‹ Rome souterraineChapitre 47 sur 113 · LS VÉLABRE. 99S · texte numérisé non relu

LS VÉLABRE. 99S

nuits. Brise-moi , foule-moi aux pieds , fais de moi ce que tu voudras ; mais ne me dis plus de ces mots acérés qui transpercent comme une lame aiguë ; plonge-moi plutôt celle de ton épée dans le cœur « cela fait moins de mal. 0 mon Brancador ! tu ne sais pas ce que cest que Tamour, tu n'as jamais aimé. Oui, j'ai voulu livrer tes amis, parce qu'ils sont mes ennemis , k moi ; ne me dispntent-ils pas tes jours et tes nuits ? Je les livrerais encore « je les livrerais tous jusqu'au dernier pour que tu sois à moi sans partage , à moi toute seule , pour te posséder une* heure de plus chaque soir. Si c'est un crime, tu n'as le droit, toi, ni de me le reprocher ni de te venger. Vas, tu n'as point d'amour ; tu n'es, comme tous les autres , qu'un ingrat , un cœur sec et froid. >

Inondée de ses cheveux et de ses larmes , elle était tombée aux pieds de Brancador et lui embrassait les genoux. Ses joues pâles s'étaient ranimées ; son front brûlait ; son sein battait sous les plis de sa robe en désordre ; des éclairs passionnés brillaient à travers ses pleurs. Ainsi prosternée , palpitante , sa beauté était irrésistible. Abaissant sur elle un œil adouci , Brancador se sentait faiblir. 11 se tut, de peur que sa voix ne décelât sa faiblesse par son irrésolution , par son tremblement ; forcé au silence , il joua Fin* différence, le dédain, et fit le geste de partir.

c Tu ne t'en iras point, s'écria la comtesse en s'attachant à lui ; je ne veux pas que tu partes , tu resteras ; tu ne me laisseras pas dans cet horrible état ; c'est à toi à bander les plaies, que tu as faites.

WA ROME aOUTBBllAINE.

à essuyer les pleors qne in as fait cooler. Branca» dor ! Brancador ! es*tu donc , je ne dis pas sans amonr , mais sans pitié ? Pourrais^-to bien m'abaadonner ainsi? Ta n'en es pas capable; tn es bon, tu me pardonnes , tu m'aimes , je le vois bien ; ta boocbe le tait , mais tes yeux le disent. RTest-il pas vrai , ô mon Braneador ! que tu m*as pardonné ? t Et la voluptueuse sirène enlaçait le jeune homme de ses deux bras caressants.

— Laisses-moi , madame , dit-il en essayant an effort pour se dégager des lacs d'Armide , laissezmoi , vous dis-je. Il n'y a point de pardon pour de telles fautes ; il n'y a plus rien de commun désormais entre vous et moi. Tout ce que je puis voua promettre , c'est l'oubli.

— L'oubli ! répondit Antonia en se relevant avec impétuosité ; l'oubli !-Et qui t'a dit qne j'en voulusse, de ton oubli ? L'oubli est pour ma faute , mais c'est ton amour que je veux pour moi. Va , tu te raidis en vain , tu joues en vain la dureté , la froideur; Témotion de ta voix t'a trahi malgré toi ; tu m'as par^ donné f et c'est à présent que tu m'aimes plus que tu ne m'as jamais aimée, ji

Plus caressante, plus entraînante à mesure qu'elle le voyait plus faible , plus chancelant , la séductrice lui prit la main avec tendresse ; et, l'attirant doucement vers elle , elle lui dit d'une voix flatteuse :

c C'est asses lutter ; l'amour triomphe , l'honneur est sauvé. Je savais bien que mon Brancador n'était pas impitoyable et qu'il était généreux. Viens, viens.

SAIWTK-MAIIR.IIAJBDIE. M

■e refuse pai à ton Antonia le btiier' de paii. « Grime, veogeaooe, dangen conros, amis en fuite, Brancador oublia toot Ponvait-il à vingt aoi résister à tant de séductions ? Il ne l'essaya point ; loin de réengager une lutte qu'il sentait d'avance inutile , il ne tenta pas mêffle un dernier effort; muet, fasciné, il tomba dans les bras de la délatrke enivrée et triomphante.

Si , troublant le cours de cette nuit de ooupables délices, le bras invisible du destin eût soulevé pour eux un coin du voile de l'avenir, peut*ètre auraientils entrevu dans leurs rêves un poignard , du sapg. Mais le rideau mystérieux reste baissé ; nui fantiWne vengeur ne s'assit an chevet oublieux de la volupté.

Page 1