‹ Rome souterraineChapitre 57 sur 113 · LES VÊPRES · texte numérisé non relu

LES VÊPRES

— Il les changerait plat6t en démons pour te plonger, toi et tes infâmes complices., dans l'étang de feu et de soufre où vous brûleres dans Tëternité. HolÀ ! quelqu'un ! cet homme est. . .

— Pas on mot de plus , interrompit Anselme en appliqaant sa main sur la bouche du* capitaine; pas on mot de plus , vous dis-je.

— Sois tranquille , reprit plus bas Oriandini , noos nous reverrons ; j* espère bien t'escorter au gibet qui t'attend, v

L'aogelus l'interrompit. L'église allait de nouveau s'emplir; le danger devenait imminent; Anselme coupa court à cette scène violentent périlleuse.

c Capitaine Oriandini , dit-il d'une voix ferme , vous êtes le plus fort ici ; mais n'oubliez pas que j'ai l'œil sur vous, et que, de loin comme de près, je veille sur cette femme. Elle est votre fille , mais elle a ma foi ; j'ai la sienne, et j'ai le droit de la protéger contre toute violence, contre toute oppression. L'autorité paternelle a des bornes ; ne les passez pas, ou malheur à vous ! » Prenant un air terrible et solennel: a Souvenez-vous, s'écria-t-il d'une voix tonnante, souvenez-vous du pèlerin de Sainte^Marie- Majeure !

— Et du parloir dç Sainte-Catherine ! » ajouta Loysa avec résolution.

Moitié fureur, moitié terreur, le capitaine ne répliqua rien. H prit sa fille par le bras , et l'entraîna vei*s la porte.

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« A la ¥ie et à It mort ! cria-t-;eUe de loin k Anselme en loi jetant un baiser.

— J'y compte! «

Le cœur du proscrit se serra quand elle franchit le seuil déjà moins désert de la basilique. Sorti par la porte opposée, il regagna ses solitudes à la faveur des premières ténèbres.

Couchés au crépuscule sous les acacias de TEsquilin , un groupe d'ouvriers jouait à la mourre.

fl Mes amis , leur dit le capitaine en passant, Anselme, le carbonaro , est dans l'église.

— Eh! qu'est-ce que cela nous fait à nous?

— Cent écus à qui l'arrêtera.

— Ëh bien donc ! sommes-nous des sbires ? Passez votre chemin et laissez-nous tranquilles. «

A ces mots , ils reprirent leur jeu interrompu , et pas un n'eut même la pensée d'inquiéter la retraite d'Anselme. La colère d'Orlandini ne fit que s'en accroître.

La lettre si franche , si noble de Loysa l'avait jeté hors de lui ; franchise et noblesse étaient deux vertus inaccessibles à son âme vulgaire ; il n'en pouvait sentir le prix. Voulant frapper la rebelle , l'écraser de sa présence comme d'un coup de tonnerre, il était parti de Ravenne sans lui répondre. Arrivé le soir même à Rome , et trouvant la maison vide , il était venu chercher la coupable jusqu'au pied de Taufel. Juge et bourreau , il tenait la victime aous sa griffe de fer.

La première tempête cependant n'éclata pas sur

etle f elle tomba sar la tète de la pauvre Véroniqae. Tout henreuse de la belle action qu'elle venait de faire à Thospice do Saint-Esprit et ne se doutant de rten, la bonne ^me , elle entrait gaiement au logis, lorsqu'une voix trop connue la 6t tressaillir. Accueillie par une explosion d*injures, elle fat souffletée impitoyablement par son formidable Gain. Pour Loysa , Tinvisible pèlerin de Sainte-Marie-Majeure et les souvenirs de Sainte-Catherine la protégeaient et la couvraient d'une double égide.

Orlandini était lâche ; il eut peur, il se contenta d'enfermer sa fille, de la verrouiller, et pour ce soir tout se passa en menaces.

Anselme n'en était pas plus rassuré ; quoiqu'il connût l'empire de la peur sur les âmes de cette trempe, il ne pouvait sans frémir songer an téte*à-téte de Loysa avec un tel homme, et il passa la nuit dans de vives alarmes. *

Ainsi frappé déjà dans sa patrie et dans ses amis, frappé dans ses plus chers projets , dans ses espérances les plus saintes, il venait d'être encore frappé dans son amour ; l'adversité l'avait forcé dans ses derniers retranchements. Son cœur déchiré, saignant, n^était plus vulnérable , tant il était, criblé des coups du sort. Jouissant , si on l'ose dire , de la plénitude du malheur , il attrait pu , comme Oreste , rendre grâce aux dieux hifernaux , et maudire le ciel et la vie ; il aima mieux se recueillir en silence dans sa douleur, et il dressa dans son âme des autels à l'espérance,

16 BOMK SOUTERRAINE.

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