LE VJ£LABRE
soalévemeDt opéré, le gouvernement provisoire con* voqnera à Rome nn congrès ou concile italien dont le noyau est en ce moment dans la tour d'Asture. Vous voyez f grands-maîtres grands-ëlus , continua* t-il, que les plus sages précautions ont été prises pour Taccomplissement de nos grands desseins. Ils sont infaillibles, et beaucoup d'entre nous, mes bons cousins, vont être bientôt appelés à gouverner le peuple d'Ausonie. N'oubliez pas, lorsque vous aorex échangé contre la toge et la pourpre romaine cette robe de grand-maître dont la couleur noire indique le deuil des hommes libres , n'oubliez pas qu'élevés pour nn temps au-dessus du niveau de l'égalité, vous devez , après sept ans , redescendre et vous confondre pour le reste de vos jours dans la foule des citoyens. Songez aux serments terribles prononcés par nous tous dans cette enceinte. Malheur aui traîtres et aux parjures !
— Vénérable grand-éln, interrompit le premier éclairenr, je propose , au nom de tous les bons cousins de ma ligne , de renouveler solennellement le serment secret. «
Le second éclaireur fit la même demande pour la ligne du Septentrion , et , appuyé par l'orateur au nom de tous les dignitaires de la vente , la proposition fut mise aux voix et adoptée.
Tous les assistants descendirent au milieu de la grotte, et s'y alignèrent en triangle tronqué. Entouré des dignitaires, le vénérable se plaça à l'angle oriental : «La forme mptérieuse et sacrée , dit-il , est
parfaite, mes bons cousins. Implores intérieurement de la toute^poissance de Dieu la force de tenir le serment terrible que vous allez prononcer devant lui , et tombez au pied du signe de régénération et d'égalité, emblème sanglant des lumières pfailosopbiques. A genoux, mes bons cousins. «
Les adeptes mirent un genou en terre ; ils élevé* rent la main droite au-dessus de la tête en l'étendant vers le crucifix, et apuyèrent la gaucbe sur le cœur, le poing fermé, comme s'ils eussent tenu un poignard , prêts À s'en frapper.
Seul debout, Anselme lut au milieu d'un profond silence la formule suivante : «Moi, citoyen libre de s l'Ausonie, je jure, en présence du grand-maître de 1 l'imivers et du grand-élu bon cousin, de consacrer t ma vie au triomphe des principes sacrés qui sont « Fâme de toutes les actions secrètes et publiques du f respectable carbonarisme ; je jure de propager Yé* « galité dans toutes les âmes sur qui je peux avoir t de l'ascendant; et si l'on ne peut sans combattre 1 rétablir la liberté italienne , je jure de verser mon « sang pour elle et de lui être fidèle jusqu'à la mort. > Je me dévoue , si j'ai le malheur d'être parjure à 1 mes serments , à être immolé par mes bons cou- 9 sins les grands-élus de la manière la plus souff frante, à être mis en croix au sein d'une vente, nu, 1 codronné d'épines comme Jésus, notre bon cousin « et notre modèle ; je consens que mon ventre soit •» ouvert avant ma mort, mon cceur et mes entrailles t aiTachés et brûlés, mes membres coupés, disper-
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» ses, et mon cocps privé de sépulture, t Telles sont, ajouta Anselme, nos obligations à tons, mes bons cousins ; jnres-vons de vous y conformer?
— Nous le jurons I
— Dieu vous entend , s'écria le vénérable ; son tonnerre gronde , vos serments sont acceptés. Lé peuple ^st prêt à combattre, il triomphera. Malheur à vous si vous lui devenies infidèles ! Reprenes vos places, mes bons cousins. »
Quand Tordre fut rétabli il ajouta: i II va main* tenant vous être fait , par notre bon cousin Torateur, une septième et dernière lecture du pacte social tel qu'il sera soumis à la sanction de la nation ausoi» nienne. Vous voterez après cela sur l'ensemble , et ce vote sera définitif, i ,
La lecture terminée, un membre demanda la pa« rôle : « Je propose , dit^il , un article additionnel ainsi conçu : & Les tombeaux des grands hommes 9 et des bienfaiteurs de la république seront élevés f le long des grandes routes aux frais de l'Ëtat. Les « monuments seront simples , mais de nature pour- « tant à attirer les regards des citoyens. La statue a des morts ne pourra être placée sur leur mausolée I que par un décret spécial de l'assemblée souve* » raine. Une inscription courte et en langue vulgaire f indiquera le nom et la patrie du mort , ses princi- > pales actions , le jour de sa naissance , celui de I son décès , l'ordre et le nom de l'autorité qui lui « aura décerné le monument. »
L'article fut mis aux voix et adopté. t)n passa en-
iHi ROMK SOUTERRAINE.
