XVIII. — LE VÉLABRE
Cependant les carbonari de Rome étaient réunis au Vélabre en vente solennelle , sous la présidence d'Anselme, vénérable grand-maître grand*plu âc
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[ Tordre. La grotte triangulaire, mais tronquée aux trois pointes , était illuminée par les trois flambeanx mystiques suspendus à chacun des angles en forme de soleilf de lune et d'étoile. L'angle supérieur ûgure l'orient ; c'est là qu'est placé le trône du vénérable. En face, au milieu de la ligne d'occident, est l'eni trée de la grotte, défendue par deux gardiens armés I d'un sabre d'or en forme de feu , comme le glaive de l'ange d'Ëden. La ligne qui de la droite du vénérable descend à la base se nomme Midi , celle de gauche Septentrion. Au sommet de la première et à côté du trône s'élève la tribune de l'orateur, et toutes deux sont terminées par un surveillant chargé de i maintenir l'ordre sur sa file. Celui du midi s'appelle premier éclaireur, celui du septentrion second éclaireur. Les sièges sont disposés sur les deux lignes , et tendus tous de drap rouge semé de flammes d'or. Tapissées de tentures bleues , les parois de la grotte sont couvertes de peintures carboniques.
^ Revêtus du costume sacramentel de l'ordre , les
P adeptes étaient rangés en silence sur les deux lignes. Leur turban rouge comme celui des patriarches, leurs sandales et leur tunique bleues, leur longue robe noire et leur large ceinture armée de la hache et du poignard, donnaient à l'occulte assemblée une physionomie guerrière à la fois et sacerdotale. Assis à l'orient sur son trône, Anselme ne se disr ' tÎDgnait des autres grands-mailres grands-élus que par un large ruban moiré passé en sautoir autour de son cou. Insigne mystérieux de sa dignité , ce ruban
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était SOI trois cooleim de la rëpnbliqae susoûienne, et trois joyaux symboliqaes y brillaient suspendns : un soleil d'or , un globe vert et un triancfle azur, image de Dieu. Les manches de sa robe étaient serrées au poignet par des bracelets bleu céleste.
Quand les adeptes furent tous debout à leur place , Anselme donna le signal par un coap de hachette que répétèrent les deux éclaireurs , et il prononça à haute voix la prière suivante : c A la gloire I de notre bon cousin maître de l'univers ! Nous « vous prions de nous protéger dans nos augustes 1 travaux ; et faites , grand Dieu ! que la paix et l'u- 1 nion régnent an milieu de nons.i
Après les applaudissements d'usage, il ajouta :
tBon cousin premier éclairenr, quelle heure est-il? >
Le premier éclaireur répondit : t Vénérable grandélu, le tocsin sonne de tontes parts et retentit jusque dans la profondeur de notre grotte : je pense que c'est le signal du grand réveil des hommes libres, et qu'il est minuit, i
Anselme reprit : « Bon cousin, second éclaireur, à à quelle heure doivent s'ouvrir nos travaux mystérieux ? >
Le second éclaireur répondit : t A minuit , vénérable grand-éln , lorsque les masses populaires , ré-, veillées par les bons cousins-directeurs, se lèvent contre la tyrannie.
— Bons cousins, gardiens de notre asile, continua Anselme , étes-vous sûrs qu'il ne s'est glissé parmi
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[ noos aucun profane, et que les carbonari rénnis dans cette vente sont bien tous grands -maîtres grands'élus ?
— Oui , vénérable grand*maitre , répondirent les gardiens. Les introducteurs ont fait leur devoir ; il
^ n existe ici ni profane ni carbonaro subalterne.
f — Puisque tout est si bien disposé, je vous invite,
mes bons cousins, à m'assister dans l'ouverture de nos travaux nocturnes en célébrant avec moi le sextuple avantage. A moi, mes bons cousins ! — Au Créateur de Tunivers ! — Au Christ, son envoyé sur la terre pour y fonder la philosophie , la liberté , Tégalité ! — A ses apètres et prédicateurs ! — A saint Tibàldo , notre patron î — A François I'^'' , protecteur de Tordre ! — A la chute éternelle de toutes les tyrannies ! — A Tavénement des peuples et d'une liberté sans fin ! t — Les sept avantages célébrés par les acclamations consacrées , le vénérable déclara la vente ouverte ; les membres s'assirent, et les travaux
^ eommencèrent.
I Après la lecture du procès*verbal : t Étoile de nos
assemblées nocturnes, dit Anselme, bon cousin notre orateur, vous avez la parole. « .
L'orateur se leva et prononça un discours où , après avoir fait un tableau riant du printemps de la terre et de la simplicité des âges saturaiens , il en
I fit un lugubre des premières usurpations et des premières tyrannies. Passant aux époques historiques , il parcourut rapidement toutes les phases des républiques anciennes et modernes , et , s'arrêtant à i'I-
taJie, il célébra ses grandeurs passées, il gémit sur ses adversités , il chargea d'anathèmes ses oppresseurs, c C'est pour en purger le sol italien , pour8ui¥it-41 , que nos aïeux ^ les premiers bons cousins, ont fondé le respectable carbonarisme. Exilées du monde, n'osant paraître à la lumière du soleil, la liberté, l'égalité se réfugièrent dans les forêts ; elles se cachèrent dans les grottes ; elles ceignirent cette robe virile dont nous sommes revêtus; elles aiguisèrent dans l'ombre des ventes la hache et le poignard , et ju-* rèrent la délivrance de la belle Ausonie. Ce serment sacré, nous l'avons tous répété. Le moment approche; le tocsin va sonner, les peuples sont en marche, et l' Ausonie régénérée ne va bientôt former qu'une seule famille unie et florissante.
— Maintenant , reprit Anselme , que notre bon cousin l'orateur nous a rappelé le saint but qui nous rassemble , il nous reste à discuter les moyens de fonder la grande république ausonienne sur une liberté forte , incorruptible. Le pape est mort , le conclave s'ouvre dans huit jours, et avec lui la nouvelle ère de l'Italie. Une dernière vente assignera à chacun son rôle dans ce grand œuvre. Quant à nos plans, vous les connaissez, c'est chose convenue depuis longtemps. C'est de Rome, centre naturel de la république italique , que jaillira l'étincelle , et l'incendie, étendu de proche en proche, envahira jusqu'aux dernières limites de la Péninsule , comme du soleil , centre et foyer commun , la chaleur et la lumière rayonnent jusqu'aux lointaines planètes. Le