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vante tel qu'on eût cm son frère à la porte. Je youh disais bien que t6t on tard il arriverait malheur! Fnyex , seigneur Anselme , fuyez ; il est lionime à nous tuer tous les trois sur la place.
-— Eh! ma tante , dit Loysa avec fermeté ^ pouiv quoi vous effrayer ainsi? Ceci me regarde, et je n*ai pas penr da tout, je vous assnre. Je ne veux et n'aurai d'antre époux qu' Ansehne , et je ferai voir à mon père si je suis une lettre de change... qu'on se passe de main en main. « — En prononçant ces pa* rôles résolues, la noble fille relevait fièrement la tète ; le pourpre de l'indignation animait son teint ; son cœur était gros de colère ; la brutale épître l'avait bien plus blessée par sa grossièreté qu'alarmée par ses menaces, t S'il croit me vendre comme on vend nos princesses romaines , continua-t-elle d'une voix décidée, il s'abuse. Je ne veux pas l'être , et je le lui ferai bien voir. S'il se fÂche , je lui rappellerai le parloir de Sainte-Catherine.
— Jésus ! interrompit la bonne tante, ne rappelle pas , au nom du ciel , cette horrible histoire ; cela me donne le frisson rien que d'y penser.
— Quelle est donc cette histoire? demanda Anselme ; vous ne m'en avez jamais parlé. Auriez-vous des secrets pour moi, Loysa?
— Vous savez bien que non ; mais il est des choses qn'on n'aime pas à dire et qu'il vaut mieux taire.
— J'espère bien qu» vous ne me tairez pas cellelà. Il serait cruel de m'avoir amené jusqu'à la porte pour me la fermer sur le nez.
lOft ROME SOIITEIRAINE.
-^ Je ne èéwùat, dît dune Véranqse, qtà^ nud* gré ton frisfOD , moarail d^envie de parier* Si en se taiieit, votre imagiBatimi prendrait le falop et irmH Dieo sait où. Ecoatea-moi deae , je vab vow eoater o^ Apràa la mert de sa femme, centinnait elle avec une certame solennfté et après le tempa de re» p08 sacramentel , halte préparatoire , indispensaUe à tonte narration, mon frère se mit dois Feaprit qn'nn nâlitatre veaf ne pouvait éleva- une filk ; onbbant qne j'étais là pour servir de mère à Verpk^^ Une, il résolot de se décharger d*un si doux fardeau, et il fit vœn de mettre an eoavent ma petite Loyva pour en faire nne religiente. Elle eut beau plenrer , j'eos bean sapplier , il fut inflexible. Gomme k r»« sistance le roitfissait an lien de le fléchir : — c Loyaa, 1 ma fille , ^s^je à ma nièce , il vant mieux , voie» t tn f ne pas s'obstiner , puisque cda ne fait qu'irri* « ter ton père. Cède , ou do moins feins de céder ; « entre au noviciat, et pendant Tannée d'épreuve oa » verra. Le temps porte conseil » Ainsi ât*elle...
^- Mais je tiens à ce que l'on sadie bien, inter* rompit vivement Loysa , que j'entrai an novicîaf par complaisance et non par faiblesse; j'étais dès lors aussi Inébranlablement résolue à repousser le voile que mon père l'était à me le faire prendre. J'avais mis là que je ne serais jamais religieuse. On eût dit, continua-t^elle bas et pour son amant tout seul, que déjà alors j'avais le pressentiment d'être aimée de vous et d'être votre femme; car je le serai, Anselme ; je le jare , ajouta*t-elle en pressant du doigt un pe*>
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tit cruciâx d'ambre qu elle p«rUtt au eau. Noui sommea prédeetiaéa Fun à Tautre.
— Je diaais donc, re|^rit Véronique, que mou ffère était inflexible. L'année tout entière ae passa en larmes atérilea et en vaines tupplicalioas. C'est mnî quifua chargée d'annoncer à notre chère enfant qu'il u y a? ait plus d'espoir et qu'il fallait courber la téta et se résigner.
•^«- On ne se résigne jamaia à l'iiyustice, ma tante : et c'était une indigne tyrannie que de ironloir m'exiler dtt nMMide quand j'y voulais rester , moi.
— Le terrible jour des vœux arriva. L'église de Sakate-Catherine de Sienne — vous savez, seigneur Anaelmey là-bas au Quirinal, au pied de la tour d'où \érou regardait brûler Rome — l'église était comble pour la cérémonie ; car Rome ne vit jamais tomber so«a les ciseaux sacrés d'aussi beaux cheveux noirs que ceux qui leur allaient être bvrés. Tout était prêt, on n'attendait plus que la reine de la fête.
— Dites la victime du sacrifice ; c'en était an digne de ce Néron dont vous venez de parler. S'il brû^ lait Rome , il ne forçait pas du moins ses filles à se faire Vestales.
-^ Déjà parée et plus belle qu'un ange , quoique un peu pAle , >^ elle avait alors seiae ans — Loysa demanda pour dernière grâce à eolretenir son père au parbtr. Il vint. Mais qoe loi dis«tu donc en tète* à-téte?
