‹ Rome souterraineChapitre 48 sur 113 · XIX. — SAINTK-MARIB-MAJEDRB · texte numérisé non relu

XIX. — SAINTK-MARIB-MAJEDRB

Caché toute fat nuit, Anselme se glissa chef Bran<eador dès la pointe du jour. L'amant d' Antonia n'était point encore rentré. Il attendit longtemps ; enfin il vint , mais si pâle, si défait, que l'ami de Marins en fut frappé.

t La surprise de cette nuit, lui dit-il, semble vous avoir singulièrement abattu. «

Brancador rougit et ne répondit pas.

s En effet, poursuivit Anselme, le danger a été grand ; il l'est encore. Une réaction est inévitable ; je m'attends dès aujourd'hui à des vengeances. Ils ne pardonnent pas, les prêtres. De tous nos amis, vous êtes le plus compromis , et j'ai songé tonf ^ >"

9M BOHB SODTniAIVK.

Boil aox moifeoÊ èe vow êénher m pewsoifes. • fit sar In-oéne ira triste rêtoor ; il M weille à la wcille d'Anselme , et roogit ! pi».

I avant toot, eimtîiiiia Antefane, paries-mo francbement Sonpçoniiex-voiia d'oà ptrt le eoop ?

*- En vérité, balbatia Bmeador avec no emiiarrat visible , je ne sais... je m'y perds.

— La ptéeantion qne vons avei prise de ne pas eoncher chez vous, précaution qne dn reste j'approuve — et dont le mérite n'est pas grand , ajouta tout bas la conscience de Brancador, — cet eicès de prudence, dis-je, pourrait sembler à la charge de votre client.

•— Comment cela ?

— Si M. de Kaleff est pour quelque chose dans cette trahison , vous devez en être la première victime , puisque de tous les carbonari dn Vélabre , il ne connaît qne vons. Ses yeux sont restés bandés pendant tonte la cérémonie ; il n'a pu voir personne.

— C'est juste , répondit Brancador ; mais le soupçonnez-vous ?

*- Je ne dis pas cela ; toutefois il faut agir comme si cela était. Vous devez quitter Rome sur-le-champ.

— Vous oubliez que je suis garde-noble , et que mon service m'appelle aujourd'hui même à Saint- Pierre , au catafalque du pape ?

— Manquer son service un jour est un fort petit malheur ; se laisser arrêter en serait un fort grand ; et vous savez le proverbe : de deux maux il fant

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choisir le moindre. On vons fera malade ; on dira qae toos êtes parti pour la campagne. Gela, du reste, est notre affaire ; la vôtre est de vous mettre à Tabri de Forage et de partir à l'instant. Voici nne lettre ponr le sergent d'Asture ; il voos cachera dans sa tenr jusqu'à nouvel ordre. Avec un peu de diligence, vous y arriverez ce soir même. Ayez soin seulement d'éviter les lieux habités, surtout Neptune. «

Et il lui traça son itinéraire à travers les solitudes les plus profondes du désert.

L*amant d'Antonia adorait Rome. Ce départ précipité le consterna. Mais il rougissait trop de luimême ; il se reprochait trop amèrement son indigne faiblesse pour se permettre une plainte , un murmure. Il accepta son exil comme un châtiment mérité , et , afin de l'aggraver encore , il s'imposa de partir sans revoir sa complice ; il ne l'a fit pas même prévenir, et sortit au galop par la porte Saint-Sébastien. Gomme il passait devant le tombeau des Scipions, le soleil, levé sur Saint- Jean-de-Latran , dorait les cyprès du Mont-Gélien et les immenses Thermes de Caracalla ; lui-même fut atteint devant la basilique où sont les^ Catacombes.

Brancador était de tous les carbonari de Rome celui qu'Anselme surveillait de plus près. Il le savait brave, généreux, capable dans l'occasion de dévouement, mais faible , étourdi ; et, s'il ne suspectait pas son honneur , il craignait son imprudence et sa légèreté. Sans l'accuser de la catastrophe du Vclabre, il n'en avait pas moins saisi avec empressement ce

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prétexte pour T éloigner de Rome ÛKO» un moment si périlleax, si décisif, oà la moindre indiicrétioii pouvait tout perdre. Cette fatale surpriae n'allait déjà que trop les compromettre tous, sans garder encore au milieu d'eux un germe si inquiétant.

