‹ Rome souterraineChapitre 69 sur 113 · LK PONT DU MJMICUS · texte numérisé non relu

LK PONT DU MJMICUS

le jeune patricien mondain qu'un efféminé dandy. Inexorable et violent, son premier mouvement avait été de chercher le traître pour le poignarder ; mais il avait appris sa disparition de Rome. Forcé à l'attente par la nécessité, il avait ajourné sa vengeance/ il n'y avait pas renoncé. Le mot de pardon n'existe pas dans la langue du Trastévéré.

La colère cependant n'avait pas tué en lui l'amitié ; toujours inquiet d'Anselme , il n'avait pas cessé un instant ses recherches. Il n'avait rien découvert. La source de ses premières informations s'était même ' tarie ; l'arrivée du capitaine Orlandini lui avait fermé tonte communication avec Loysa, qui d'ailleurs s'était jusqu'alors obstinée au silence et qui était bien résolue à y persévérer. Las enfin de l'inutilité de ses poursuites, il songea à la tour d'Asture et tenta cette dernière voie.

La nuit même où Marius partait de Rome pour Asture , Brancador partait d'Asture pour Rohfie ; et tous les deux acheminés vers Ardée, l'un par la voie romaine , l'autre par les bois Antiates , ils devaient inévitablement se rencontrer.

Nicolo, le garde-foréts, qui avait servi de guide et d'escorte à Brancador dans ces solitudes inconnues, prit congé de lui au pied de la vieille tour ruinée de Saint- Anastase, ancienne villa de Mécène, et Tamant d'Antonia continua seul sa route à travers les champs lémini.

Il marchait triste et morne ; la matinée pourtant était riante , le ciel en fête , mais la nature est nn

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miroir où Fâme de Thomine se reflète ; Tâine de BraDcador était sombre, elle jetait un voile de deuil sur le joyeux soleil et décolorait toute la création. Les grands eflets de la campagne de Rome le touchaient peu ; la seule chose qui fît impression sur lui, mais pour Taltrister plus encore, c'était la solitude immense et le silence vaste, profond. Pas un bruit, pas un visage d'homme ne le distrayait de sa rêverie ; les pas mêmes de son cheval mouraient sous l'npais gazon des pâturages ; rien ne s'élevait du monde extérieur .entre sa tristesse et lui.

Un grand combat travaillait son âme. Dans la tour d'Astore, au milieu des bannis, il avait pu, électrisé par eux, s'élever un instant du repenlirti l'héroïsme, et, passant du mépris de lui-même à la haine de sa maîtresse, jurer dans son cœur de ne la revoir jamais. Mais seul , mais au sein du désert, mais livré sans défense aux inspirations de sa nature intime, il sentait fléchir ses louables résolutions ; chaque pas qu'il faisait vers Rome brisait une maille de la cotte d'armes empruntée dont il avait, au départ, cuirassé son cœur. Il était bien à craindre qu'il n'arrivât désarmé.

Il était jeune , il était faible ; ses instincts étaient doux ; et, lorsqu'en téïe-à-tête avec lui-même il descendait au fond de son âme, ce n'était pas la politique qu'il y trouvait , c'était l'amour. A ces êtres tendres et mobiles , il faut, non le tumulte des camps ou les orages du forum , mais les ombrages de Tibur, les délices de Gapoue.

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Jeté par entraînement, sans aucune des vertus mâles du conspirateur, dans Tarène âpre et sanglante des conspirations, il n'avait songé d'avance ni aux sacrifices qu'elles imposent ni auv dévouements qu'elles réclament ; le moment venu de les faire, il n'en avait pas la force. Élevé dans l'opulence, nourri des vieilles traditions patriciennes, il y avait du mérite à loi, sans doute, à être carbonaro plutôt que sanfédîste Y aux rangs des opprimés plutôt qu'aux rangs de» oppresseurs ; mais il avait trop présumé de luimême en se croyant propre à l'action ; il se connaissait mal ; dupe de sa propre ignorance, il avait pris ses ardeurs colériques pour de la résolution. Le conspirateur est un être à part, et la race n'en est pas commune. Le mépris de la mort n'est que sa seconde vertu, vertu d'ailleurs assez vulgaire ; son premier devoir, à Ini, ce n'est pas de mourir, c'est de vivre pour une idée. Or, Brancador était gênéreox , il n'était pas héroïque. Il adorait en imaginalion la liberté romaine , mais son culte était stérile ; et , capable au besoin de mourir pour elle sur un échafaud, il ne savait vivre que pour le plaisir, sur le satin des boudoirs.

