SAINTE-CÉCILE
rûiet, feeg protectrices, avaient envoyé une députa* tion au cloître de Saint-François pour supplier le cardinal de Pétralie de vouloir bien condescendre , pour l'amour d*elles , à officier en personne aux funérailles du jeune inconnu, leur protégé. « C'est le fils adoptifda faubourg, lui dirent-elles, et le grandpénitencier est le père du faubourg. Gooiment refuserait-il de prier pour le plus pur et le plus beau de ses enfants?*
Anéanti par la restitution muette , éloquente , de son mystérieux anneau, le Sicilien sortit une seconde fois de la tombe où il était plus qu à demi descendu, et consentit à payer au monde ce dernier tribut.
Dès Faube du lundi , l'église de Sainte-Cécile était en deuil. Beau dans la mort comme dans la vie , Gonridin était couché , le visage découvert, au pied du maître-autel d'albâtre et d'agate où la sainte repose. Sa chevelure blonde et pendante ondoyait sur le marbre sacré; seize cierges, autant qu'il avait d'années , brûlaient autour du cercueil. Le cardinal monta en chaire, pâle, livide, déjà saisi du froid de la tombe. Il parla de la jeunesse, de l'espérance, de l'éternité ; c'était un spectacle à la fois triste et touchant que cette oraison funèbre de l'adolescent inconnu par le prince de l'Eglise septuagénaire. Tons deux fils de l'Italie, entraînés tous deux à Rome par la même idée , le vieux bâtard de Sicile et le jeune orphelin d' Arona mouraient du même coup. Mais en les voyant là l'un dans sa pourpre , l'autre dans son linceul, quel œil aurait pu soupçonner entre le vieil-
pour les obsèquet de Goiira«*' y^rmWk ifespéniiieê beau même de la sainte ' ^yj/^ che, le martyr ado' yt/'^une grâce parti ''.^yjée trooWa la cérémonie, et, vierge mélod' <>^^^ cardinal vît passer devant tout réclat ' ''^y^é^* Da port de Rive-Grande, Les rep j/'^i^ prisonnier an château Saint* Déposés i^^àe^ chevaux se perdît an loin dans ils eo //*^^sre , et , un instant distraite par le Infor >°^^^ ^ l'auditoire revint à Gonradin. ava' J%, ^^ti^or n'y revint pas ; il avait reconnu An-
p9 /^w^ 1°"^^ ^^'^ ** chaire, il garda un long p y^i^ silence. Tout à. coup son oeil terne et son ff'^dê s'allumèrent d'un feu surnaturel ; faisant ^^'.méme un puissant effort, le moine étendît ^'^deo^ bras sur la foule prosternée , et il s'écria ^ le Crucifié du Calvaire :
c Jérusalem ! Jérusalem ! toi , qui tues tes proj^étcs et lapides cens qui te sont envoyés , combien fie fois ai-je vonlo rassembler tes enfants, comme la pôttle rassemble ses poussins sous ses ailes, et tu ne l'as pas voulu ! f A ces mots, il tomba évanoui.
Comme on plongeait Anselme dans le cachot quitté la veille par Marins, le grand-pénitencier fut reporté mourant dans sa cellule. Il y languit plusieurs jours ; un devoir l'attachait encore à la vie. Il s'attendait an supplice d'Anselme , et il en épiait l'heure afin d'user du droit des vestales , et de se jeter entre le martyr et l'échafaud. Cette consolation lui fut déniée.
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Le palais Madame avait assez de Fémeute de Marins sans 60 affronter une seconde. Condamné à mort , Anselme fut exécute dans son cachot.
Ce dernier fil rompu, rien ne retenait plus à la teire le bâtard de Sicile ; il retomba sur son lit dv douleur, sur son lit de mort, et descendit dans ia tombe après tous les autres. Il s'y coucha en silence, et sa grande âme, inconnue du moude, emporta dans l'éternité le secret de son génie et de ses douleurs.
