XVI. — PASQUIN
La grande cloche da Gapitole qai annonce an peuple romain et à la chrétienté la mort du pontife*roi sonne neuf jours et neuf nuits ; la funèbre neu vaine se passe en prières , en psalmodies , en complots ; théâtres , tribunaux , université , tout à Rome est suspendu ; car avec le pape expire toute charge , toute affaire, tout plaisir. La souveraineté théocratique rentre au sein du Sacré-GoUége ; mais jusqu'à sa complète réunion, le chef de l'État est le cardinal camerlingue. Pape par intérim , il prend possession du palais pontifical ; il bat monnaie à son nom et à ses armes ; plus d'une éminencemit, dit-on, largement à profit sa souveraineté d'un jour.
L'interrègne crée aussi an peuple romain un des droits de la souveraineté , celui de prendre les armes ; ce droit séculaire , on ne le lui conteste point , on le lui escamote. Voici comment. A chaque vacance , les conservateurs du peuple romain assemblent au Capitole le conseil des Cent , et là président à l'armement du peuple , c'est-à-dire qu'ils enrôlent, sous le nom de milice urbaine , une compagnie de deux cents hommes dévoués au Vatican et commandés par un capitaine pris dans la noblesse. L'enseigne est nommé par le camerlingue. Cette pacifique milice a son quartier-général sous le portique même du Capitole ; elle monte la garde aux quatorze quartiers
FAgQUIN. i41
de Rome , fait les rondes de nuit, et veille sur le Ghetto des Juifs et sur les ponts ; le pont Saint- Aoge seolest en dehors de sa surveillance ; un antique privilège en confie la garde à Fillustre maison Mattei , qui met alors sur pied un corps de troupes à sa livrée. Voilà en quoi consiste Tarmement du peuple romain.
Faite ou censée faite par lui , la police de la ville sainte appartient on est censée appartenir an sénateur de Rome et aux caporioni qui, durant tout le conclave, arinirent à leur porte le gonfalon de leur nnllité , car ceci encore n est qu'une fiction ; les caporioni, ou chefs de quartiers, n'ont pas même l'autorité de simples commissaires de police , et le séna« tenr de Rome n'est qu'une ombre.
L'héritier des pères-conscrits jouait encore au moyen ftge un noble rôle. Dictateur populaire, il était plutôt tribun que sénateur, etBrancaleone d'Andalo, qui abattit dans Rome tant de forteresses et tant de têtes féodales , laissa une longue renommée d'amour et de reconnaissance chex le peuple, de haine et de terreur chex les nobles. Déchue de siècle en siècle, l'autorité sénatoriale est tombée an dernier rang ; malgré son habit d'or, son collier d'or et son sceptre d'ivoire, le magistrat suprême de la ville éternelle n'est plus qu'un misérable édile dont la plus belle prérogative est d'ouvrir les courses de chevaux du carnaval. Cette toge écourtée n'en ceint pas moins les flancs altiers d'un prince ; il siège encore au Gapitole , et ses ti*ois adjoints , ses trois commis , tous les trois grands seigneurs comme lui et non moins
t48 ROUE fOOTEBlâlNE.
