Anselme , déjà saisi par les carabiniers. Ne suis-jepas prophète? Ne t'avais-je pas dit à Sainte- Marie-Majeure que je t'escorterais moi-même au gibet ?

— Arrêtez ! s'écria tout à coup Loysa en s' élançant sur les créneaux de la forteresse ; si vous l'emmenez , je rejoint le capucin , je me précipite dans la mer.

— Allez toujours , mon capitaine , dit Angelo ; elles disent toutes la même chose. N'ai-je pas vu ça, moi, quand on a pris le fameux bandit Garbarone? La belle Grazzi^, sa maîtresse, soit dit, mon capitaine, sans vous offenser, menaçait aussi de se tuer si on arrêtait son amant ; on l'a arrêté, et elle vit encore.

— Angelo , Angelo ! interrompit son camarade Salvator d'une voix effrayée, tu joues là un bien triste rôle. Ne crains-tu pas le sort du pauvre Gheco, brûlé sur la montagne ?

— Va-t*en, lâche, imbécile ! t répondit le forçat ; et d*un coup de piefl il jeta le trembleur au bas de l'escalier.

Cependant Loysa n'avait pas quitté son créneau , ni les carabiniers leur proie ; mais sa menace \ek te-^

M)H HOMU SOI TKBH AINE.

nait en respect h% vue de ton père lai arait rendu toute son énergie, et sa résolutioe était prise là comme à Sainte-Catheriae. L'embarras d'Orlaadini était grand , car il y allait de ses cpanleites de colonel. Il menaça à son tour, il jura , blasphéma , mais en vain ; attentive an moindre geste, Loysa ne répondait que par ces quatre mats : Si vous Temmenez , je me précipite.

Anselme alors intervint Jusqse-làils*étaittà, qu'avait-il à dire ? Ecrasé par le nombre , il se résignait en silence à la mort. Mais il ne se résignait pas à celle de sa jeune et héroïque époase ; ne pouvant voler dans ses bras pour rejoindre avec elle le capucia et mourir tous ensemble au sein des flots , il se mit à genoux y les mains jointes , au milieu de la plateforme , dans l'attitude d'un suppliant ; mais au premier mot qu'il voulut hasarder peur la conjurer ée vivre , elle lui ferma la bouche.

t t)rois-tu, lui dit-elle fièrement, que je veuille d'un salut qui n'assurerait pas le tien , et d'une vie que tu ne devrais point partager ? Ne suis-je pas ton épouse ? N'es-tn pas mon époux? Le ciel n'a-t-il pas reçu nos serments ? Ne vient-il pas de bénir notre union?

— Votre union ! interrompit le capitaine exaspéré ; votre onioB ! Vous osez nommer cela nu sacrement ! C'est un sacrilège, et l'abominyile prêtre qui s'est prêté à une telle profanation s'est senti lui-même si coupable , qu'il a prévenu par un nouveau crioie les châtiments du Saint-Office. S'il a échappé k l'crgas-

SAINTE. CéCll.R. S09

tokm d« CoraetOf il n'échappera pas à Teofer. Mais enOo , conlifioa-t^il en faisant un pas vers Laysa, te plaira-t-il de descendre de ce crénean , ou s'il fant que je t'en aille arracher de force ?

— N'approchez point Un pas de plus , vons êtes parricide. Vons saves bien que je ne fais pas de vaines menaces ; rappelez-vous plutôt Sainte^Catherine et les Quatre-Fontaines. Je vons répète que si vons ne veniez pu être parricide et vous pi^senter au jugeaient <^mier teint du sang de votre propre fiUe, vous devez relâcher mon époux et le laisser fuir : vous me garderez si vous voulez ; mais lui , je sais le sort qui l'attend ; n'ai-je pas , ce matin même , entendu mettre à prix sa noble tète ? Je sais aussi bien que vous ce que ce^a signifie : si vous l'emme-^ nez, il est perdu pour mot, et je n'ai plus qu'à mourir. Ainsi, mon père , n'espérez pas me tromper.