Queftt^e été s'il avait su la vérité? Il eombatUit un mal possible ^ et le bmI était consommé. Mais il s'agissait avant tout de diguer le fleuve si inqiiné^ ment débordé et d'en prévenir les ravages , sauf à remonter après à la source du désastre. C'est ce que fit Anselme. v

M. de Kaleff l'inquiétait davantage. Ignorant l'oubli des servants, il l'avait cru d'abord "évadé ; en y songeant, il ne se rappela pas l'avoir vu dans la fuite souterraine, et il commença à craindre quelqne . malentendu on quelque trahison. Or, comme il descendait le grand - escalier de la Triniténles-Monts pour aller aux infinrmations à l'hfttel du Moscovite , nue chaise de poste traversa la place d'Espagne avec fracas ; Anselme reconnut dedans le Moscovite lui-même en habit de voyage. La chaise était lancée au galop ; elle enfila comme la foudre la me du Babouin , et sortit de Rome par la porte do Peuple.

Le comte de Kaleff était un intrig[ant politique investi de la confiance do cabinet russe , et son agent secret en Italie. Sanfédiste et carbonaro, il flattait les passions des uns, exaltait les espérances des autres , et trompait tout le monde. Il entrait dans tons les complots, s'initiait à tous les mystères, s'enrôlait sons tons les drapeaux. Aux carbonari il garantissait

! l'imita répaUioaine, aux tanfédiitei le démembre- I ment féodal ; féodalité oa république, qu'importe au lointain empire?* Jaloux de baigner un pied dan» la Méditerranée, d'étendre un brai par4eMU8 les Alpes afin de mieux enserrer l'Europe, le géant a l'osil ouvert sur l'Italie, terre promise, dont Souvarow naguère lui aplanit les voies. Son rival donc est César; c'est lui dont il convoite. la place au soleil italien; lui seul et toujours lui qu'il combat dans l'ombre par toutes les armes, dans les ventes comme an sein du consistoire.

Missionnaire de désordre et de déception , M. de Kaleff servait bien les vues de sa cour. Éblouissant par ses promesses menteuses les carbonari napolî» tains , il avait provoqué naguère cette sanglante révolte du Gilento , dont la tour d'Asture cacbait dans ses flancs de pierre trois victimes* Le coup manqué, il était venu jouer à Rome ou a vu quel rôle. Mais on a vu aussi que l'Autriche fait bonne garde, et que le palais de Venise est maître en fait d'embûches.

L'aventure du Vélabre fît du bruit; elle eut dès le lendemain un retentissement prodigienx dans la drplomatie, et donna iieu à des conjectures sans nombre. Quelque soin que le ministre de Russie prit de la réputation de son compatriote en fuite , quelque colère qa'il déploy&t contre ces infâmes carbonari qui avaient voulu l'assassiner, quelque chaleur qu'il mit dans ses plaintes au camerlingue et dans ses réquisitoires, la fameuse histoire du sacrifice ne fit pas

fortune , et le cracîfië du Vélabre devint la fable de Rome. Nulle part' on n'en rit plus qu'au palais de Venise, parce que nulle part on ne voyait plus clair duns tontes ces ténèbres.

Echappé du piège et tout fier d'avoir rompu' U maille, le renard fugitif n'en riait pas moins dans sa barbe de ce bon gouverneur de Rome si simple ^ pensait-il , si crédule. Roulant sur le grand chemin de Florence , il se frottait les mains , il se félicitait de son génie , il se croyait bien fin , bien rusé , et il laissait son secret , non-seulement au palais de Venise , mais aux sanfédistes et aux carbonari.

Cependant les craintes d'Anselme ne tardèrent pas à être justifiées ; dès le matin les réactions commencèrent. La police romaine se vengea par des .arrestations de son désappointement de la nuit; les prisons s'emplhrent de tout ce qu'il y avait à Rome d'hommes suspects ou déjà compromis. La rue des Hibernais ne fut pas oubliée.