^^ Qu'il était an impie ; qu'il commettait un sacrilège , une profanatioB ; qu'il n'avait pas le droit
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de convertir ane loi d'amour en un sacrifice humain.
— I Ne vous attendez pas « continaai-je , à me voir f prendre une attitude humble ; je n'ai que trop sup- 1 plié ; je ne veux plus descendre aux prières. Les s liens de fille à père sont rompus; vous les avez t vous-même brisés. Vous n'êtes plus que mon bourt reau , je suis une victime livrée sans défense au 1 caprice et à la violence. « — Il voulut me fermer la bouche , et me serrant le bras avec une colère concentrée « il me menaça de me le briser si je n'obéissais en silence; mais je me dégageai de ses mains de fer, et, exaltée jusqu'au délire par le désespoir , je l'accablai d'anathèmes et de malédictions :
— c Plutôt la mort que le voile! m'écriai-je. Que
» mon sang retombe sur votre tête! • — A ces . mots , j'arrachai ma jarretière avec fureur , et je la passai dans les barreaux de la grille pour m'étrangler. C'est alors que je perdis connaissance...
— Et que j'entrai , poussée au parloir par la main de la Providence. Je trouvai ton père dans un accès de rage , ne voyant rien , n'écoutant rien , hors de Iqi. Mais quand je te vis, que devins-je? Doux Jésus ! j'en frémis encore. Figurez-vous, seigneur Anselme, que ce joli cou de cygne était déjà tout bleu ; bleu comme je vous le dis , répéta-t-elle en le baisant. Je la crus morte ; grâce à Dieu , elle n'était qu'évanouie. J'appelai à grands cris ; les sœurs accoururent; on l'entoura, on la porta dans la cellule, où elle revint par degrés à la vie ; je n'y revins, moi, que lorsque je lui vis rouvrir ses beaux yeux noirs.
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Madame Tabbesse prévint le public désappointé qu'un accident imprévu forçait d'ajourner la cérémonie. Mais la vérité transpira. Monseigneur le cardinalvicaire intervint Son Eminence ût entendre à mon frère que , puisque la vocation de sa fille ne l'appelait pas au cloître , ce serait un crime que de la contraindre. 11 fallut bien fléchir devant cette autorité suprême.
— Et c'est ainsi, dit Loysa en fixant un œil passionné sur le fiancé de son choix , que f ai été miraculeusement conservée à lamour et à vous. Jugez par là si vous devez m' être tous les deux chers , si je puis consentir à vous perdre.
— Et moi, répondit Anselme avec tendresse, m*y croyez-vous donc disposé? Je ne connais point votre père , Loysa ; mais comme je suis à vous , vous êtes à moi ; rien ne peut changer cela. Ce que Dieu a joint , les honmies ne le diviseront pas.
— Qu ai-je fait? qu ai-je fait? recommença de crier la pauvre Véronique , retombée dans ses alarmes. Mon doux Jésus ! si je dois revoir les horribles scènes de Sainte-Catherine, j'aime mieux - mourir. Mon , je n'aurais jamais dû vous laisser entrer ici , seigneur Anselme ; Dieu m'a aveuglée; c'est moi qui ai foit tout le mal.
— Dites tout le bien , ma chère tante ; et nous vous en remercions. Du reste , il adviendra ce que voudra le ciel ; quant à moi , je vous le déclare , je suis résolue à tout souffrir plutôt qu'à céder, et j'ai le droit , je pense , d'être crue sur parole. J'en jure
par ma jarretière , v ajouta-t-elle avec ao sourire qui flottait entre la tristesse et la gaieté.
C'était trop d'émotions pour cette âme décidée , mais mobile- et délicate ; elle y succomba. Ebranlée par de si violents souvenirs , révoltée contre une tyrannie si brutale I sentant au cœar son droit, elle était prête à fondre en larmes , et se tut pour ne pas laisser éclater les sanglots comprimés qui vibraient déjà dans sa voix. Il se fit un silence, pendant lequel l'œil scrutateur d'Anselme descendit au fond de ce cœur agité. Il se reprochait des orages qui pourtant n'étaient pas sans douceur ; il s'efforçait à les calmer du regard ; mais une explosion de iarmes les pbn* vait seule apaiser.
a Pleure, mon enfant, lui dit*il en prenant ses mains dans les siennes ; pleure dans le sein de Tami que Dieu t'envoie pour recueillir tes larmes. Répands* les sur mon cœur , ces douces larmes que fait couler Tamonr, Tamour les essuiera. » — Un sourire de joie brHla à travers les pleurs de la jeune Romaine. Son œil rit à la fois et pleura ; son cœur s'ouvrit à Tespérance , elle ne douta plus du bonheur.
lïne heure de nuit sonna , et fit passer un nuage sur le front d'Anselme. « Il faut que je tous qvUttt , dit-il d'un ton contrarié.
— Déjài! dit Loysa.
— Déjàî répéta ki tante, k qui cett€ dernière scène avait arraché des larmes et fait ooMier ses terreurs et juisqu'à la foudroyante colère du capitaine.
