‹ Rome souterraineChapitre 80 sur 113 · LA PLAGE PUBLIQUE ET LE BOUDOIR · texte numérisé non relu

LA PLAGE PUBLIQUE ET LE BOUDOIR

gnard k gaine , suspendu à un cordon vert ; il enleva là poussière qui en couvrait le manche à filigrane, et, après en avoir minutieusement visité la lame courte et acérée , il le cacha dans ses habits. Il s'eafooça ensuite son chapeau sur les yeux , s'enveloppa dans son manteau , et, fermant sa porte à clef, il sortit de sa maison... pour D*y plus rentrer.

Deux heures de nuit venaient de sonner.

Que faisait à cette heure le meurtrier futur du souverain pontife? Bien loin d'ébranler la résolution sanglante de Brancador, Famnistie papale n'avait fait que rafTermûr. Non'»senlement elle ne Pavait pas dé* chargé du soupçon qui pesait sur lui , elle n'avait pas effacé de son nom cette tache d'infamie qu'il von* lait laver an sang du grand-prétre de la chrétienté , .mais elle n'avait fait au contraire que rendre le soupçon plus accablant , la tache plus éclatante , en mnltipliant dans Rome les trompettes de son déshonneur.

Des carbonari rendus à U liberté, il en était bien peu qoi le crussent étranger à la surprise dn Vêla* bre. Sa çaissanee patricienne , sa quaUté de garde* noble ^ sa soif du plaisir et son incurable légèreté « ses rapports avec M. de Kaleff , personnage double et ténébreux dont il s'était fait étourdiment le par^ rain , le champion , et dont le rôle était une énigme ,poar tout autre que pour Anselme , la tutelle enin du prince d'Iesi , irréconciliable ennemi des carbo« nari , et les amours du pupille avec la fille de son tuteur : que de motifs de défiance I que de témoins

à charge! que de circonstances accusatrices! Tous donc, qui par une route, qui par une autre, arrivaient à cette conclusion qu'il était suspect. Or , en ces choses-là , il ne le sentait que trop , le simple ' soupçon flétrit et déshonore. Plus d*Un , d'ailleurs , peut-être était-ce le plus grand nombre ; plus d'un , comme Marins , le tenait pour faux frère et Taccusait hautement de trahison. .

Certes , il n'y avair pas là de quoi calmer Brancador, et l'accueil qu'il avait. reçu des carbonari libérés ne lui permettait aucun doute sur l'opinion qu'on avait de lui. Il n'est pas jusqu'à son empressement à les féliciter de leur élargissement qui ne lui eût été imputé à crime , et ne l'eût fait taxer d'hypocrisie ; tant le soupçon, une fois éveillé, devient ombrageux , tant il prend pour des réalités tous les fantômes que lui-même enfanta. «

Brancador avait passé toute la journée du jeudi dans ces angoisses, et il s'était fortifié toute la nuit dans son projet d'assassinat. Le déshonneur était trop public pour souffrir une justification qui le fût moins que lui. Son parti pris , irrévocablement pris, il résolut, pour s'y mieux tenir , de n'y plus penser, de l'oublier tout à fait, de se plonger jusqu'au dernier moment au sein du plaisir, c. Peut-être, se disait-il, n'ai-je plus que ces deux jours à vivre, donnons-les du moins au bonheur; passons, s'il faut mourir , des bras de l'amour dans ceux de la mort. C'est la plus belle dru •

La vérité est que sa propre résolution loi faisait

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