Amolli par la solitude, par la nature, l'amant d'An« tout A avait atteint les campagnes d'Ardée. Nulle cité do Latiom ne fut plus fidèle à Vénus ; il semble , tant elle lui avait dressé d'autels, que, pénétrée d'une religieuse terreur par les infortunes de Danaé sa fondatrice, elle n'ait eu d'uutre pensée, d'autre but que de dcsamier l'implacable déesse. La plaine était II, *

peuplée de ses temples ; le champ lémini lui était consacré ; une ville même, Aphrodise , y portait son nom ; et les myrtes du Numicus ne sont que les ruines encore fleuries de ses bois sacrés.

Gomme si ces déserts volcaniques, sanctuaire aujourd'hui 4e la fièvre , autrefois du plaisir, eussent conservé quelque prestige de leur antique magie; comme si Tcair y était plus mou, les parfums plus (M)fîrvants, c'est lu, c'est en foulant cette poussière ardente, c'est en remnant, à l'ombre des myrtes et des rosiers, toutes ces ruines cythéréennes, que l'amant repentant fut de nouveau vuncu. Brûlé par la fièvre des sens , dévoué comme la fille d'Acrise à la déesse acharnée , il se donna à ses autels , il s'y donna tout entier. Le repentir fut détrôné, l'amour régna seul.

Le désert s'anima de riants fantômes ; bercés sur les brises marines et couronnés de fleurs, ils venaient danser autour du transfuge , ils murmuraient à son oreille le nom d'Antonia, et, à ce seul nom, mille souvenirs voluptueux le subjuguaient. Sa mi^îtresse était si belle ! Son amour avait de si tendres mystères, des résistances si fantastiques , de si ravissants caprices ! Que la politique alors lui semblait froide ! Songeant à de plus doux combats, qu'il trouvait dures toutes ces luttes de place publique auxquelles il s'était si étourdiment condamné L II n'est pas jusqu'à l'ignommieuse nuit passée aux bras de la délatrice dont la mémoire n'enivrât encore le sensuel enfant du Midi.

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Insemible aux leçons plus mâles des champs rutules, il ne rêvait que délices, que voluptés; et l'austère mélancolie de la campagne romaine , au lieu de le retremper, Ténervait. « Que sont, se disait-il en broyant sous les fers de sou cheval la poudre des cités antiques, que sont la gloire et la liberté? L'homme travaille pour la destruction. Les empires croulent, les peuples s'évanouissent, et la charrue r.\liume indifféromment des cendres d'une civilisation éfpinte, le nom d'une courtisane ou celui d'un martyr. Vénus même survit à Jupiter. Le hasard dispense Timmortalilc ; le crime et la démence en ont les honneurs plus que le génie et la vertu. La certitude humaine n'a point de base ; la vérité d'un siècle est l'erreur d'un autre ; les principes sont des chimères, les idées des rêves. Qu'importe un passé qui n'est plus à nous, un avenir qui ne le sera jamais? Le présent seul nous appartient; jouissons-en sans vains regrets, sans ambitions romanesques ; le plaisir est plus doux que la glpire, l'amour vaut mieux que la liberté I »

Tel était le scepticisme banal, les lieux communs délétères où le carbonaro déchu détrempait son âme. Abandonné au pas languissant de son cheval, il avait tourne la colline d'Ardée et atteint le pont du Numîcus. Comme il le traversait lentement et la tête baissée, un cavalier, s'arrêtant tout court devant lui, lui ferma le passage. Brancador tressaillit ; il releva brusquement la tête et reconnut Marius.

