‹ Rome souterraineChapitre 12 sur 113 · NEPTUNE · texte numérisé non relu

NEPTUNE

f de tant de générationfl inconnues , et la vagae des

siècles Ta porté bien loin. La bourgade obscure des M aremmes a donné le jour à un grand artiste , André Sacchi, génie simple, grandiose, austère, qui fut le dernier champion et comme le Gaton de TEcole romaine.

r Neptune donc était en fête , les cloches sonnaient

leurs fanfares. Endimanchée et le bonnet blanc sur Foreille, sa population de pécheurs était, comme tontes les populations d*Italie les jours de fête , répandue par groupes oisifs sur la place. On donne ce nom pompeux à quelques centaines de pieds carrés qui servent de parvis à l'église. Les enfants se rou-

^ laient tout nus, comme à Ardée, dans les jambes des

hommes ; les femmes sillonnaient les groupes , qui s'ouvraient avec admiration devant leurs brillants habits grecs.

Neptune est à la Campagne de Rome ce que Procida est an golfe de Naples : elle a conservé dans le

w costume des femmes un monument sans réplique de

son origine hellénique. Jeunes et vieilles , les Neptnniennes étalaient an soleil leurs corsets verts brochés d'or et leurs longues robes écarlate coupées à la grecque. Chaussées de fins souliers de satin cramoisi, elles portent toutes, celles-ci sur leurs cheveux blancs , celles-là sur leurs cheveux noirs , un voile

^- de lin brodé qui est plié en torche carrée sur le haut

I dn front, et qui retombe à angles droits sur les

épaules; cette coifTure est surmontée, comme la

chesa des Italo-Albanaîses , à laquelle d'ailleurs elle

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ressembld , de growes épingles d'argent icnipftées i |

jour. I

Fraicheê et coquettes , les jeunes diarchaieDt d'un pas svelte; maigres, sèches, ridées, les vieilles « toutes courbées qu'elles étaient par l'Age , ne le cé«> daient à leurs cadettes ni en atours ni eu prétentions ( ^

mais les bgoux massifs des mères brillaient moins -'\ au soleil que les grands yeux noirs des filles : et le feu des bijoux , l'éclat des couleurs , faisaient un sin«> gulier contraste avec la sombre humidité des bouges d'où sortaient ces madones vivantes.

Elles fredonnaient , tout en cheminant , la ballade populaire du bienheureux Louis de Goniague, le saint chéri des Romaines : ^^

Luigi Aageiico ^

Dal vostre vùo Di paradisA Spira bclta. . .

A quoi les hommes répondaient pai* les louanges tout aussi peu incorporelles de la reine des cieux : Ob Maria dclla bionda tcrta , I capeUi «on fila A'wo , Riinirando qael bel Lesoro Tutti gli aoge]i fanao Testa...

Soudain une trompette sonna. Tous les yeux se levèrent, et l'on vit arriver du côté de Porto d'Anio un homme en habit rouge et en panache blanc, monte sur une caritelle de toutes couleurs. 11 entra dans la ville au galop , et redoublant ses fanfares , il s'arrêta au milieu de la place.

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ft Menteon, mitêàvam, êécmfU'û sAuraprandrc haleine et en se redressant de toute sa hautear nir la cantelU , Je sniê le Gataito. Mon nom est coob« de SalamanqoeàRome. Je quitte à Tiastant Porto d*Anio, nid de forçats et de obarbonaitrs, pour Neptune, qui est la fleur de la Maremme comme Rome est la fleur du inonde ; j'arri¥e pour la fâte« et me voici. Que vottlea«vous, messîeiin, mesdames? mes re» mèdes ou mes chansons? J'en ai pour tous les maui, j'en ai pour tous les goûts, Vottlez»>vous Thlstoirc de la femme d*Alicante , qui tua son fils pour le faire manger à son ohien, et qui fut emportée vivante aux enfers? Mais non, comme vous âtes de bons chrétiens, et qn il convient ne pas profaner la sainteté d'un jour de fête , je vais vous conter les aventures de saint Jean Ghrysostome, et vous verres, messieurs, mesdames, comment ce grand saint tomba en péché mortel, et comment il obtint le par» don de Dieu par la pénitence.

— Holà! seigneur Catalan, lui cria uq jeune pécheur dont la jaquette de velours noir et la culotte eonrte étincelaient de boutons d'argent , puisque vous êtes d'Espagne , chantez-nous donc un peu la Dé* roule de Roacevaux. i C'est une des ballades héroï* ^œs les plus goâtées du peuple romain.

c Âhl ah! vous voulei la Déroute de Roncevaax, où périrent Roland et tous les Paladins. Autrement, messieurs , mesdames , j'aurais pu vous chanter une chanson des plus belles que j'apporte de France, «I qui est de la première nouveauté : oo sont les La*

mentations de Napoléon sur sa chute et le Retour du Conscrit...

>- Non, non, interrompit le jeune pêcheur. Roncevaux! Roncevaux!

*« Napoléon! — Napoléon!» crièrent d*autres voix.

Le grand nom du moderne Gharlemagne est ansst populaire an bout des Maremmes que le nom fabuleux et tout national du neveu de Tancten.

a Roncevaux ! — Napoléon ! » criait la foule divisée. * '

Le débat aurait pu se prolonger indéfiniment si une voix de conciliation n'eût crié :

• Tous les deux ! >

Ce terme moyen fut adopté, et l'on convint de garder pour la bonne bouche les Lamentations de Napoléon et le Retour du Conscrit. Le silence établi , le Catalan entonna d'une voix juste et claire la Dé* route de Roncevaux.

Cette épopée populaire, si chère aux Romains, n'est qu'une longue description de la dolorosa rotta des Pyrénées. Les faits d'armes de Roland , qui en est le héros , et les bons mots du classique Turpin en font tous les frais. Elle est écrite en octaves héroïques , et ce rhythme pompeux se prêtait merveilleusement à la mélopée du Catalan, espèce de récitatif fi(»rtement accentué , à la manière de ces lecteurs du Môle de Naples, qui racontent aux mariniers les aventures de Rinaldo. Le Catalan avait de plus qu'eux un tambour de basque , et terminait chaque

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