LE PALAIS MADAME. 27S
, colonnes des temples et les arcs de triomphe, la supentîtion dn peuple romain l'anrait prise , sans aucun doute , pour là belle Tarpéia échappée de son palais souterrain. La jeune païenne livra le Capitule à ses ennemis ; la chrétienne allait livrer les siens au Vatican.
Aiguillonnée par la fièvre de son projet funeste, elle ne ût qu un vol du Forum au palais Madame , édiûce somptueux bAti par Catherine de Médicîs sur les Thermes de Néron , et affecté par le pape Lambertini au ministre de la police romaine et à ses argus.
c II Tant , dit Antonia aux gardes , que je voie surle-champ monseigneur le gouverneur. >
Introduite aussitôt , elle se précipita plus qu'elle n'entra dans son cabinet.
t Vous ici y à cette heure , madame la comtesse ! lui dit le prélat en faisant un pas vers elle et lui baisant la main avec une galanterie toute mondaine. A quoi dois-je l'honneur d'une telle visite ? «
Hors d'haleine, Antonia ne put répondre ; la voix lui manqua , elle tomba sans voix sur un siège.
t Votre agitation m'effraie , n^adame ; permettezmoi d'appeler mon médecin. x
— Je vous prie , monseigneur, de n'en rien faire. Je suis tout à fait remise , et j'ai plus besoin de vous que de lui.
— Je suis k vos ordres; parles, madame la cottitMse.
— Monseigneur, reprit ^ntf^nld ^pn ion résolii,
%^A HOME SOUTEHBAINE.
uoe bande de carbonari conspire en ce moment la ruine de Rome ; je ads oùTils sont rassembléa ; pour un seul que je veux sauver et dont je vous demande la grâce , je vous livre tous les autres. Le marché vous convient-il?
— Il est conclu. Quelle garantie exigez-vous?
— Votre parole me suffit. Partons. Pour prévenir toute méprise, je veux servir moi-même de guide à vos gens.
— En ce cas, madame la comtesse ne me refusera pas rhonneur de lui servir d'escorte. >
A ces mots , le gouverneur de Rome donna ordre que Ton mit à l'instant sur pied une escouade de sbires et une compagnie de carabiniers. La résolution passionnée de la vindicative Romaine résista à l'horreur de ces apprêts sanguinaires. Trop lents même au gré de sa vengeance, elle n'y iiitervint que pour en bâter encore la rapidité meurtrière. Son sein battait avec une violence convulsive ; son œil jetait des flammes sinistres ; ses joues étaient pâles, ses lèvres tremblantes et livides. Ce n'était [Ani la bacchante amoureuse, c'était la bacchante outragée , furieuse, acharnée aux pas d'Orphée.
Enfin on partit.