— ^Gette heure , répondit Anselme , m'appelle ehez
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«A cardiaal éê mes amis. Je ne pais mtiiqner au i^eadec-TOus.
-^ Gbez an cardiaal 1 répéta la bonne dame avec im épanonitaeraent de joie ; et elle se crut dés Ion saavée , me doutant pas que son frère ne se tint pour fort honoré de l'alliance d*un homme qui comptait entre ses amis un prince de FÉglise. Chez qœUe émÎBeace aUes-vous donc, seigneur Anselme ?
— Chei le cardinal de Pétralie.
— Le saint homme ! La chrétienté n a pas un cœur pl«s charitable, une main plus libérale, et le sacré Collège an front plus digne de la tiace. Mais nous ne méritons pas, malheureux pécheurs que nous nommes, des papes comme lui ; c'est pourquoi le Saiat-fisprit nous les dénie. £t puis ces êtres angéliques sont trop humbles : ils n'ont point d*ambilion; ils ignorent jusqu'au nom des passions; ils croiraient ofiienser Dieu s'ils élevaient les yeux jusqu'à la chaire du Vatican. C'est une idée qui ne leur vient pas même en songe , et si eUe leur venait, ils la repirasaeraient comme une mauvaise pensée , comme une tentation du prince des ténèbrâs. Recommandez-moi à ses prières, car eUes doivent être bien paissantes an royaome des pieux.
— Vous , du moins , ma bonne taute , dit Anselme en riant , vous avec meilleure opinion de mes amis que Loysa ; avant que vous ne vinssiez , elle a horriblement médit de Marias.
— Oh! pour celui-là , répliqua Véronique en serouant fa tète , c'est autre chose. Il est Trastévérin ,
lu ROME SOUTERRAINE.
et qui pis est, ajonta-t-elle avec mystère, je le soupçonne fort, à son air dur et sombre, d'être carbonaro. Si vous m'en croyiez , voas rompriez avec cet être-là ; il ne peut que vous compromettre. Ah ! mon Dieu ! si mon frère savait que vous connaissez, seulement de nom , un homme si suspect , il aimerait mieux tuer sa fille que de vous la donner.
— En revanche, dit Anselme, je connais des cardinaux, et la vue d'une seule éminence purifierait de la souillure de cent carbonari.
— Mais allez donc ; monseigneur s'impatientera.
— Est-ce que vous me chassez aussi, Loysa?
— Non , mais je ne vous retiens pas. J'ai résolu d'écrire ce soir même à Ravenne, et dans trois jours mon père saura tout. Quand on veut fermement une chose, on n'a pas peur, et je veux être votre femme parce que je vous aime ; il ne sera pas dit qu'une Romaine aimée de vous aura été vendue comme une brebis. »
La fermeté de la nièce en donnait à la tante. La bonne dame en avait besoin; moins tutrice que pupille, moins duègne que suivante , elle était subjuguée par l'allure franche et décidée de Loysa, et obéissait en tout à l'ascendant de son caractère résolu. C'est le destin de la faiblesse d'être toujours dominée. Véronique le subissait d'instinct et sans même s'en douter. Ce que voulait Loysa, elle le voulait aussi; et la résolution de sa nièce présente l'emportait toujours sur la terreur de son frère absent. Imprévoyante parce qu'elle était faible et n'osait rien envisa-
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ger de £pMit, elle tacr^ait tout àla pew, vmit ao JMir ie jour, et, par effroi de l'avenir, se renfermait dans TiDstant présent; mais àla moindre alerte elle perdait la boussole , comme on dit de l'autre côté des Alpes, et c'était alors à la jeune fille à diriger la vieille.
Les adjeox ibreot tendres ; on promit de te revoir le lendemain , le aarieademaio, tovc les jours , povr alléger au aieins par mn éqoKdde partage le fardeas des inquiéiades eommanes. Aeselme partît, Lofse le suivit de l'oreille et de l'œii jusqu'à ce que , le bruit de ses pas s'af£uUisaaat par degrés dans Téloigneoaeiit, il eût diaparu luî-oiéine dans les périlleuses ténèbres de la longue me solitaire des Qnatre-l<'on« taines.
EUle «eviut écrire à sou père sous la dictée des impressions vives et fortes de la soirée. EMe fut bm« surée, aiais itmM et décisive. £ye prenait d'atMeurs tout sMT elle, et mettait sa taate à Tabri de tout reprocbe en la déebargeaiit de toute responsabilité. La bonne feoune «a pleura de gratitode ; mais Tau* dacieuae téanérité de sa nièce la faisait trensbier. Loyse n'en fit pas meias partir sa lettre à finsteiit ménM, voulait t'eodorralr non sur une résolution prise, unis sur «ne résolution accomplie, il y a plus de refws dans ee qui est fait que dans ce qui est à faire ; une action conaommëe engendre le calme « appelle le sommeil, et l'irrévocable est pour le cobuT agité dee liibies uaortek une tu^réme bénédiction , elle le fortifie et l'apûse. Loysa l'éprouva. Tandis que la pauvre Véreuique veillait dans les apgois-*
ses, elle s'endormit, elle, d'un sommeil paisible et doux.