LE PALAIS MADAME
Moitié tendre , moitié raiffenr, raimable conquérant vint tomber aux genoux de sa maîtresse apaisée.
« Tu restes , n'est-ce pas ? dit-elle en lui tendant sa belle main.
— Je t*aime , reprit Brancador en couvrant de baisers la main qu'on lui livrait ; je t'aime plus ce soir que je t'aie jamais aimée.
— Tu restes donc ?
-^ Jamais tes yeux n'ont brillé d'un éclat si vif. Ta beauté est irrésistible.
— Or çà , monsieur le flatteur, vous plaira-t-il enfin de me répondre oui ou non ? Restez-vous ?
— Je reviendrai, ma chère ; mais laissons cela, de grâce. Parlons de notre amour. Quand on est belle comme toi , on n'a personne à craindre , et l'on n'a pas le droit d'être jalouse. Quelle rivale oserait se mesurer avec toi ? Quelle étoile ne pâlirait devant la tienne ? Connais mieux ton empire et repose-toi dans ta force et dans ta beauté. Tiens, ajouta-t-il en riant, sais-tu de qui tu es jalouse ? Du comte de Kaleff. C'est avec lui que j'ai affaire ; je ne serai pas absent une heure, pas un quart d'heure. « — Le fait est qu'il avait rendez-vous avec le sanfédiçte moscovite pour le conduire à l'assemblée des carbonari du Vélabre.
( Brancador, dit la comtesse tout d'un coup sérieuse, vous êtes un serpent. Ecoutez-moi, confinua4-elle en retirant sa main ; un soupçon m'est venu depuis que vous parlez tant d'affaires et de rendez-vous ; tout cela m'est suspect. Je suis sftre que vous n'aimeiE que moi et que je n'ai pas de
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femme pour rivale : vons me l'avez dit, je le crois ; mais j'ai des rivaux, et je suis jalouse de tous ceux, hommes et femmes , qui me disputent votre temps , sinon votre amour. Ces rivaux , je les connais , ce sont des jeunes gens compromis. Vos rendei-vous sont avec eux , et je devine les affaires que vous avez ensemble ; si elles étaient honorables, vous me les diriez. Votre silence vous accuse et m'en dit plus que vons n'en cachez. Parlez*moi franchement : vous êtes carbonaro, n'est-ce pas ?
— Carbonaro ! moi ? s'écria Brancador en éclatant de rire. Parfait! parfait ! Le pupille du prince d'Iesi un carbonaro ! L'invention est divine. C'est à mourir de rire.
— Ries , riez ; votre rire n'est pas sincère. Vous vous défendez mal ; vous ne savez pas mentir, et je vous en félicite. Du reste , je ne vous demande pas votre secret ; je l'ai.
— Serait-ce après tout un si grand crime que d'être carbonaro, et m'en aimeriez-vous moins? Eh quoi ! on sera Romain , on sera esclave , on consumera aux genoux des femmes plus d'énergie qu'il n'en faudrait pour commander des armées , et il ne sera pas permis de donner une pensée à la patrie ! Et cette Italie,. que l'on foule aux pieds, il ne sera pas permis de pleurer sur elle, de songer à sa gloire, à sa délivrance ! Et c'est vous qui m'en feriez un crime ! Allez , vous n'êtes pas Romaine , et il vous faut des adorateurs comme le duc de Télèse. Oui , •^o'^-me, je suis carbonaro, et je m'en glorifie.