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plus généreux pour moi et pins sftr poor nous. Quand on vent être dissimulé , il faut i*ètre tout à fait.
— La leçon est bonne , ma chère Loysa , dit Anselme en souriant , j'en profiterai. « — Quelque effort qu'il fît pour s'enchaîner aux pieds de sa fiancée, il s'échappait toujours à lui-même, et , le cœur plein de ses grands desseins, il s'envolait au cloître de Saint-François dans la cellule du cardinal. Prenant sa revanche sur la veille , le conspirateur l'emportait cette fois sur l'amant.
Au coucher du soleil , il prit le chemin du Trastévéré.
Il rencontra Tabbé Saverio à la descente du Qnirinal. — « J'allais chez vous , lui dit le jésuite. Je pars cette nuit même pour Modène , et je venais prendre vos ordres. Mais à propos , le pape est aux abois, et le conclave ne peut tarder à s'ouvrir. Poussez donc un peu notre cardinal en mon absence , car il ne va que comme on le pousse. Il n'a point de caractère, et ne sait rien de rien. L'avez-vous entendu l'autre soir nous parler de la barque de saint Pierre et du calice d'amertume ? C'est à mourir de rire, et Ton n'a pas l'idée d'une pareille incapacité politique. Bon Dieu! quel homme inerte et borné! C'est un saint, mon cher, et si le royaume des cieox appartient aux pauvres d'esprit et à ceux qui n'ont jamais convoité les royaumes de la terre , cet homme-là sera pape au Paradis. Qu'on lui donnât la tiare dès ici-bas , je crois bien qu'il se ferait violence pour
•M ROHB SOUTERRAINE.
Faeeepter; mais haiarder on pas pour la prendre ^ mais forcer la main dâ Saint-Esprit , c*e6t ee ^n'il dé fera jamais. L'idée seule de tendre le bras le ferak mourir de peur. Pourtant c'est un pape qui nous éonvient. Une fois qn'il sera là , noos en ferons tout ce que nous voudrons ; pourquoi cet bomme ti'a->-t41 point d'ambition ? A sa place , moi , il y a dix ans que je serais pape ; oui , mon cher , pape , comme je vous le dis. Plût à Dieu que je fosse déjà cardinal! Mais laissez seulement triompher lé consistoire , et vous verrez. Il y a deux ans que je n'étais qti'tin mi* sérable vicaire de campagne ; convenez qne ce n'est pas mal marcher, et qu'en deux ans j'ai fait du che*min.
— " Gela doit en effet vous donner beaucoup d'espoir, dit le sardonique Romain, cachant soiis Un sé^ rieux comique un sourire de pitié. Vous êtes jeune, monsieur l'abbé , et vous portez l'habit dont on fait les papes.
— Vous sentez bien , moU cher, que tout ce qoe • j'en dis est dans l'intérêt du consistoire, de Fltalie, et que je donnerais toutes mes espérances pour qne notre cardinal eût la moitié de mon activité et surtout nne étincelle d'ambition. Oh ! l'ambition ! l'ambition ! c'est le feu sacré ; sans elle , voyez-^vous , on ne fait rien. Chut! nous voici en face de notre en^ nemi, ajouta l'abbé en indiquant du regard le palais de Venise. Je vous quitte ici. Il faut que j'entre che« l'ambassadeur potir retirer mon passe-port. Il a dû le signer ce matin , ignorant, le bonhomme, qu'il a si-
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Ijné te propra oondanfiiatioii. An revoir, t A ces raoti , lesdeai sanfédistes se séparèrent; Tun entra dans la caverne gibeline ^ l'antre continua sa route vers la cellule guelfe.
Le voyage de Tabbé Saverio était vrai ; mais ce qu'il n avait pas dit , c'est qu'impatient d'arriver et désespérant de remuer de longtemps la masse inerte du consistoire, il n'allait à Modène que pour se mettre en communication avec les carbonari, et ten* ter par eux un coup de main, ignorant le bonhomme^ que le premier carbonaro qui allait être informé de sa démarche était celui-là même auquel il la taisait et en faisait un si risible mystère.