Le cardinal de Pétralie n'apprit que tard les événements de la nuit. Sa terreur fut grande. Se croyant la cause première du danger d'Anselme, il se reprocha de l'avoir envoyé dans cette fatale vente du Vélabre. Il craignait aussi pour lui-même, pour la tiare. Une visite du gouverneur de Rome le rassura. Affectant pour l'ami de Marius un intérêt qui n'était que celui du tigre pour sa proie , le chef des sbires venait sonder le grand-pénitencier, dont l'amitié pour Anselme était publique. Le prélat déploya toute l'adresse, toute la rouerie d'un prêtre romain. Mais il

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avait affaire à un insulaire » à un moine ; toutes les mines furent éventées.

Le eardinal se retrancha dans son rôle et se tint sur la défensive. Personne n'était mieux placé que monseigneur le gouverneur de Rome pour connaître l'incapacité politique du grand-pénitencier ; les affaires de la terre étaient un livre clos pour lui, l'étude des choses saintes sa seule occupation. Son ignorance de tout était si profonde , qu'il ne savait rien de ce qtoi se passait à Rome sous ses yeux, a Fuyant ce que poursuit le monde, continua- t-il, poursuivant ce qu'il fuit , j'ai soif de repos et d'obscurité ; je ne demande qu'à mourir en paix et en silence. La magistrature des âmes n'est déjà pour ma faiblesse qu'un trop rude fardeau ; je porte ma croix comme Jésus, et je n'aspire qu'à m'en décharger , fût-ce , comme lui, au pied du Calvaire. Jugez d'après cela, monseigneur, si c'est un homme comme moi qu'Anselme eût choisi pour confident dans le cas où il aurait des secrets politiques I Est-ce mon opinion sur lui que vous voulez ?£lle est connue^ je n'en ai jamais fait mystère : je l'aime et je l'estime ; tout Rome le sait ; et pour être carbonaro , je vous crois mal informé , ' monseigneur, il ne l'est pas plus que le grand-pénitender qui vous parle. «

L'entrevue finit là. Elle n'apprit rien au prélat , mais, elle apprit au cardinal ce qu'il voulait savoir, c'est-à-dire qu'il était en dehors de tout soupçon, et que son missionnaire occulte était en sûreté. Quant à M. de KalefT, il n'était pas plus sa dupe que

SM BOIie SOVTKHRAlNlC.

le gouverneur de Rome; mais ii avait, de plus que celui-ci f le secret de son doiible rôle. Son départ de Rome le soulagea. Rassuré sur Anselme et sur luimême, le cardinal attendit avec plus de calme le dénouement du drame de sa vie. Le conclave s'ou* vrait dans sept jours.

C'est ainsi que s'était passée la matinée de cette journée d'alarme et de vengeance. Il était alors dix* bait heures d'Italie — deux heures après midi. — C'est le moment où tout le monde à Rome fait la sieste. Inondées de lumières et de chaleur, les mes et les places étaient désertes : mais nul quartier ne l'était davantage , nui n'était plus silencieux que le quartier des Monts. L'air était brûlant ; frappée àplomb du soleil , la basilique de Sainte-^arie-Majeure nageait dans une atmosphère de feu. Un mendiant dormait sous les portiques du temple ; une chèvre broutait l'herbe de l'obélisque égyptien qui dresse sa ièie idolâtre par-dessus les parvis de la Sainte-Vierge , et , couchés sous la colonne de Constantin , quelques bœufs gris à vastes cornes ruminaient au pied de l'abreuvoir qu'elle ombrage. Le bruit frais et cristallin de la fontaine troublait seul le silencieux désert.

Sortant de la rue solitaire des Quatre-Fontaines , une jeune fille parut au bas de l'avenue d'acacias qui joint le Viminal à l'Ësquilin ; elle la gravit d'un pas rapide et léger ; arrivée sans reprendre baleine au pied de l'escalier luisant et glissant de la basilique , elle s'élança de marche es marche, comme un oiseau

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