‹ Rome souterraineChapitre 51 sur 113 · XXI. — LE CONCLAVE · texte numérisé non relu

XXI. — LE CONCLAVE

La grande neuvaine était fermée , et le conclave ouvert depuis plus d*one semaine ; mais on attendait encore'quelques cardinaux étrangers , et les travaux étaient à peu près nuls. Les armées étaient bien en présence ; mais elles s'observaient , se comptaient , se mesuraient de l'œil avant d'en venir aux maint. Tout se passait encore en attaques simulées , en légères escarmouches ; on se ménageait pour les cosps décisifs.

Chassé par la mal'aria , qni au temps des chaleurs franchit les mura de la ville sainte et envahit jusqu'à la demeure du pontife souverain, le Sacré- Golïége était rassemblé cette année ^dans le palais plus aéré et plus sain du mont Quirinal. Digne émule du Vatican, il mérite cet honneur par sa magnificence. Mais sévèrement cloîtrés entre les quatre planches de leurs étroites et chaudes cellules , les saints électeurs jouissaient aussi peu de ses apparte* ments spacieux et splendides que de ses jardins frais et délicieux.

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Les captifs sont en nombre ; le conclave est un petit monde. Médecins , chirurgiens , barbiers , chambellans, apothicaires, rien n'y manque, et chaque éminence a de plus auprès d'elle, pour servir son corps , son esprit et son âme , un camérier , un secrétaire et on confesseur. Une fois clos , les conclavistesne peuirent plus sortir, ou, s'ils sortent, c'est pour ne plus rentrer. Il n'y a que l'élection du pape qui les rende au grand air et à la liberté. Gomme les francs-maçons et les carbonail, leur bouche à tons est liée par un serment.

La police du lieu est confiée à un grand officier laïque qui porte le titre militaire de maréchal du conclave. Il habite le palais même , et en tient les clefs ; à lui seul appartient le droit d'ouvrir et de fermer la geéle. Les Suisses en gardent les portes. Le maréchal est assisté dans ses fonctions de gcèlier par lé premier conservateur du peuple romain -, qui est le véritable cerbère do logis. C'est lui qui fouille on est censé fouiller tous ceux qui entrent, comme il est censé sonder le flanc des pâtés et des volailles qui figurent sur la table des électeurs ; car le dîner des cardinaux ne se fait point sur place , il leur arrive tout fait de leurs éminentissimes cuisines.

Tous les jours à midi les bienheureux dîners se mettent en route , clos dans une boîte aux couleurs du maître « et portés en pompe sur un brancard aux mêmes couleurs par deux laquais en grande livrée* Deux valets dé pied ouvrent la marche la canne à la main, et, vide ou plein, le carrosse de l'émlnence

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ferme le cortëge. La lourde magnificence de cet carrosses cardînalesqoes est une des curiosités de Rome. Peints en pourpre, — c'est la couleur sacramentelle, — et snnqontés aux quatre coins de quatre gros pompons ronges y ils sont écrasés plus qu'ornés d'épaisses dorures , et tout bariolés d'armoiries et de peintures souvent fort profanes. lies plus galants sont bordés de Vénus nues et de petits^ amours qui dansent , tout nus comme leur mère , sous des guirlandes de roses.

Rome est chaqqe jour sillonnée en tous sens par ces convois gothiques : destinés aux armées belligérantes du Saint-Esprit, ils défilent paisiblement dans les mes et débarquent en procession dans le vestt* bole du champ de bataille. Aussi avide de spectacles que ses ancêtres, le peuple romain a un goût décidé pour cette cérémonie gastronomique, et manque rarement de border la haie et d'assiéger À midi les portes du conclave.

Une autre cérémonie dont il n'est pas moins friand est ce qu'on appelle à Rome la Fumade. Les élec* leurs vont au scrutin deux fois le jour, avant et après midi, et cette formalité se renouvelle aussi longtemps que nul candidat n'a réuni les deux tiers des voix , nombre de rigueur pour être élu. Jusque-là on brûle les votes , et la fumée du papier sacré s'échappe par un tube de fer exposé aux regards du public. C'est là ce qu'on nomme la Fumade.

A onze heures et à cinq , la foule se presse an pied du palais mystérieux , et , l'oàl fixé sur le ivhe

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