Anselme ne put s'empêcher de prendre en pitié les prétentions colossales de ce mirmidon. Après la révélation du mont Mario, le jugement de l'abbé sur le cardinal était au moins plaisant Mais la maniera dont le pygmée parlait du géant avait cela de se* rieux qu'elle justifiait toutes les prévisions du Sicilien , et prouvait sans réplique sa profonde connaissance des hommes et la justesse de son coup d'œil* Il avait joué son rôle en maître.
Si le cardinal de Pétralie était , dans son ardent repos, le type de l'arobitieox, l'abbé Saverio était , dans son mouvement perpétuel , le type de l'intrigant. L'un était calme et patient, parce qu'il se sentait fort; il marchait d'un pas lent, mais égal, mais sàr, et, comme un gros navire en pleine mer, il semblait immobile , quand sa carène coupait les vagues et laissait loin derrière lui tous les rivages.
Agile et frétillaot, toujours en projets, toujours agité , Fautre sautillait comoae un canot. A force de Toiies, de rames, d^écunie, le canot peut bien devancer un instant le navire ; il sortira même avant lui du port ; mais , en pleine mer, il n'en peut plus , il sombre, et le navire passe, il file, file; quand il s'arrête, il est aux Indes.
L'angelus sonnait encore lorsque Anselme passa le seuil du cloître trastévérin ; le cardinal était seul dans sa cellule.
K Je vous remercie d'être venu, dit-il ; je vous attendais.* — Et entrant en matière sans préambule : t Vous savez le proverbe , continua-t-il : qui veut le but veut les moyens , et c'est parce que je veux le but que je suis sanfédiste. Sans appui à l'étranger, il me fallait pourtant un parti ; je m'en suis fait un dans les cours. d'Italie. Vous trouvez sans doute cet appui bien pauvre ; détrompez-vous, sa nullité même fait sa force. La protection d'une grande puissance alarme toutes les autres et nuit plus qu'elle ne sert. Les princes italiens , au contraire , comptent pour si . peu de chose en Europe , que leur voix s'y perd et n'y est pas même entendue. On les méprise trop pour les craindre. Ce mépris même est une égide pour eux et pour moi ; pour moi , en voilant mes desseins, eux, leurs intrigues. Le voisinage, les rapports de commerce, de langue , de climat , mille liens d'intimité, presque de famille, leur assurent au conclave , sans qu'on s'en doute , une autorité dont nul n'est jaloux , que personne ne leur dispute , et
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qui, s'ils fl'eutendent, en peut contrebalancer de bien pins paissantes. Or je suis sûr que pour moi ils s'entendront ; non certes que je compte sur leur parole et que je me berce de folles chimères , mais parce qu'en ceci une même politique les dirige , et qu'ils ont tons à gagner à mon électiou. Je ne crois ni à leurs principes ni à leurs promesses ; je crois à leur intérêt. Le ver gibelin ronge leur trône à tous, tous le sentent, et un pape ouvertement guelfe est en ce moment leur seul espoir. Or, pour guelfe , vous savez si je le sois ; ils le savent aussi. Champion occulte , mais éprouvé , de leur indépendance , je suis à la fois leur patron et leur client , et ils ne peuvent donner au patron de la force et de l'autorité qu'en portant le client à la chaire de saint Pierre.
— Et quand vous y serez enfin , que ferez-vous , monseigneur ?
•^- Ce que je ferai?... Mais attendez, nonsn'en sommes pas encore là ; nous ne sommes encore qu'à la veille, pas au lendemain.Veuillez brider votre impatience et m'écouter jusqu'au bout. Sûr des cours italiennes, j'ai de plus la parole du czar. Prince schismatique, il n'a au conclave qu'une influence indirecte. Or celle-là est pour moi la plus sûre , c'est la seule qui me convienne, la seule dont je veuille.
