‹ Rome souterraineChapitre 29 sur 113 · LE PALAIS U£ VENISE · texte numérisé non relu

LE PALAIS U£ VENISE

comme l'autre sans doute, à vos enfants tombés un à un sons vos yeux; vous songiez à celui qui fut Tempereur, et qui dort, au bruit des vagues, sous le saule pleureur africain ; à son fils, salué roi de cette Rome dont il ne verra pas même les coupoles luire au soleil ; car, avant que le soleil soit levé, le lointain palais des Césars sera tendu de noir , et vous porterez un nouveau deuil. Ce palais inQexible , phare où l'Europe entière avait les yeux, il en devait sortir un nouveau César, un César jeune et inconnu ; il n'en sortira qu'un cercueil.

£t pourtant jamais front mortel ne brilla de taut de prestiges. Peuple et César par sa naissance, roi de Rome par son baptême , sa tête adolescente portait trois couronnes ; il était la trinité vivante ; son nom seul enflammait les peuples , et ils soupiraient après lui , et ils Tattendaient comme le Messie , disant : Voici, il viendra , il nous tirera de servitude , il sera grand comme son père , et il vaincra comme lui. Et puis il était si jeune , il était si beau ! Sa grâce était si touchante , sa destinée si mystérieuse ! Amour stérile! Vaine espérance! Il faut des jeux au trépas, c'est l'enfant qui expire avant l'âge , et c'est l'aïeule qui pleure à son tombeau. Elle en pleure , hélas ! beaucoup d'autres , car la mort vise à ses enfants dispersés ; il en meurt dans tous les mondes ; leur cendre vole au souffle de tous les vents , et l'aïeule est là toujours pour pleurer les morts et pour consoler ceux qui survivent , tous rois naguère , aujourd'hui proscrits, et tous déjà comme s'ils n'étaient plus.

lIA ftOMË SOUTEtlAAiNË.

Et cepetttlaUt jamais oh ii'entetidit soHir dé te palais aasièit iii satafjldtSi ni plàittte, ni liiikntitire. Sbn Bileiicé étonne et Tait rêver ; son caltne attriste , et le t^âtrie sabih lui-tnème , descendu de se» htontagUes , j)àsse recueilli devant ce seuil muet cbmme devant un sanictUaire, cai- le pâtre même sait bien qui pleure eh ce palais. Cette austérité , ce mystèt^e , bus ces pt*ëstiges doulourélii, cohvieiment & rittfbMutte d*ûne ttelle mère. Ses épreuves sont trbp grandes pé'ùY être plaintes, et la pitié l'humilierait ; elle la Ibit, elle la repousse comme un outrage , cette (litié vulgait^ qui n'atteindrait pas jusqu'à elle ; elle se tait, elle s'isole, et si elle répand des larmes, c'est aux pieds du Dien qui les infligé ! Résignitiôh d'une ftmë forte ! Douleur bomaine et vraiment auguste , digne pàt* sdii bàlme et par son silence de catastrophes si graildîoàes et d'une destinée si magnifique !

Une apparition soudaine tira Anselme de Sa rêverie. tJn homme en manteau déboucha brusquement de la petite rue Saiht-Romuald , et tourna avec précaution le palais Torlônia , bourse anoblie et blasonhéé, où un banquier-duc faisait fàgiô, et qui Semble éiëvë là par lin taouveati jeu du hasard pbûl* ajouter bh contraste , un symbole à tous lé^ autres. L'inconnu traversa la place de Venise , et s'achemina vers le palais de rambassadéiir d'Autriche. Anselme lé suivit de l'œil à là clarté d'iihe torche expirante , et crut le reconnaître au mdment nû II se pel-dàit sous lés voûtes obscures de la citadelle, t Catalan de Malheub ! mttHnû)*&til etihis sei deut», he leraîMu qn'nn

LB PALAIS JDS VEHISE. 1*76

éftpioh jiérAiitrichieti?)^ R^ndti par ictdtte Vision Rapide à Ift Violëhce de seê passidbs politiqkiés, il fratichit la piàbë dé»eHë à graiidâ pas.

Il ût s'était poitil l^oitapé. Le ittékhe boup de dés qui avait bdt da dub de Télèse uhe excéUencë avait fait de son Htsé bohîpatHotie un espion. Je dis son boibpatrïote , car le Catalan n*ëtàit Oatalan qiiê <te nom ; sba prehiier tonr avait été d'escamoter sa vé- Htftblé oH|^ine. Né làans la paMië du royaume de tiTaplël qni donne aujon^d'hui à l'Italie ses jongleurs et ses chaHatans , après avoir donné à la république rbmaine ses meillenres légions ^ il était Marsé.

Les Màr^ièiS habitaient et habitent tsncdre les rives tnontagnensé^ dtt laie Fttcind , dans TAbruzze ; leurs am^trcs se vantaient d'eipliquer lé vol des oiseaux et de bonjuirér cbmintB les Psylles , par des secrets magiques et par éè% enchantements, la morsure des Serpents lés pins venidienk. Or , telle est la persistance des mtBUrs, la ténacité des coutume^, que c'est encore f après tant de siècles et aul niêmes lietix, la superstition populaire.

Le christianisme, qui fa'a fait (irësqne en toute f Italie qUë s'enter, quant aùk formes et ank prati- ^ub^ , ittr lel pratiques et lies formies païennes , s'est étnparé de tBiie croyance antique , et l'a Consacrée î^ar un ctllte ; comme Golchos eut sa Médée, la Campahie sa Citvé , c6 pbUplé mohtàghàrd a l'une et Tautré dtos saittt DotDikiiqUb. SeiDblablb ant filles d'HébAtte, le saint thvémia. CK)nJnre It^s serpents et

neutralise les poisons ; son sanctuaire, dont il a pris le nom , est à Gucullo , hameau perdu dans les rochers , 00 de toutes parts affluent les dévots mordus des reptiles. Quand sa fête arrive, sa miraculeuse s'atue, ornée de vipères en guise de bandelettes, est promenée en pompe sur. sa sauvage montagne, et la fouie des croyants suit en procession, tenant chacun un cierge d'une main, de l'autre un serpent.

Telle était la vraie patrie du Catalan. Descendu , comme la plupai-t de ses compatriotes, du haut de SCS rochers dans les villes , il avait commencé par exercer , sur les places publiques , son industrie nationale, apprivoisant les vipères , portant des colliers de couleuvres, et guérissant leurs morsures. Si, abjurant à Rome sa patrie marse , il avait déserté le patronage de saint Dominique à Gucullo pour celui de saint Jacques de Gompostelie, c'est quen mordant à la diplomatie, il avait monté en dignité dans la hiérarchie des Esculapcs de carrefour. Repoussant du pied , en sautant du pavé dans la caritelle , son humble tréteau d'enchanteur de reptiles, et substituant aux charmes classiques de ses ancêtres la merveilleuse poudre de Badajoz , il avait hardiment exploité quelques mots d'espagnol qu il jargonnait , et eu vertu du vieil adage latin : e longinquo reve^ rcntia^ il s'était du premier bond érigé en Catalan.

Or, la partie de l'Abruzze habitée par les Marses est plus romaine que napolitaine. Aquila même, leur capitale , est surnommée la petite Rome , tant pour sa langue , qui est la plus pure du royaume ,

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