PASQUIN
^ fiait les maavtises. Les plus saDgliates étaient les plus
goûtées. Détaclié du groupe à la faveur des ténèbres, on jeune peintre s'approcha de la statue véridiqne et y afficha fortivement nne pasquinade en action qai dépassait toutes les autres en andace, en vérité. C'était un Christ sur la croix ; le cardinal camerlin-
^ ' ^ gue lui perçait le flanc d'un coup de lance , et de la blessore sortaient à gros bouillons , non du sang , mais des ducats , des écos , des sequins , un déloge d'or. Echelonnés à genoux au pied de la croix , le pape tendait la tiare , les cardinaux la barrette , les évéques la mitre , les abbés le chapeau carré ; il n'é-
^ tait pas mtBce tonsuré qui ne tendît sa calotte, et tous
de chanter en chœur : Crucifixds btiam pro nobis !
Lue à la clarté des torches , l'épigramme fit sensation ; déjà échauffée par les saturnales du jour, la multitude se livra bruyamment aux transports de sa verve satirique. Le sbire troubla la fête ; il arracha la peinture du marbre insolent, et saisit le peintre au
^. collet. Mais le peuple pjrit parti pour le coupable, et
'- la main vigoureuse du vieux Taddée enleva de terre
le sbire, et l'assit, comme au pilori , sur la statue même de Pasquin.
t Au Tibre ! au Tibre I » cria la foule irritée ; plus d'un bras était déjà levé pour s'emparer de la victime cramponnée au marbre mutilé , lorqu'un escadron
/ de carabiniers à cheval, débouchant brusquement
de la place Navone, se rangea en bataille devant le palais Braschi, et éleva un mur de casques et d'épées entre le sbire et le peuple.
ttl BOUE fOOTBKaAINS.
« Atf TiliM! M tikn 1 1 eriait tottjMm la foiik. « Att TIbra le tblrt! • Ht nHie voii répétaient en ehmir le eri de niert. (défait mie rometr i<rardè d'abord, pids éolalaiite coamie la voit groeaina&te du toimerre avaat Vaft^,
Oeacendns de lean faobevr^Sf les enfaeti dalVat^ iévéeé étaient en forée ; irritée par la résiatanoe , la haine de« sbires flamboyait dans leurs yenx , tonnait dans lenr voix. Lenr oraele , lenr dietatenr , maître Taddée , était leur centre de ralliement, et la plame de coq hissée à son chapeau pointu , Taigrette qu*ili étaient tont prés à suivre an combat.
Les armées n'étaient encore qu'en présence, et tout se serait peut-être passé en oris et en menacée, si un spectacle tragiquCi imprévu, n'eèt donné le signal de la mêlée.
Attirés de Saint-André*'4e^la«»Vallée an carrefonr Brasehl par les clameurs de leurs frères , quelque» Trastéirérins avaient , en passant, relevé un vieillard évanoui , mort de faim sous le portique du palali Massimi ; lui faisant une litière de leurs bras , ils le portaient en procession à Féglise voisine des Agonissants. & Place au mort ! t criaient-ils d'une voix sOnaPbre ; le peuple s'ouvrait en silence devant le convoi du pauvre, et, baissant les torches sur ces traits pâles, décharnés, torturés par les convulsions de la faim, il reculiat d'hotreur et de pitié.
I Mort de faim ! mort de faim ! i Ce cri lugubre roula bientôt de bouche en bouche, friqipa de c<eur en cœur, et, donnant lu secousse éleetrique aux masses
) , aÉteodrîM, iadignéiM, il alla crawler de rug b» rue, de place ea plaaa ; et lei éehM des égliaet , dm pa» hU , ê»$ mainrea, repélèreot an Ipio daaa la Bvit : « llpvt de faim I noyt de faûn ! »
Cette difemoa funèbre ne U qu'attiser la colère au CQBur de la multitude ; eo lui pendant plui senai*
i' Ue eneore , plui palpable , le Calvaire allégerîiiue 49 peintre , elle la ran^aa pUit lerriUe au «bire et aux carabinieia qni le protégeaient de leun sabr^ s^ Le corps du vieillard fut déposé sous le percbe des Agomsanis » comme le corps de César sur la tribune aux bara«g4ies> et , nouvel Antoine , le vieux
^ Taddée, orateur populaire et chef né de toute «édi-
tion, n^nta sur une borne pour baraagner le peuple rouEiain.
« Frères, dit-il en montrant du doigt le cadavre gîaai^ à ses pieds ê^iœe deux iorcbes , eeU «n dea uiAtres. Aujourd'hui lui , demain nous. Le peiolre a maon , il est mort de faim parce que les robes rou^-
^. ^u et les bas violets dévorent la sufaitanee du peuple.
' Xjraslévérins , nous sommes , nous , le» vrais descendante des vieux ftomains { rapp^doM^nons nos ancâinas , Us mi^lres dnmonde , et vengeons notre frère. • 1— Jetant à ces saots sur le ^davre son manteau de poil de chèvre : -«- « A Teau le sbire 1 cria-t-il d'une vnix foudiBOfante; ensnileon verra. A naoi, enisnis ! t
^ {lu déluge de pieires obaeuroit à ces mets les
teeaheSf km réverbéiee , et tomba avee nu fra«yM éfMiBirMitable sur lea easnuee dee earabiniera i une diai^ de isiv«krie itipoûdit à celle hmaqurn §omr
264 ROME SOUTERIIAINE.
roation , et nu délage de coups de sabre plut à sen toar sur le feutre pointa des Trastëvérins.
Mais cette énergique réplique ne décontenança point les fils intrépides du Janicule. Loin de rompre , ib se jetaient au milieu des escadrons, éventrant à coups de couteau les chevaux et les cavaliers. Quant au sbire , il avait profité du premier choc et gagné le large à la faveur du désordre et de la nuit ; mais , Fobjet et le prix du combat disparu, on ne s'en battait pas avec moins d'acharnement ; les pierres et les coups de sabi'e ne cessaient de pleuvoir ; la nootqme mêlée était sanglante, l'avantage égal des deux côtés.
Tout à coup le son lugubre et voilé de deux trom-^ pettes de deuil retentit dans la rue de Saint-Pantaleo et une clarté subite en perça les ténèbres. « Le convoi du pape ! s'écria Taddée d'une voix qui domina la mêlée. A genoux , enfants , à genoux ! » Le combat cessa à l'instant , les carabiniers se replacèrent en ordre de bataille , les Trastëvérins s'agenouillèrent, chapeau bas, et, tombé comme les Sabines au milieu des combattants, le convoi pacifique du souverain pontife uriva sur le carrefour Braschi par le même chemin que le convoi belliqnenx eu men diant.
Mort la veille au Quirinal, on transportait le pape an Vatican pour l'exposer à l'adoration des fidèles dans la chapelle Sixtine. Deux trompettes sourdes , escortées de deux gardes-nobles en habit rouge et en manteau noir, ouvraient le cortège fanéraîre.