— Eh quoi ! interrompit Anselme avec vivacité , vous en voulez et vous en espérez quelque chose, et vous ne voyez pas que le czar aspire à la tyrannie dont César nous écrase ? Je vous le répète , monseigneoTt aigle pour aigle, joug pour joug, je n'en veux
point. Laissez , laissez les deux barbares aux prises se combattre dans l'ombre. Hors d'Italie les barbares ! Tandis qu'ils se disputent son eadavre sanglant, ressuscitez-la , cette Italie au cercueil ; arraehez-la des langes de la mort ; armez ses niains meurtries de chaînes ; démentez le poète : qu'elle combatte une fois enfin avec une épée qui seit sienne ; qu'elle combatte pour elle ; qu'ombre vengeresse, elle se lève , qu'elle renaisse pour régner. Ce rôle est beau, monseigneur, il est digne de vous. Ecoutez , poursuivitil avec impétuosité en saisissant le Prince de Machiavel ouvert sur la table du cardinal , écoutez ce que le grand Florentin écrivait à un Médicis il y a déjà trois siècles : t II ne faut pas laisser échapper « cette occasion, afin que l'Italie voie apparaître enfin « son rédempteur. Je ne puis dire avec quel amour, ' avec quelle soif de vengeance, avec quelle foi
V obstinée , quelle pitié, quelles larmes, il serait âc- « cueilli dans toutes ces provinces qui ont tant souf-
V fert des inondations étrangères» Quelles portes se
> fermeraient pour lui? quels peuples lui dénieraient « Pobéissance? quels rivaux lui seraient contraires? t quel Italien lui refuserait hommage? Ce bariMtre » empire est à tous odieux. Que votre illustre mai-
> son prenne donc cette résolution avec le courage , » avec les espérances qu'inspire toute entreprise
> juste , afin que la patrie soit ennoblie sous no» » enseignes... « Ce que le Médias n'a pas ftût, continua Anselme en jetant le livre, faites*le, monsei^ gneur. il setail beau que le fils éà peuple «ecoHiplU
hà, GELLliLfi. 8»8
ee que le {MPkiee n qsa pas tester. Ce qui était vrai il y a trois uè^les , l'est plus encore aiyourd'hoi , et Foccasion n'est pas moios favorable. Vous touciies à la tiare , et la voûi d'uu pape qui dirait à l'Italie : Sois libre ! cette voix, monseigneur, retentii'ait comme la foudre et ferait de ehaque bomme un soldat.
•«— Qui vous a dit que cette voix ne partirait pas du Vatican comme le cri d'égalité partit du Calvaire? Qui vous a dit que le paisible airain des clochers d'Italie ne sonnerait pas , comme au moyen âge , le tocsin de l'indépendance et les Vêpres Italiennes? Qui vous a dit que les églises ne se convertiraient pas en forum, les chaires en tribunes? que le cri de Jules U ne retentirait pas de l'Etna aux Alpes , et que sou casque siérait mal à la tête blanche d'un autre pontife? Ailes, jeune homme, les pensées de Bieu ne sont pas vos pensées ; ses voies ne sont pas vos voies* Jean Procida était Sicilien ; qu'aujourd'hui la tiare ceigne le front du bâtard de Sicile , et de-* main l'Italie aura son rédempteur. Machiavel sera content. Mais je ne vous apprends rien là que vous n# s^cjbjies déjà. ATêtes^^vous paii sanfédiste et dans les SjHH'els du consistoire ?
— Quelle chute ! le consistoire après les Vêpres Siciliennes ! après Procida, après Machiavel, le marquis d'Ivrée, le duc de Télèse ! Et vous, fils du peuple ,^ vous comptes sur ces mannequins féodaux ! Quant à moi, monseigneur, je ne crains pas de VavoueTf votre émin<^ce sait si ma haine de TAu- Umh» est avdfijute» eh hmnl j'aimerws fomwt voir
l'Italie tout entière aux serres de la poîssante aigle impériale que déchirée par la griffe avide de trois misérables vautours.
— Mais ne voyez -vous donc pas que les vautours se déchireront eux-mêmes , qu'ils se dévoreront , et qu échappée aux serres de cette aigle gibeline que nous abhorrons tous, notre Italie ne trouvera de paix et de salut que sous Taile de la colombe romaine?
— Vous n'êtes donc pas sanfëdiste, et vous voulest rilalie une.
— Je veux ritalie forte , et toute force est dans Funité. Je ne crois pas plus que vous au consistoire, mais je l'accepte comme un moyen. C'est à lui de porter les premiers coups , puisqu'il a des armées ; Rome, qui n'en a point, fera le reste par ma parole.
— Monseigneur, dit Anselme avec calme et dignité, s'il est vrai qi|^voos rêviez, vous aussi, l'unité italienne , et que vous aspiriez à réunir en un seul corps les membres dispersés de la péninsule de douleur, jurez sur le crucifix qu'une fois pape vous n'aurez pas d'autre pensée.
