‹ Rome souterraineChapitre 53 sur 113 · LE CONCLAVE. S · texte numérisé non relu

LE CONCLAVE. S

durée da conclave , les vrais dépositaires de la son- Terûnelé temporeHe e^spirifnetle da Vatican, comme TétaH le camerlingue durant la grande nenvaine. Héritière de sa papauté d'un jour, et reine éphémère comme hri, eeîie trinité provisoire gouverne Rome et réglise.

Pendant ce temps , le clergé romain se consume en prières : toutes les confréries, tant laïques qu'ecclésiastiques , sont sur pied, allant d'église en église adorer le Saint- Sacrement. Chaque matin, les curés de Rome , réunis aux ordres mendiants , partent de fantique chœur de Saint-Laurent-à-Damas, et s'acheminent processionnellementversle conclave en chantant les litanies des saints, jusqu'à ce qu'il plaise à Fa miséricorde de Dieu et des électeurs de donner un pasteur au troupeau.

A l'intérieur, mêmes prières, mêmes cérémonies. Dès le matin, et avant de procéder an premier scrutin, on célèbre la messe du Saint-Esprit dans la chapelle du conclave, et on entonne après diner le Veni Cremior Sphitus^ ce qui veut simplement dire : Messieurs, dépécbee-vous ; car toutes ces pompes surannées ne sont , comme dit l'Apêtre , que Fairain qui résonne et les cymbales qui retentissent ; il n'y a là ni sérieux ni foi, et l'esprit de toutes ces choses est depuis longtemps mort. Mais les formes subsistent^ et on les étale aux yeux du peuple pour l'aveugler, comme on jette un manteau d'or sur un cadavre royaL

Antique officine de vice-dieux , le conclave n'est

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plus ^*iiii mesqoin théâtre d'intrigues , et les saints électeurs, presque rois jadis, des marionnettes, dont la pourpre cache le squelette et dont les rois d^Europe tirent à leur gré le fil.

Toute cette vieille machine électorale roule aujourd'hui sur le veto des quatre puissances catholiques de France, d'Autriche, d'Espagne et de Portugal, qui tontes quatre jouissent au conclave du droit d'exclu-sion; c'est-à-dire que chacune d'elles repousse le candidat qu'elle juge contraire à ses intérêts : la France celui de l'Autriche, l'Autriche celui de la France , de même des autres. Ainsi l'Europe règne au conclave et tout le monde y est maître , hors les cardinaux.

Gomme le veto ne s'exerce qu'une seule fois, toute Fhabileté des partis consiste à le neutraliser en le faisant tomber sur une tête qu'on sait ne pouvoir jamais ceindre la tiare. On commence donc de part et d'autre à jeter en avant quelque cardinal gravement compromis aux yeux des cours étrangères par sa naissance ou par sa politique, et sur lequel doit nécessairement peser l'exclusion. Mais ceci n'est qu'une feinte. Si le rival prend Fattaque au sérieux et mord à l'hameçon, il perd son droit et l'on est débarrassé de lui. C'est tout ce qu'on voulait, et le génie de la diplomatie italienne, l'antique génie des Machiavel et des Sforce épuise sur ce terrain borné, dans cette arène misérable, tontes ses finesses et ses subtilités.

Mais la diplomatie étrangère est sur ses gardes. Elle entretient des intelligences sûres au sein même

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da Sacré-Gollëge : elle y a ses cardinaux dévoués , et le maréchal do conclave ne garde pas si bien la geôle , le conservateur du peuple romain ne sonde pas si profondément les volaUles apostoliques , que les émissaires et les billets ne circulent chaque jour de la cellule des princes de TÉglise au palais des princes de la terre.

Le résultat de ces sourdes manœuvres est presque toujours le même, et Ton peut prédire à coup sûr que le candidat d'aucun parti ne remportera. Longtemps suspendu, tantôt sur Tun, tantôt sur Tautre, la triple couronne va tomber d'ordinaire sur quelque tête insignifiante qui ne s'y attendait pas et à laquelle personne d'abord n'avait songé ; comme l'avait dit à Anselme le cardinal de Pétralie , la tiare ne ceint plus que .les fronts neutres. De là cet adage : Qui entre .pape au conclave en sort cardinal; de là le soin constant que le Sicilien avait pris de s'effacer luimême et d'entrer cardinal au conclave pour en sortir pape.

Il n'y avait, lui, aucun parti puissant ; il n'était le client d'aucune cour ultramontaine ; mais n'ayant par cela même à redouter le veto d'aucune, il était plus près du trône que leurs protégés à toutes. Et puis s'il n'était pas candidat des rois du monde, il était candidat du peuple romain. Sou nom était grand sur les sept collines, sa parole y était révérée ; sa renommée de savoir et do sainteté était sans pareille ; et s'il avait semé dix en ronsolations, en aumônes , il recueillait mille en amour et en vénération , car le peuple n'est

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pftg ingrat. Or, em ces temps difficiles , qaelle liéoédiction ne serait pas pour la papaoté temporelle un souverain popnlatre ! Le Sicilien Tavait senti ; coqvaincn qn'étayé, fortifié par des sollicitations de tonte la fismHIe italienne , le palronacfe du peaple romain était tont-pnissant, 6*il s'était fut son cliont, et avait élevé sor cette base profonde Fédifice de sa fortane. Qnant au cxar du scfaismatique empire , il n*a ni veto ni voix officielle an chapitre des princes de TÉ^ glise , mais son influence politique n'en est pas moins <{rande an Vatican ; aussi le* cardinal de Pétndie comptait-il plus sur les îosinuations occoltes de Thé* rétiqne du Nord qne sor le dangereux appui des rois très-fidèles. Conciliateur en apparence impartial , le Tartare devait intervenir comme médiateur, et proposer aux partis lassés , épuisés , on candidat propre à rallier tontes les opinions , tons les suffrages ; or, ce candidat neutre , on le connaît. C'était le cardinal de Pétralte. Le Sicilien avait la parole du Moscovite ; non certes que le Moscovite se soucie du pape , en tant que pilote de la barque de saint Pierre ; mais il se soucie du pape , prince italien , et il était ici , comme tons les antres , la dupe du grand-pénitencier. 11 le tenait, lui aussi, pour un anachorète ^ on nouveau Pierre Morrooé ; patron intéressé, il comptait bien se payer de sa peine en exploitant largement à son bénéfice l'incapacité politique de son client couronné. Là était tout le secret de sa lointaine protection , et il était l'acteur le plus actif, le plus intrigant de la pieuse comédie dn Quirinal.

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