‹ Rome souterraineChapitre 28 sur 113 · LE PALAIS DE VENISE · texte numérisé non relu

LE PALAIS DE VENISE

pure des gloires que pour mieux leur cacher derrière les gémonies !

Agité de ces pensées*, Anselme avait repassé le Tibre et regagné par une nuit obscure la rive opposée. Il erra quelque temps dans Rome ; après tant de lattes sourdes , tant d'orages étouffés , il avait besoin d'air, de mouvement , de liberté, et il marchait à grands pas dans ces rues d'artisans , où le peuple , oablieux de ses durs labeurs, dort entassé par la misère. Gomme il traversait ce gracieux portique d'Octavie , qui a donné au monde la Vénus de Médicis, le clocher moderne enté sur le fronton de aiarbre antique sonnait minuit.

De ces quartiers pauvres et de l'église populaire de la miraculeuse Madone à Gampitelli, il passa au splendide quartier des palais et à ce temple superbe de Jésus , si mélancolique et si sombre dans sa magnificence. Un Famèse l'érigea, Tarchitecte en fut Vignole ; et c'est là que repose , dans une chapelle somptueuse , au sein d*une urne de bronze et d'or , sous un linceul de marbres à jour et de pierreries , Ignace de Loyola.

Son mausolée est aussi riche que sa vie fut pauvre. La nature et Fart ont fait défi pour l'orner. Les marbres rares s'y dressent en colonnes , les métaux précieux s'y épanouissent en chapiteaux. Des statues la peuplent , des tableaux l'animent , et la pensée du saint règne sur l'œuvre entière. Son histoire s'y lit en pierre et en bronze ; son image d'argent massif est sur lautel. A ses côtés s'élèvent la Religion fou-

no ^ù^^ ^QUTIS^RAIKB.

droyant Vh^ré^ie , h Fol ciçilisaot Ie| potions H^bar rcs ; c'est ea effet là toute sa vie. Tête ardçpt^ « bras miUtapt, le mqiae espcignof fuf \^ àe^^\^t l^^ier peut-^trç et Iç plu9 ferme rempart de VÉ^Iisa a^^ié^ gée. Sapé d'pn çàié p$u: liiither , 1^ V^tfP^^ (pt sQqs tei^i; de l'autre par Ignace.

C'est là aifssi , sur le tombeau i^êi^e j^ ion fop* dateur, que l'ordre a établi sqa Delpbf!< « ^\ le géiiér rai de Ic^ ipilice noire , oracle suftaun^ , sqp trépied. 4 la v\^e de ce foyer pâ|e et presque ét^iqt » d'qà ms rayOQoe plus la lumjère, mais d'où s'écbiippe comm^ un serpent l'intrigue qui enlace le mond^ et soufQ^ au loin les zizanies, Apsejme ept ^^ îvisfim do bainf& et de piéprls.

Tqptp la penséo de Loyola se r^suiQfijf ppnr ln| d^ins l'abbé Si^verjo, géi^io squple ^t pervpr^i qu'i| abbprf'ait ; et i| voyait juste j car le jésuite do Morr dène était comme la derqière formule et ('in^c^go vivant de cette société n^orte dont ]e fantôme inquiet s'agite encore dans «a tombe pour ipiriguer. Mais c^ qu'il ne voyait p^s et ce qu'il no pouvait pas voir, c'est que , juge passionna du présent , il méconnaissait 1^ passé et le calomniait. Dès longte^nps la pensée du fondateur est perdue ; las adeptes ont bérité du nom et pas de l'esprit. Si loiq de sfl spiirce , le fleuve a dévi^ ; il inonde , il ne fécqnt^e pas , et l'abbé Saverio n'était pfts plus Ignace quo le pape n'est aujourd'hui le fils du charpentier. Telle ost la destinée de l'homme, telle est sa misère , que ]es institutions qu} dans un temps Qrent s^ grandeur et

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à se tr(||ner loiigtemp dans le mépris da xn^D^f^ pour s'éteio4re epfio quand vîe^t ^eu^ jciur dan| rppprobr^ ou daqs le sang.

Maîç ce regard calme , impftssible , qu qn jette sur on ennemi vaincu , Anselme ne l'avait pas et ne der ¥iût pai Y^vo\r, \iù sangrfroid e| Timpartialité ne naisscint qu f^ès ji^ victoire ; ils énervaient dyr«nt {a latt^, le combattant les repousse. Or^ Tltalie est dans 1^ mêlée. Garrottée par le Vatican , elle est A\n prises avec lui, et le combat par tputes les armes, invoquant à son aide , comme Voltaire en son temps et eomm^ if an-Jaoques , le ridicule aigu qui transperce, )a passinn brûlante qui foudroie. Son dii^-huîr iième sièclp s'accomplit ; son dix-neuvième est en-f covs 4 naître.

ii9aeline> d^^s toute l'ardeur d^ne guerre acliarr née , maudissait Ignape et sa milice , lorsqu'il vit se dessipei* sur les ^toiles les noii» créneau^t du palais de Venise , le seul de Rome qui en ait epppre et )e plps féodal de la ?ilie sainte. Bâti comme le par . lais Farnèse, cqmme tapt d*)^otres , dps pierres san?glantes du Golossée , et séjpur de plus d'un pape , il fut balnté dans sa jpunesse p^ Gbarles VIII, ponquérant de théâtrale mémoire, et tomba uagD^i'^t avec la répnbliqup qui le baptisa , de la griffe du LtÎQn de saint Maiip sous la serre aotriehienne.

Cube imposant et massif, c'est une forteresse plus qu un palais ; nulle part, en la cité pap«de, le moyen âge n'a laissé pins profondément son empreinte;

il est plus digne ainsi de son nouveaa maître. C'est de là que Vienne surveille Rome. Résidence de son ambassadeur, il est le centre de ses intrigues, il tient le fil de ses complots, et son attitude sombre et guerrière est menaçante comme la pensée gibeline qn'ii recèle.

Le palais guelfe de Loyola et le palais gibelin de César, la théocratie et la féodalité , sont face à face et semblent se mesurer de l'œil comme deux géants dans la lice. Un troisième s'élève à côté , mais s'en détache , c est le palais de Létitia Bonaparte. Qnel voisinage et quel nom !

Ce rapprochement saisit Anselme ; il contempla d'un long regard ces trois rivaux de pierre , qui tous Les trois sont un principe, et il admira là un jeu profond du destin qui se plut à formuler en eux la trinité rivale qui depuis trois siècles divise l'humanité , la tient suspendue , et la précipite à travers les révolutions et les champs de bataille vers un avenir inconnu. Telle est Rome qu'elle renferme en son sein fécond tous les contrastes ! Chaque homme y trouve son Dieu , chaque idée son emblème.

Frappant d'un anathème égal et le cloître guelfe et la forteresse gibeline , Anselme vint déposer sa haine au pied de votre palais modeste et vénéré , ô mère de gloire et de douleur, mère du Charlemagne plébéien ! Votre demeure silencieuse plongeait dans l'ombre ; pas une voix, pas une lampe n'y révélait la vie , et les échos de la vie étemelle respectaient votre repos. Et vous , Niobé muette , vous songiez.

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