— Je le jure ! dit le cardinal en étendant la main sur le corps du Crucifié ; je n'anrai jamais d'antre pensée.
— Puisqu'il en est ainsi , reprit Anselme en mettant un genoux en terre , je jure , moi , de me dévouer à votre fortune , et devons faire, s'il le faut, de mon corps un marchepied vers la tiare.
— Votre fougue déjeune honune m'a devancé où je voulais vous conduire par un chemin pins lent et
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plus tran)aîli«. J'Mcwpte votre offre ; mais (mb de serment aveat de m'ftvoir eateadii. Voos jurerez aprèi 81 voQf vonies. Je n eoteads pas vous prendre par sprprise ; ce ne serait digne ni de moi ni de tous. £0onles-«ioi donc. Je vous ai dit hier au mont lia* rio , et je vous répète ici , que vous ponves servir le grand dessein de ma vie et par moi sanver Fltalie. Mais il y va de votre ièêe^ songea-y. Je suis sanfé- . diste , Anselme , maîa je ne m'abuse pas pias que vous sur 1^ eoasîstoire ; je sais ce qu'il peat , et je ne lai deaiaade rica de plus. Ce qae je sais aussi , c'est que ritalie ne manque paa de cœurs ardents , d*Ames fiières et générenses , qui abhorrent l'Autrichien, et qui sont prêts à mourir pour Fiodépendance italique. Voilà les hoiames dont je veux iaire aia phalange . macédonienne. Voulez^voos m'aider à lés chercher?
*~ Descendez dans les cachots, monseigneur, efeat 14 que vous les trouverez.
—* Il en est ailleurs, et quoique lès cachots n'en soieat que trop peuplés, ils ne pourraient les conte^ air tons.
— Geax qui ne sont pas aux €srs sont en exil , et iU 801^ i^ ii grand nombre , que rilurope n'en vit |aaiais tant Hais enfin que voalez-voas d'eux?
— Je TOUS dis qœ j'ea veux faire mon bataillon sacré. Uaia ici les métaphores sont déplacées ; je vais m'expliquer clairement. « — Prenant sur le table un déciiet pontifical récemment forgé dans ks antres sanguinaires du Vatican, il y lut ces mots : « Sera
a 99m if^ 9»»^ «omm coapaUa 4e haate trahison I. le
s quiconque sera surpris dans une vente de carbo- > nari. « — M'entendez-vous maintenant ?
— Je commence à vous comprendre. Après?
— Je n'ai plus qu'un mot à vous dire : Voulezvous après cela être carbonaro? Voilà ce que je de* mande de vous.
— Mais que demandez-vous d'eux?
— Assistance et dévouement.
-^ En revanche , que leur promettez-vous ?
— La croisade italienne contre TAutriche.
— Et vous m'avez choisi pour être votre ambassadeur clandestin, votre interprète auprès d'eux?
— Oui ; mais songez-y bien , il y a derrière l'échafaud.
— Parlons de vous et d'eux , non pas de moi.
— Je connais leur nombre et leur puissance. Il faut qu'ils m'acceptent pour leur candidat à la tiare , et qu'ils me soutiennent de tous leurs moyens. Jadis le peuple de Viterbe força par son énergie l'élection de Grégoire X. Une démonstration des carbonari peut , en désespoir de cause , forcer la mienne , en intimidant le conclave et en lui dictant la loi.
- — Alphonse Petrucci fît élire Léon X au cri de : Vivent les jeunes gens ! Une fois pape , Léon X fit étrangler Alphonse Petrucci dans le château Saint- Ange. Voilà , monseigneur, ce que me répondraient les carbonari.
— Mais vous , Anselme , ne croyez-vous donc pas à ma parole?
— J'y crois, moi ; mais eux, vous connaissent-ils,
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pour y croire? Voas onMIs entendu ce soir jurer sur le crucifix ? Étaient-ils hier au mont Mario ?
— C'est à vous f Anselme , à porter la conviction dans leur ftme. Si elle est dans la vôtre , elle passera dans la leur. Croyez-moi , la foi est électrique ; elle est contagieuse ; elle se gagne par la parole ?
— Dieu donc me donne une bouche d'or pour les convaincre ! De ce moment je suis carbonaro , et je vous jure fidélité.
