LE PONT DU NUMIGUS
erreur, une calomnie ; il n est pour rien dans l|i catastrophe du Vélabre.
— Diable ! comme ta prends feu I On dirait , ma foi, à la chaleur de ta justification, que tu en sais làdessus plus long que nous.
— Moi ! s*écria en rougissant Tamant d*Antonia. Quelle idée ! Comment connaitrais-je le coupable ? j'ai quitté. Rome quelques heures après Tévënement.
— Il paraît , du reste , que ton affaire , à toi , est liquidée, et que tu es hors de danger; car Anselme (e rappelle à Rome. Il m*a chargé de te relever ici, et je n aurai garde de maoquer à U consigne. «
Seul de tous les carbonari du Vélabre, Brancador n'avait été l'objet d'aucune rec^erche ; sa disparition subite et son absence prolongée le compromettaient donc plus que sa présence. Telle était du moins l'opinion d'Anselme; et il s'était décidé, malgré ses répugnances, à le rappeler d'exil. Mais il avait conçu dès lors des sonpçons que justifiaient trop Tes apparences. Pourquoi seul excepté de la proscription commune ? Quel bras tout-puissant était donc tendu sur lui? à quel prix était achetée cette protection < mystérieuse ?
La solution de tous ces problèmes est que l'œil d'Antonia veillait sur son amant ; providence invisible , elle le protégeait à son insu , et sa main avait retenu le glaive déjà levé pour le frapper. C'est le prix qu'elle avait mis à sa délation ; et le gouverneur de Rome avait tenu le marché , bien sûr qu'une fois designée , la victime tomberait tAt ou tard et d'elle-
même dans quelqu'un des pièges qu'il allait lui tendre charitablement.
Les amours de Brancador et d'Aolonia étaient trop suspectes à Anselme, il en craignait depuis trop longtemps les suites , pour qu'il n'eût pas tourné de ce côté ses premiers regards-, ses premiers soupçons, il ne croyait pas Brancador traître, mais imprudent, et il n'ignorait pas la haine que la comtesse , digne fille du prince d'Iesi , professait pour les cariionari. Avec de tels flambeaui et de tels guides , Anselme ne pouvait manquer de pénétrer ces ténèbres. Mais, s'il était sur la voie , il y marchait à pas lents , gêné qu'il était dans ses mouvements, et traqué toujours par la police dans sa retraite de TAventîn. Il attendait le retour de Brancador pour aller au fond de ce fatal mystère.
Tandis qu'il n'en était encore qu'aux présomptions, son ami Marins ^ plus libre de ses démarches , en était aux certitudes. Un sbire carbonaro, celui-là même à qui la vente du Vélabre avait dû son salut, avait reconnu dans la femme voilée la comtesse Antonia ; et, comme ses amours avec Brancador étaient publiques, le sbire avait été bientôt sur la piste. Trop sévère seulement pour l'amant, et sans indulgence , sans charité pour 4ui , il le tenait pour un traître, pour un délateur ; et c'est comme tel qu'il l'avait dénoncé à Marius.
Le Trastévérin ne se montra ni plus clément ni plus équitable ; et il fut d'autant plus prompt à la rigueur que, plébéien austère, il ne voyait dans