Mparheê , prAnnent le IHre pompetA ^ ùMme^tt»» teori da peuple rdiatia^
Aintîf dant la ville knnebile tout est ferme « têfot est céréiiMiBie i Fetpnl ÉieM ^ k letM règle, tff kl lettre est tonteUe*
Le p«pe étail àont martf trompait itna liièia tooieg les prévÛDOBs de la mèdeeine et de la poHf!<{iie. €e coup de fasx retentissaat, qui jette Tan av sépalere, Faatre à Teinpire , avait tiré la vieifle Rome de iitt sorameil de tous les jenrt, et donné nûè seeoaise ft eette machine léthargi^ae. Sortie brosqnement de son inertie , toute la ville étMt sdr pied ; mais ee monvemeat routinier était stérile; tonte cette agita-* lion frivole n'était pat de l'action. On aUait, on ve^* nait ; mille groupes noircissaient les places ; peuple, princes, moines, marchands, Anglais, Russes, FratH çais, toutes les nations, tous les États bourdonnaient là péle-méle. Les tricornes do clergé et lesbotitiqnièti de Londres éteient en majorité. Plus vite oublié tfaë refroidi, le pontife mort n'était rappelé quO par quel* que pasquinade sanglante; enflammées pàrrespé^ ranee, l'ambition, l'inconnu, 1er imaginations sé tonrnaient toutes vers le pontife futur comme le fer à l'ainfant
C'étaient autant de conclaves êtt plein air. On j fal» sait et défaisait vingt papêS; on pariait, malgré la bnllé de Pie IV, qui interdit ces gageures sacrilèges, 611 pariait pour tel ou tel cardinal comme ponr une carttf ou pour un cheval anglais, et mille inquisitions ri^ vales exploraient à pleines voilés ces mers indis^
^ erAtêi. GitiMiÉri, ÈnsûÊMÊÈiè» y Prtiieé, AtttricJké,
' ioat lêt hMeIff étrattgêfs, toutes let g«etef , tenu Im
partis avaient learl éêkireort qal se eroisaient dans ïùtnhte , se emideyaient, se dressaient des pièges, et, déguisant leurs embuscades sons tontes sortei démasques, etdaçiaent la fonle d'an invisible ré-
^* # sean.
Mie est la place pnbliqne de Kome en ces jonrs d'interrègne et d'élection. La Kome des palais n'est ni moins vivante ni moins agitée. Les mêmes embûches qne la basse diplomatie se tend dans les rues , la haute se les tend dans les salons. Toutes les excel-
k lences, totites les éminences sont en campagfie ; leurs
carrosses , comme leurs espions se croisent dans tous les sens , et sillonnent la foule qui s'ouvre devant eux et se referme comme la mer Rouge devant et après M obe. Les ambassadeulv , en effet , sont les M o'ises de la papauté ; la colonne lumineuse qui guidé aujourd'hui itt barque de saint Pierre est Fétoile loin-
l . taine de ces cours d'outre-monts , qui Jadis suivaient
celle de Bethléem.
Debout comtne Uti spectre an milieu des vieilles monarchies européennes , et vermoulue comme elles, la république élective du Vatican , sorte de Pologne sacerdotale , se distingue de toutes les cours par sa majestueuse inanité. Elle est esclave et porte au Iront
'^ les insignes de la royauté ; elle est à la lisière des
i^is d'Europe ; elle prend le mot d'ordre à Vienne , à Paris , à Pétersbourg, et elle joue la toute-puissance, et cette auréole fallftciense trouve encore des yeux
faibles à éblouir ; cette larve , des cceivs crédules qui^ croient en elle. Mais tout cela sent le cadavre ; Rome n'est qann sépulcre blanchi.
La ville sainte et la chrétienté étaient depuis vingtquatre heures sans chef; les intrigues et les complots se tramaient dans Fombre ; le peuple de toutes les classes inondait les rues. Un groupe nombreux de Trastévérins était encore campé , aux derniers coups de Fangelus, sur le carrefour du palais Braschi^ au pied de la statue classique de Pasqoin, tapissée, sui«» vaut Fusage , d*ardentes épigranmies contre le pape mort et le pape à naître.
Ces satires sacramentelles sont un droit imprescriptible du peuple romain ; pour celui-là, il en use largement et avec impunité ; car ceux quelles déchi* rent n'ont plus de flatteur , ou n'en ont pas encore. C'est d'ailleurs comme un soupirail naturel par où s'exhalent en paroles, s'évaporent en fumée, la colère et les rancunes de la multitude ; toute secousse est si fatale au vieil édifice lézardé de la papauté , que , bien loin de fermer au volcan ce cratère inoffensif, la politique sacerdotale s'empresserait au besoin de l'ouvrir elle-même , tant l'idée seule d'une explosion l'épouvante. La maladresse d'un sbire trop zélé ou mal catéchisé menaça ce soir-là d'une tempête cette mer immobile et profonde.
Une heure de nuit venait de sonner à Saint-André* de-la-Vallée sans dissiper le groupe du palais Braschi. Les épigrammes de Pasquin volaient encore de bouche en bouche ; la foule riait des bonnes » et sif-