— Je prends le ciel à témoin qu'il n'y a de ma part ni dol ni surprise , et je vous répète , Anselme , pour la troisième fois , que vous jouez là votre tête,
— Eh ! que m'importe de perdre la tête à ce jeu sanglant, siTItalie y gagne l'indépendance?
— Mais, reprit le cardinal, aurez -vous les moyens de pénétrer dans les ventes des carbonari?
— Je les trouverai , monseigneur ; c'est mon affaire.
— Allez donc , allez , âme généreuse : vous trouverez vos pareils dans ces camps souterrains où je vous envoie en otage. Tout ce qu'il y a de courage , tout ce qu'il y a d'avenir sous le ciel italien s'est réfugié là , je le sais , et c'est là , daus ces sources profondes et mystérieuses , qu'il faut retremper la vieille Italie. Cette pensée, Anselme, elle germe
^là depuis longues années , et je bénis le ciel qui m'envoie au jour marqué un homme comme vous pour m'assister dans mon œuvre et pour l'accomplûr* Si l'attente fut longue , si la roue de la fortune tourne
«M BOltS 80VTSBBAINE.
pour moi leotoment , iBoa jour Mt à la fis Fera. Sixte-Quint va jeter m béquille. »
Tout à coup oa sonna violemment à la porte dn cloître ; et un moine ae précipita dans la cellule, c Monseigneur le camerlingue , dit-il tout essoufflé, fait prévenir votre éminence que le pape est mort, i Gela dit , il sortit,
« Le pape est mort ! i s'écrièrent à la fois Anselme et le cardinal.
t Mort ! « répéta le cardinal , et il s'évanouit..
La cloche du Gapitole sonna la grande nouvelle , et le rappela à la vie.
t Monseigneur , lai ait Anselme avec én^otion , entendez-vous cette cloche? C'est le tocsin de la croisade italienne.
— Déjà ! > répondit le cardinal en rouvrant les yeux ; et si près du bnt , il oubliait ses quarante années d'attente. ■ Enfin î » reprit-îl après un silence ; et il parut respirer plus à l'aise* Revenu tout à fait à lui-même, il tendit la main à Anselme avec teur dresse , et il ajouta avec solennité : « Cette cloche 9ai la cloche du ciel ; c'est le signal du triomphe ou de la mort ; la main de Dieu dresse en ce moment dans l'ombre un trône ou un échafand.
— Il dresse peut-être tous les deux, interrompu Anselme ; mais*que sa volonté se fasse ! Pensons au trône d'abord , et vienne après l'échafaud!
— Et vons plonges sans effroi la main dans l'urne £staie! Et si vous tirez noir, Anselme?
— Eh bien! monseignenr, J'Irai rejoindre le»
' LA tiXLLDLB. tift
Gracqnes, Crescence le consul, Amand de Brescia, le triban Rienzi, Porcari, tons les martyrs, en un mot , de la liberté romaine.
— Heureuse jeunesse ! s'écria le vieillard ; âge de béiiédietion, qui tait à tant d'inaonclanoe «nif tant é*lntfépidité , tant d'audaee I >
La eloohe du Capitole sonnait totijours à grande Tolée, emplissant les ténèbres de sa toit de fer. Bientôt elle ne fut plus seule ; réveillées en sursaut par elle , les cloches de Rome lui répondirent, et les cent cinquante églises de la cité sainte confondirent toutes leurs voix dans un vaste Concert nocturne sans égal an monde.
Convié par tant de bouches à la fête mortuaire , le peuple roulait par torrents dans les rues ; il débordait 0Ur les places publiques « et sa grande voix se mêlait à toutes les autres. «^ Le pape est mort ! le pape est mort! -^Gëcti funèbre surnageait dans la tourmente et battait comme un flot terrible les murs de la cellule et le cœur du Sicilien ; Tottragan populaire était fécond , il allumait en passant l'ambition des vHranti sur la poussière des morts* il érigeait un Mue sur un cercuelL
Un long silence régna dans la cellule ; Anselme le rompit « Monseigneur, dit-il, notre navire est à flots, lancé un mois avant Theore. C'est è nous maintenant à le conduire dans cet orage.
— Vous êtes mon pilote, » répondit le Sicilien. Et, après s'être renouvelé leurs serments , ils se sépa«rèrent
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