— N'avez -vous point de pitié? s'écria tout à coup Anselme en tournant de la fille an père toutes ses supplications. Je ne vous prie pas pour moi ; mais c'est elle , c'est votre enfant qu'il faut sauver. S'il faut pour cela m'humilier devant vous,

' me voici à vos pieds*. Qu'exigez-vons de plus ? N'estce pas une victoire assez belle que d'avoir à vos genoux le pèlerin de Sainte-Marie-Majeure? Au nom du ciel, au nom de tous vos saints, préservei-la d'elle-même ; arrachez-la de cet afïreux créneau. Vous voyez bien qu'elle va tomber, qu'elle va périr. Sauvez-la donc ! sauves-la ! »

Il fut là encore interrompu par Loyta.

aïO ROME SOUTERRAINE.

c Et tu crois doue que , si les prières pouvaient le toucher , je ne t'en aurais pas épargné l'homiliation? Tu crois que je n'aurais pas moi-même usé sous mes genoux la plate-forme de cette tour de malédiction? Va , ne prie plus , Anselme ; je le connais mieux que toi : tes supplications se brisent contre un roc. Relève-toi ; ne prie plus. Autant vaudrait dire au Tibre de s'arrêter , et au Vésuve : Éteins- toi ! Il D*a point d'entrailles. C'est la peur qui le touche , ce ne sont pas les larmes. Mais, mon père, songez-y, eootinua-t-elle en se touruant vers le capitaine ; il ne s'agit plus de moi , il ne s'agit plus de loi, il s'agit de votre salut éternel; car vous êtes un parricide, et vous aurez à rendre compte à Dieu de ma morl si votre inflexibilité me force à prendre la route du capucin.

— Il te sied vraiment de parler de Dieu , à toi , fille rebelle , qui te révoltes contre ton père, coûime Absalon. Dieu te punira comme lui.

•~ Allez toujours , mon capitaine , ne cessait de lui murmurer à l'oreille le galérien ; elle ne se tuera pas plus que la belle Grazzia. Je vous en réponds. »

Un coup de canon partit de la mer ; c'était le brick qui arrivait d'Ostie. Il avait aperçu de loin une embarcation clandestine qui fuyait la côte ; l'ayant hélée sans qu'elle répondît , il avait tiré dessus et l'avait coulée bas. C'était la parancelle. Une fois la toor an pouvoir des carabiniers , et tout espoir étant perdu, le soldat de garde vers Neptune s'était glissé sous le pont où elle était amarrée, et avait gagné le large; il fut coulé à fond avec elle.

SAINTE. GE<:iLE> SU

Nicolo fut plus heureux : quoique dénoncé par Augelo , il échappa ; pour éviter le bagne il prit le bois, c'est-à-dire qu'il entra dans une comitîve de l'Apennin , et qu il se fit bandit.

Cependant il fallait prendre un parti. Les carabin niers murmuraient déjà , et la présence du brick avait rallumé la vulgaire ambition d'Orlandini. Jaloux de terminer à lui seul une entreprise si noblement commencée , afin de mieux gagner son brevet de colonel , il donna , plus peut-être pour éprouver sa fille et Teffrayer que pour être obéi sur-le-champ , Tordre bref et précis d'emmener Anselme ; il la somma >ellemême militairement de descendre de son créneau , et s'élança vers elle pour Ty contraindre. Il arriva trop tard ; elle avait suivi le moine. La mer jalouse engloutit dans sou sein la vierge épouse , et se refermant en grondant sur ce trésor perdu pour la terre « Fabîme renvoya au père dénaturé un cri de malédiction.

G*en était trop pour le proscrit ; relié à genoux sur la plate-forme, il tomba le front sur la pierre, et resta sans mouvement aux pieds des soldats , comme le Dante aux pieds de Françoise de Rtmini.

Il revint à la vie , au lever du soleil , sur la route d'Ardée. Il se trouva garrotté sur le dos d'un cheval et entouré de cavaliers. Orlandini marchait en tête. Laissant sa fille au sein des mers et la tour d'Asturc sous la garde d'Aogelo , nommé sergent, et de quelques carabiniers détachés de sa troupe , il conduisit à Rome son prisonnier.

:(|» ROMIS gOUTEKKAIVE.

La cavalcade fit haitê à Ardée , poar laisser rafratehlr las chevaux. Accablé de fallgae, moet de daalcQr , l'époaz de Loysa était cattché snr la prairie qui sert de place à la ville de Daiiaé , an lieti même où, tfoeUpieÈ semaises auparavant, il s'était assis avec Marius. Qoe dVspérances alors! -et maintenant!...