Un mois s'était écoulé depuis la tragédie du Forum. Les mille bouches du Vatican hurlaient encore de joie ; Naples et Turin faisaient écho. La consternation régnait dans les ventes ; on y arait reçu à la fois et les dépêches clandestines d'Anselme et la nouvelle publique de sa défaite ; cette lamentable nouvelle ajournait tout. C'était une plaie saignante an carbonarisme italien; ne pouvant songer à se remettre à Tœuvre avant d'avoir cicatrisé ses blessures , il attendait sa guérison et y travaillait dans le silence du désespoir , mais du désespoir qui ne se résigne pas.
Un soir du mois de juillet, après une journée brûlante , une légère barque sortit du port d'Arona , sur le lac Majeur.
Le soleil était couché, mais le crépuscule, encore clair, surgissant du milieu des citronniers et des cyprès , la gigantesque statue de saint Charles Borromée se dressait dans l'espace et se dessinait inerte et sombre sur les mouvantes nuées d'un couchant d'or. A l'autre rive , ondulaient les coleaux enchantés de Varèse, tout brillants de chapelles, de tours, de villas , et dominés par le sanctuaire aérien de la Madone-du-Mont. Ispra , Belgiraie , Palanza , Li-
sance , tous les villages , tous les couveats , tous les châteaux semés sur les bords , suspendus aux flancs des collines, se miraient dans les eaux bleues et tranquilles ; couronnées d'orangers en fleurs, de myrtes, de grenadiers , les îles Borromées siégeaient en ruines au milieu du lac. Les glaciers roses de Bellinzone et du Valais fermaient au nord l'horizon.
Bercée sur les flots avec mollesse, la barque glissait en paix. Elle n'avait qu'un rameur, et à la poupe était assise une femme blonde , vêtue de noir, belle, gracieuse , jeuoe encore , mais pâle et fatiguée par les pleurs. Arrivée au milieu du lac, elle tira de son sein un portrait quelle couvrit de baisert. Cette femme en deuil était la mère de Gonradin, et^ dernière ébauche de Remo , ce portrait — qui. ne s*en souvient avec larmes ? — sortait du donjon d'Asture. Gonflé là à Marins, et déposé par lui à Bologue en des mains sûres , il était parvenu à la veuve d'Arona par des voies mystérieuses. Sans autre nouvelle do jeune proscrit, et le croyant toujours en ' Corse, elle s'exilait chaque soir de la terre de servitude, et cherchait le tranquille désert des eaux pour verser en liberté sur son Benjamin des pleurs dont la tyrannie jalouse lui faisait un crime.
Ses larmes coulaient sans bruit ; le jour baissait ; et, venu aussi d'Arona, un esquif monté par un homme seul fendit tout à coup les vagues» Il eut bientôt atteint la mère de Gonradin. Arrivé près d'elle, l'inconnu sauta de l'esquif dans'la barbue; il s'agenouilla à ses pieds , lui prit la main , la baisa
en sUence ; et tirant un livre de son manteau , il le lui présenta sans parler.
C'étaient les Heures du saint lombard, dont le colosse de bronze contemplait,, du haut des collines en fleurs , cette scène muette et douloureuse. Une boucle de cheveux blonds tachés de sang pendait au volume héréditaire.
La triste mère comprit ; elle leva sur Septime , car c'était lui , ses beaux yeux bleus noyés de larmes, et tomba dans ses bras sans connaissance.
c Fuyex ! t s'écria derrière lui la voix du rameur. Tournant les yeux du côté de la terre, le banni vit galoper sur la rive sarde une troupe de carabiniers royaux. Ils l'aperçurent, descendirent de cheval , et, s'élançant dans une embarcation, ils se mirent à sa poursuite.
Septime pressa sur son cœur la mère de son fils d'adoption ; il baisa une dernière fois ses mains glacées, et la déposa doucement dans la barque ; ren« tré à la hftte dans son esquif, il gagna la côte lombarde à force de rames. Là , du moins , les sbires piémontais ne pouvaient le poursuivre. Ils ne l'atteignirent pas , mais ils se vengèrent de la fuite du carbonaro sur la veuve évanouie. Elle fut traînée dans la citadelle de Novare , pour avoir entretenu de coupables intelligences avec les ennemis de l'État.
Débarqué au fond d'un petit golfe désert, Septime se jeta seul, et par des sentiers de traverse, dans les vallées lombardes de Gavirate et de Gassano. Il marcha toute la soirée, toute la nuit; au