« Que vous êtes pâle ! » lui cria-t-il en retenant «on cheval.

oi ROMB SOUTERRAINE.

Marias en effet était d'âne pdlenr sépnlcrale ; son front livide était enrayant ; ses traits bouleversés dé • celaient quelque furieux brage, et, miroir fidèle de son flme, ses traits ne mentaient pas.

La subite apparition de Branciidor avait été pour le vindicatif Trastévérin une tentation de Fcnfer ; ja« mais homme n'avait soutenu contre les puissances des ténèbres un pi us «terrible assaut Sa première pensée avait été de se précipiter sur le délateur, — Tamant d'Antonia n'était que cela pour lui — et de l'étendre mort à ses pieds; mais, quelque implacable qu'il fût dans ses haines, quelque juste que fût à ses yeux le châtiment, il loi parut lâche en féte-à-téte. Grand dans la vengeance, il ne put se résigner à un obscur assassinat dans le désert; il lui fallait un exemple éclatant. Remettant donc le poignard au fourreau, il réserva le condamné à une expiation plus solennelle. Il ne put toutefois si vite apaiser une telle tempête que son visage n'en gardât longtemps les tra* ces ; échappé sans le savoir à un danger qu'il ignorait, Brancador ne vit que la fatigue et le mouvement du voyage dans sa pâleur et son agitation..

Les renseignements que Marius allait chercher à Asture , Brancador aurait pu les lui donner, il en savait sur Anselme autant que les bannis ; mais le Trastévérin le méprisait trop pour lui adresser une seule question; il ne daigna pas même répondre aux siennes; il le quitta brusquement et continua son voyage sans lui avoir dit un mot.

« D'où vient donc ce délateur? se demandait-il en

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({alopani vers la tour. Serait-il allé vendre les cai'bonari d*Asture comme il a vendu les carbonari du Vélabre? Le ciel m'envoie à temps pour les sauver, i Et, comme s'il eût oraint de ne pas arriver à temps et d'être |][agné de vitesse par la trahison, il enfonça ses éperons dans les flancs de son cheval et fendit le désert comme une flèche.

Resté seul sur le pont , Brancador ne comprenait rîen à un [pareil accueil. Cette rencontre était sinistre ; alors seulement l'idée lui vint qu'il pourrait bien être suspect et passer -pour le délateur du Vélabre. Comment expliquer autrement la méprisante réserve de Marius î

Cette terrible lumière fit en lui une révolution ; elle changea en menaçantes réalités ses rêves voluptueux ; de la tendresse il repassa à la haine, de la langueur à la rage ; et toujours extrême, parce qu'il était toujours faible, il se livra au desespoir, comme il venait de se livrer à la mollesse ; il blasphéma l'amour, il maudit Antonia. « Délateur! délateur! t se répétaitil sans cesse^ et ce mot loi glaçait le sang; et, comme s'il eût pu échapper par la vitesse de son cheval à l'odieux soupçon, il lui déchirait les flancs, il le lançait à travers les solitudes, il dévorait l'espace comme un insensé.

La peur de l'infamie l'aveuglait, comme l'avait aveuglé naguère la fièvre des sens ; et, quand l'idée enfin lui vint de tourner bride pour forcer Marius à une explication, il était trop tard, il ne pouvait plus le joindre. En vain l'essaya-t-il ; il dut y renoncer,

r.4 ROME SOUTERRAINE.

et reprit seul la route de cette Rome où l'attendait non plus Famour, mais le déshonneur.

Vaincue par la fatigue plus que par la raison , sa fougue juvénile se calma, et il revint par lassitude à la modération.

Il avait voyagé tout le jour sans voir, excepté Marius, une figure humaine ; et comme la solitude, an lieu de l'apaiser, Texaltait , il appelait de toute Tardeur de son âme une rencontre , même la pins vulgaire, pourvu qu'elle fît diversion à ses sombres pensées et l'arrachât à Ini-méme. Ses vœux furent exaucés.