suite au vote général ; tons les assistants se levèrent en masse , et le pacte social de la république ausonienne fut accepté à l'unanimité. Anselme reprit la parole et entama en ces termes la négociation délicate du cloître de Saint-François :
t Nos plus grands ennemis , dit-il , ne sont pas dans nos murs , ils sont à nos portes. Eussions-nous détrôné , anéanti tous les tyrans nains de Fltalie , nous n aurions fait encore que bâtir sur le sable ; notre édifice croulerait bientôt. Les désastres du passé nous l'ont assez prouvé. Ce dont il s'agit d'abord et avant tout, et à tout prix, c'est d'une croisade contre l'étranger. Accroupi sur les Alpes et les pieds dans le Pô, le monstre autrichien est comme le Cerbère de l'enfer italique. Voilà notre ennemi ; c'est contre lui qu'il faut passionner toutes les âmes, armer tous les bras ; c'est sur lui qu'il faut frapper tous les coups : car lui seul est à craindre , et sa chute entrdinera celle de toute la cour infernale. Amis, ne nous faisons pas d'illusions , ne nous berçons pas de chimères ; façonné à la servitude depuis des siècles, notre peuple est inerte ; il faut pour le mouvoir des motifs , un intérêt. Or il a un reste de croyances héréditaires , il a des superstitions non moins puissantes dont le prêtre dispose encore et qu'il peut armer à son gré pour ou contre la liberté. Que la voix séculaire du Vatican s'unisse à nous pour prêcher la croisade italienne , et le peuple des villes , le peuple des campagnes surtout se lèvera contre l'Autrichien, comme FEurope se leva jadis contre l'infidèle. Il ne
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faut pour cela qo'an pape à nous. Je vois votre ëton* nement ; mais écoatei-moi jusqu'au bout. Avec an pape à noas , noas avons d'abord le peuple de Rome : vous savez tons son idolâtrie , et Témeute du carrefour Braschi gronde encore pour noas instruire ; nous avons le peuple italien tout entier. Un pape républicain ne fera pas la révolution , il la consolidera. Ce pape il existe j"ai sa parole. Candidat mystérieux, inconnu , il va entrer au conclave cardinal : c est à nous à faire sortir son nom de l'urne , et la bulle révolutionnaire retentira conmie la foudre des Alpes à l'Etna. «
On frappa en ce moment à la porte de la grotte. Les gardiens en donnèrent avis au second éclairenr, qui en ût part au premier et celui-ci au vénérable. Le maître des cérémonies fut envoyé aux informations. Il sortit et rentra l'instant d'après avec Brancador.
c Vénérable grand élu, dit Tamant d'Antonia, j'amène le comte deKaleff, l'émissaire russe annoncé. Il a des communications importantes à faire à l'ordre, de la part de son souverain. Je demande qu'il soit introduit dans la grotte et entendu après les épreuves d'naage. Je suis son parrain et je réponds de lui. i Gela dit , Brancador prit place sur sa ligne et s'assit.
c Je connais ce Russe , répondit Anselme ; j'ai pris sur lui des informations ; et sans suspecter en rien Thonnenr de notre bon cousin Brancador , sais craindre de la part de son client [une trahison ; je propose pourtant de ne l'initier qu'avec circonsp*^
tion à nos mystères , et de ne lai faire qu une demiréfélatioD. Je sais d* ailleurs ce qa'il nous vent. No« frères de Naples ont eu foi dans ia Russie , et le Gilento expie leur crédulité. Écoutons-les ^ ses promesses fallacieuses ; n'y croyons pas ; mais servons* nons*en pour entraîner lès timides. Quant à nous , mes bons cousins ici présents , nous ne voulons pas plus du Tartare que du Germain , parce que nous voulons être libres , et non pas changer de maîtres. Nous n'avons foi, nous, qu'en la justice ; et s il y a un Dieu , nous triompherons avec elle et par elle. «
L'avis d'Anselme parut bon ; la vente s'y raogea. Mise ensuite aux voix , l'introduction de M. de Kaleff fut votée. Agitée quelques minutes par le scrutin, l'assemblée s'apaisa et reprit son attitude imposante et silencieuse.
Pendant ce temps le Janus nltramontaîu attendait patiemment son sort dans la cellule solitaire et t^ébreuse , vestibule obligé par oà doit passer tout récipiendaire avant de pénétrer dans le temple. Abandonné là à ses méditations, il supportait cette première épreuve avec un flegme diplomatique. EnGn , sur Tordre du vénérable , les frères servants le délivrèrent de sa prison , et conduit à des épreuves nouvelles , inconnues , il fut introduit. Coiffé du turban rouge , chaussé du cothurne , et vêtu d'une simple tunique bleue , il franchit le seuil redoutable, la^poitrine et les bras nus , les yeux bandés ^ chargé de liens, et portant sa croix comme Jésus. Guidé par trois servants prêts à exécuter les ordres du vé-