XIII. — LA RUE DES QUATRE-PONT AINES
Il était midi. Seule et pensive , Loysa écoutait le silence de cette heure ardente ; elle en contemplait la solitude » et, comme le silence , la solitude était alors si profonde en la cité papale qu'elle n'eût pu l'être plus au désert. La villa Strozsi, la plus gaie de Rome , quoique elle ait servi de retraite au génie somhi^ d'Alfiéri, étalait devant elle ses marbres splendides, ses fraîches pelouses, ses forêts de myrtes et de chênes verts. Les vastes thermes de Dioclétien couronnaient la verdure d'on diadème de ruines , el les monts lointains de la Sabine encadraient Thori-* zon d'une ceinture bleue. Ç& et là criaient quelques cigales.
Négligemment appuyée à sa fenêtre et sa belle tête dans sa main blanche , la jeune Romaine regar^ dait le ciel Son bras pendait nonchalamment sur sa guitare oubliée et glissée silencieusement de ses ge^
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nonx à ses pieds. Les jalousies ëtaitëUt eloses, et les demi-ténèbres , là (hlîcliéui' de là chambre ornée de flenrs , la volupté des parfums , du mystère , rendaient sa rêverie plus tendre et plus intime.
Encore tout ébranlée des émotions et des résolutions de la veille, elle avait le cœur gros de larmes; Ûés sodpirs cobvulsifs, des sanglots ebtreconpés , soaletaient soii sein t^irginal. Elle aiHiftit à se créer île» fantômes afib d*en triompher pab ramom*, et si elle aussi tioircissait Favétlir , si elle aussi se plaisait à en chargèt le fond de couleurs lugubres , elle savait biiett quel pinceau magique en éclailrirait 1rs feintes; ses cieiit ii' étaient pas si sombi-es qti*une luétir dorée n'y pointât.
Son père l'effrayait moins que son ainant hé la ras a sarait. Ce n'est pas qu'elle nfe sbngeât paffols àvcfc AilgDisse à la lutte engagée pair elle euli^e t;cs ésux ptiissantëi Htales si jalousés Ttltie ièi l'autre de leurs dtDits et toutes l«s deux sacrées pouir elle ; tniliis cette liitte y dont elle était la cattse et le prlï , elle croyait fteilè d'en adoucir les coups ëh leé àctèptarit tous peiàt elle. Dduce {«ttîi»i>aiice du mdlidë, ilieîpérietice heureuse , qili il foi dans tiôul Ée ^iii «st pnt^ danS tout ée qui est beau!
Sous ces climats bràlants la rêverie n'est pm bng^ temps àilenciéusié ; il faut ttnig vioix A la pasSioh , et Lof^ kipprlt sa gtlttAr^. Elle chanta bas d'àb^Hl , ^bis avec untâ inspit^tidîi tbujdtli^ th)issanttâ, uilé éUvatttie qit'éllie »e (Gantait qtié fteule, Ittttt ^« jf MHt^ild'iVtesse;
IHO ROME SOUTERRAINE.
Ah ! non sa che cosa è «more , Cbi non aiua al par di me , lo ti vidi , t'adorai Ed il cuor pià mio non è lo inî struggo a' tooi bci rai , lo respiro soj pcr te.
Arrivée aax derniers vers, sa voix avait atteint toute sa puîssance. Souple et docile, comme ua cheval arabe sous son cavalier, elle bondissait de note en note ; impétueuse comme un torrent suisse , elle se brisait en éclats sonores. Molle tour à tour et ravie , tantôt elle s'échappait en fougueux transports , tantôt elle s'éteignait dans une tendre plainte , et ne renaissait, plus emportée, plus retentissante, que pour s'éteindre encore et mourir longuement dans un soupir de langueur.
Tous les combats de la jeune fille , espoir timide , muets désirs , terreurs occultes , son être tout entier s'épanchait en flots d'harmonie. Complice de ces ardents mystères , la froide guitare s'animait sous sa main convulsive, tressaillait sur son sein brûlant, et, semblable au marbre de Pygmalion, la matière inerte s'éveillait à la vie par enchantement. Les deux voix 'unies et confondues semblaient partir de la même Âme , sous l'empire du même amour.
On eût en vain cherché dans la sibylle inspirée la jeune rêveuse dont tout à l'heure encore l'œil vague et distrait contemplait le ciel en silence. Entraînée, enivrée par sa propre voix, consumée des mêmes feux qui brûlaient Sapho la délaissée, au seuil de