Laissant à gauche les collines de Ijavînie, à droite le mont Aibane, il avait franchi sans y songer le Poraonal, antique Iticus où l'Anna Petronilla des chré- > tiens a sa chapelle, comme la joyeuse Anna Perenna des païens y avait la sienne. Au Latium les noms de saints ont à peine changé. Non loin de là est la solfatare d'AItieri, l'Âlbunea probable de Virgile, mystérieux oracle du vieux roi Latinns ; l'âpre odeur de soufre qu'elle exhale au loin n'avait pas même frappé le voyageur ; et il gravissait lentement le mont Migliori, lorsque, sorti d'un petit massif de lentisques et de figuiers sauvages, restes stériles des villas qui couvraient ces plaines, un caialier sauta tout d'un coup sur les dalles retentissantes de la voie antique.

C'était un pâtre vêtu de peau et coiffé du chapeau conique ; une large bande de cuir bouclée lui ceignait les reins , il brandissait une lance , et montait ilne jument noire et velue, couverte de harnais blancs.

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n aborda Brancador sans cérémooie, et se mit à trotter à côté de lui ; il allait , disait-il, visiter on casale à quelques milles de U , et l'on était trop heureux de trouver on chrétien avec qui faire route dans ces déserts, « surtout, ajouta-t-il, quand on peut apprendre de lui quelques nouvelles du monde. >

Il Tinterrogea sur les affaires du jour avec Taisance et la familiarité du paysan romain.

c Eh bien ! que font nos cardinaux au conclave ? Nous donneront-ils bientôt un pape , et nous le fontils bon? Et les carbonari, quand les pend^on? ils ont fait cette fois-ci une fière peur aux robes rouges ; mais elles s'en sont bien vengées. On a affiché contre eux, à la porte des églises, une excommunication soignée ; toutefois on s'abuse si l'on croit les tenir tous; et l'archiprétre^de Neptune, qui prêchait contre eux dimanche dernier, ne se doutait pas , le saint homme , de ce que nous savons tous , nous autres pâtres.

— Quels secrets savez-vous donc , que vos prêtres ignorent? Le confessionnoil ai bonne langue.

— Le confessionnal est bavard , c'est vrai ; mais on ne lui dit que ce qu'on veut bien qu'il sache. Ces choses-là, d'ailleurs, ne nous regardent pas.

— De quelles choses veux-tu parler? Je ne te comprends pas.

— Bah! répondit le pâtre en hochant la tête avec un sourire malin , votre seigneurie ne veut pas me comprendre. Elle en sait là-dessus plus long que

■OMK SOrTBIlâISR.

— Je se Mis moMvt pM ee ^e ta rem dire.

— Eh ! CTO jex-TOM doae ^*<Ni ae sa^e pas i ^ue c'est qae b fov d'Astare? Y éCes-ron , maii

— La taar d'Astare! s'écria Bnneadôr alarmé.

— Ek biea, eoi ! c'est ma nd.

— Un nid de quoi?

— De carboBari.

— Gomment dme sais4B cela , toi ? •

- Arrachée à la sorprise , à Fimpatience, cette impmdente exclamation éUit on areo ; cet homme de malheur n avait snr loi nul empire. Il sentit sa faute , mais , comme toojoors , quand il n était pins temps de la réparer; on ne rappelle pas pins on mot échappé qo'une seconde envolée; ce qui est dit est dit.

I Voos voyez bien , reprit tranquillement le pâtre •ans avoir Fair de remarquer Tembarras de Brancador, que votre seigneurie me comprenait , et qu'elle sait la chose ausii bien que moi. On ne nous trompe ({o^re f nous autres habitants de la Maremme ; rien de ce qui s'y passe ne nous échappe. Tenez ^ ajoutat»il d*an air matois y je ne serais point surpris que vous en vinssiez vous-même, et que vous fusaiec

un Vous m'entendez. Au reste, soyez tranquille,

on est discret ; un pâtre n'est pas un sbire. •

Tout eu causant et trottant côte à côte, ils avaient gagné du terrain et passé à gué un petit ruisseau qui descend do lac d'Albane par Témissaîre souterw rain et qui sautille en cascades argentées sur la lave