Dévê9é de chaleur et de soif, il ne demandait rieu, il a'eàt rieo obtenu. Un vieillard s'approcha maigre la bmtaUté des ^rdes , et soutenu par un prêtre , il tendit au prisonnier un verre d'eau que le prêtre fot obligé de lui porter lui-même aux lèvres , car ses deux bras étalent enchaînés. Le vieillard était ce moribond qu'Anselme avait arraché vivant de l'hypogée ténébreux ; le prêtre , celui auquel il l'avait confié en repirtant pour Astnre. Tous les deux Pavaient reconnu ; il les remercia du regard , et le vieillard se retira en fondant en larmes.

La caravane repartit. Gomme elle traversait le pont de Sfumicus , Orlandini aperçut un homme qui graviisait devant eux la colline opposée. Il détacha à sa poursuite deux carabiniers' qui revinrent sans l'avoir atteint. Il s'était perdu dans les bois.

C'était Septime. Réveillé , par l'insttnct de sa propre conservation , de la longne léthargie oh la mort de Gonradin l'avait plongé, le vieux Sarde avait coupé une boucle de cheveux à la iètt blonde du bel enfant; il avait serré sur son cœur ce triste et doax trophée ; et , laissant son fils adopHf k Sainte-*Gécilt sons la garde des Trastévérînes , Il avait repris seul

SAtNTE-GécILE. 313

la rente «TAstare. Il n'y était arrivé que |H)ur y roir entrer Orkndîni ; mais , caché par la nuit ^ il avait rebronaté chemin sans avoir été découvert. A peine avait-il fait nn mille du cAté de Neptune, qn*un obstacle l'avait fait trébucher dans sa fuite ; il crut que c'était un pore-épic : c'était te livre d'Heures d'Arona que le vent avait fait voler de la grève où favalt laissé tomber Isolina dans les bois où fuyait le père adoptif de Gonradin. Septime s'empara de la sainte relique ; il cacha dans son sein ce nonvean trophée , et , seule victime échappée au sacrifice , le soldat sexagénaire avait repris seul, à travers ces déserts hérissés de tant de périls, le chemin de l'exil. f/ Cependant la cavalcade avait atteint le Tibre par

/ Gamposelva, Lavinie , les champs Laurentins , Tel-

lènes, tontes ces solitudes silencieuses, penplées de tant d'invisibles prestiges , et tant de fois traversées par Anselme et îlarius aux jbnrs radieux de l'espérance. Les instructions d'Orlandini portaient que les prisonniers d'Asture devaient être conduits à Rome ' par le Tibre, afin de prévenir toute tentative d'enlè-

vement. Une galère pontificale les attendait à l'embouchure de l'Eau Férentîne. Anselme y fut embarqué sous bonne escorte; et, remorquée par les chevaux, la galère entra de bonne heure au Trastévéré dans le port de Rive-Grande ; grande rive en effet, illustrée par Codés, délie et Scévola, aux siècles géants de la république.

Le faubourg du Janicule était désert ; la population trastévérine était tout entière à Sainte-Cécile

pour les obsèques de Gooradin. Exposé inr le tombeau même de la sainte toute la journée du dimanche , le martyr adolescent devait être enseveli , par une grâce particulière, dans la chapelle même où la vierge mélodieuse reçut elle aussi le martyre dans tout l'éclat de sa jeunesse et de sa beauté.

Les restes de Marins avaient été moins heureux. Déposés par les Trastévérins à Saint-Jean-DécoUé , ils en avaient été arrachés violemment dès le soir. Informée par l'ignoble confesseur du condamné qu'il avait refusé de baiser son crucifix de buis , et que par conséquent il était mort en état complet de réprobation, la confrérie des suppliciés avait refusé son ministère au philosohe du Janicule ; repoussant sa dépouille avec horreur, comme indigne de reposer en teire sainte, elle l'avait fait jeter au pied du Muro- Torto, cimetière, ou plutôt voirie des impénitents, située entre la porte du Peuple et la villa Borghèse« La terreur qui régnait dans Rome n'empêcha pas de trouver- le lendemain matin la tombe du carbonaro jonchée de lis et d'immortelles.

La barbarie monacale de la confrérie des suppliciés perdit Taddée : cet acharnement de prêtres sur un cadavre l'exaspéra ; il alla dans sa rage jusqu'à maudire l'autel et ses ministres. Il le paya cherr Convaincu par le Saint-Office de blasphème public au premier degré, il fut condamné aux galères per* pétuelles , et le dictateur du Trastévéré alla mourir au bagne de Civita-Vecchia.

Le jour venn d'ensevelir Gonradin , les Trastévé-

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