XXIII. — LE SCRUTIN
Cependant la grande mêlée dn conclave avait coin- ^ mencé; si longtemps en présence, les armées en étaient enfin venues aax mains. Tontes les lactioos secondaires se fondaient dans deux grands partis, la France et FAutriche. Le cardinal autrichien avait en poche Texclosion de Vienne, un cardinal français l'exclusion de Paris : sur ce double pivot roulait tonte . la machine du conclave.
Les deux éminences d'outre-monts étaient donc la boussole sur laquelle les pilotes du Sacré-GoUége avaient les yeux, et la diplomatie italienne s'efforçait de surprendre sur leurs traits et dans leurs démarches le secret de leur cour. Mauvais politique , le Français avait été bientôt pénétré ; mais le Gibelin ne l'était pas , il ne laissait rien lire sur son inerte lace allemande.
Déjà plusieurs candidats avaient été éconduits, et les votes s'étaient reportés sur deux cardinaux, célèbres, mais trop puissants tous les deux pour que l'un pût jamais triompher de l'autre. Le nombre des électeurs était de s<Hxante, quarante voix assuraient donc Féleotion. Les deux rivaux en réunirent constamment trente pendant huit jours, sans pouvoir en conquérir une'seule de plus. Le ballottage eût duré six âiois, que le nombre trente fût régulièrement sorti deux fois par jour de l'urne inflexible.
Le grand-^jénitencier n'avait pas une voix.
Lef cArdÎDAOx oommençaienft à se lasser. La chaleur était ardeote ; les cellules sont étroites , et le sacré saag des émioences avait déjà plus d'une fois coulé sous la lancette des carabins. D'ailleurs les «grandes solennités de la Saint>Pierre approchaient , et il était important dans les circonstances actuelles de ne pas frustrer le peuple romain de son pape et de ses cardinaux ; car il comptait dessus, et pas de fêle pour lui sans la tiare et les robes rouges. Un spectacle manqué est un crime qu il ne pardonne pas; /?an«m etcircences est Oacore son cri.
Informé par ses espions de l'état des choses, c'est alors que le consistoire intervint.
Les trois princes sanfédistes de l'Italie demandaient instamment que l'on voulût bien donner, au plus tut un chef à l'Kglise. Les temps étaient dif/iciies , le provisoire, fatal, l'impiété de jour en jour plus audacieuse, plus menaçante. Egarés par elle, les peuples chancelaient dans leur foi, et la voix d'un souverain pontife pouvait seule raffermir l'autel, base éternelle et divine de tous les trônes. Renfermés en apparence dans le cercle des inétréts spirituels , ils suppliaient le conclave de veiller avant tout au salut de nCglise et de ne jeter dans la sainte balance aucune considération politique et mondaine. Passant de là au portrait du pasteur réclamé par les besoins du troupeau , ils peignaient trait pour trait , mais sans le nommer, le grand-pénitencier^ et ils garantissaient d'avance à un pareil pape, non-seulement une aveugle soumission dans le choii^ des évêques , mais eq-» II. s
€ore — et Targument était irrésistible — des avantages temporels de nature à enrichir le trésor da Vatican. EoGn , tout en s'en remettant à la sagesse do conclave de ce choix difficile , ils proposaient , vu les rivalités des cours catholiques et leur incommode veto , de s'en référer à l'arbitrage d'une puissance neutre, dont la croyance et la situation géographique fussent pour tout le monde une garantie d'impartialité.
C'était nommer la Russie. Aussi bien le ministre moscovite n'avait-il pas attendu ce moment pour s'immiscer aux intrigues du Quirinal. Agile et rusé comme un Grec du Bas-Empire, il communiquait régulièrement deux fois le jour avec le conclave ; cachés atfx profondeurs des volailles et des pâtés , SCS billets hérétiques trompaient tous les argus.
c Vous ne vous entendrez pas, écrivait-il au camers lingue lui-môme ; la France ne vaincra jamais « l'Autriche , rAutricfae jamais la France. Le cons clave durftt-il dix ans , un pape politique ne pas- « sera point.
— s Soyez notre médiateur, lui répondit le ca- » merlingue après l'initiative des cours d'Italie; « vous, élccleur, qui nommerîez-vous?
— « Votre éminence va rirr, répliqua le Byzantin; D mais, si j'étais cardinal, je donnerais ma voix, moi, « au grand-pénitencier. C'est un saint , je le sais ; il s n'entend rien aux affaires, je le sais encore ; vous en V serez quitte pour lui donner un bon secrétaire d*état. s Soyez -le, monseigneur, et vous régnerez sons son