LE PONT DU flUMICCB. &7

noire du désert. Ut cheminèrent ensemble un mîUe encore , puis se séparèrent. Le pâtre prit à droite^ du côté dn tombeau de Gécilia Métella , on sentier à peine tracé au milieu des taillis , et disparut. Brancador resta seul sur la chaussée, effrayé autant qu'émerveillé de la perspicacité du pâtre. Or, le pâtre n en était pas un ; lamant d'Antonia venait de livrer à Tespion de TAutriche le secret d'Asture, comme il avait livré à sa maîtresse , et par elle au Vatican, le secret du Vélahre. Le prétendu berger n'était antre que le Catalan.

Si vagues que fussent ses premiers rapports sur Asture, ils n'en avaient pas moins éveillé -1* attention de ses patrons ; ils coïncidaient d'ailleurs avec d'au* très reçus de Corse ; et , Téml ssaire russe parti , le palais de Venise avait commis l'espion marse à la garde de la tonr mytérieuse. Travesti en pâtre ro-* main , Finfatigable protée s'était mis en campagne.

Intimidé par sa première déroute , il n'avait pas osé tenter une seconde fois l'escalade de la forteresse ^ et s'était contenté d'en surveiller de loin les mouvements. Il avait été en croisière dans les bois durant deux longs jours , sans que rien eût trahi le itecret du donjon; enfin il en avait vu sortir Bran* cador et l'avait snivi. Épouvanté de Tapparitton de Marins , dont il connaissait et redoutait la violence , il s'était caché dans un des hypogées d'Ardée , pendant sa courte halte snr le pont du Nnmlcus. Le Trastévérin reparti , et le Catalan devinait le but de son voyage t celui«*ci avait abordé Brancador, r '

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innocent coupable, attaché comme un mauvais génie à la liberté italienne et destiné par la fatalité de son caractère à jouer toujours, sans s*en douter, le rôle de délateur.

Tandis que le Catalan galopait en rase campagne, et que, messager de mort et d'infamie, il portait au palais gibelin la bonne nouvelle , Brancador escaladait à pas lents la dernière colline qui le séparât de Rome. Arrivé au faîte, il s'arrêta pour contempler la ville sainte, étendue majestueusement devant lui avec sa forêt de coupoles et sa ceinture de palais. Sorti de la gorge du Janicule et de l'Aventin, le Tibre baignait les marbres calcinés de Saint -Paul, basilique incendiée du désert, et descendait lentement à la mer Tyrrhénienne ; parsemée de villas riantes , la verte vallée tibérine se déroulait mollement au pied de la colline aride et solitaire. Audessus du fleuve-roi , et couronné de pins aériens , le doux coteau Pamphile dessinait sur le ciel bleu ses formes harmonieuses.

Après tant de solitude , tant de silence , Brancador ne revit pas sans une vive émotion de joie le mouvement et la vie de cette Rome qu'il adorait, de cette Rome où sa maîtresse l'attendait dans les lat^ mes. Peu s'en faMut que cette vue chérie ne le replongeât dans ses langueurs , et qu'il ne succombât à l'ignominie d'une troisième défaite ; il étouffa un soupir qui soulevait déjà sa poitrine; il retint une larme prête à couler , et, détournant les yeux d'an spectacle trop puissant pour sa faiblesse, il se forti-

LES THKRMES DE CARAÇALLA. R9

fia da souvenir de Marins , mandit ramour une dernière fois i et descendit rapidement la coUine.

Ainsi victime d*ane organisation raaihenreuse , et déplacé partout ailleurs qu'aux pieds des femmes , toujours agité , toujours oscillant y le mobile amant d'Antonia était semblable à ces luxurieux du Dante, battus incessamment et ballottés dans l'espace par fous les vents de l'enfer :

Cosi qnel flato gli spiriti mali

Di qna , di là , di giù , di si gli mena.

Gomme il passait la porte de Rome , Marins entrait à AsturCj et le GafaJan au palais de Venise.

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