IL
ïU KOM£ SOUT£aRAI]liE.
elle pbar le coaronnement ; je te donne cet deux jours jusqu'à la dernière seconde , les veux-tu? Personne ne m'a vu entrer; ton mari moissonne ses fiefs, il ne reviendra pas de sitôt; ta femme de chambre est discrète , elle est à nous ; fais-toi malade , ferme ta porte , et moquons-nous du monde. Est-ce dit? 9
Un pareil retour méritait plus que le pardon , il méritait Toubli. Antonia désarmée n'eut pas la force de gronder, et souriant au jeune homme :
• Je ny mets, dit-elle, quune condition; mon pardon et n^on consentement sont à ce prix ; c'est que Brancador passe dès ce moment du service de. Sa Sainteté au service de la comtesse Antonia ; je ne veux et n aurai pas d'autre camériste pendant ces deux jours.
— Et pas d'autre concierge , ajouta le jeune fou en mettant la clef de la porte dans sa poche. J'en jure par l'amour, nul profane, moi vivant, ne passera le seuîi du sanctuaire, et nous pourrons dire au moins en mourant qne nous avons vécu deux jours. Combien d'honunes en pourraient dire autant? Qu'ordonne madame ?
— Madame veut se lever. Brancador, mon corset.
— Quand on est faite comme madame on n'a pas besoin de corset. On laisse cela aux matrones et aux bossues. Vénus n'en portait pas.
— > Gomment ! déjà désobéissant ! Quelle soubrette insubordonnée ! > Soulevant sa tête languissante du mol oreiller, la
LA PLAtiK PUBLIQUE ET LE noUOOin. 116
r eomtesse sortit do lit, fraîche et belle comme la Cklatée da palais Famèse. Elle cacha ses petits pieds nus dans des pantoufles à la cendrillon , et, coaverte senlement d'une robe volante, elle alla tomber, déjà lasse, sur une ottomane de soie.
t Brancador, mon chocolat, i
L'heureux esclave prit la tasse des mains de la femme de chambre, et Tapporta à sa maîtresse, qui ne ftt qu*y tremper les lèvres , et la lui abandonna pour sa peine.
1 Madame veut-elle qu'on la coiffe ? >
Pour toute réponse, la comtesse livra sa belle tête romaine aux miûns du coiffeur inexpérimenté ; Brancador s'acquitta de sa tâche avec une lenteur volontaire et une gaucherie exagérée à dessein pour faire durer la toilette plus longtemps. Il nCMiait longuement, puis dénouait comme par mégarde les tresses souples et moelleuses confiées à ses mains inhabiles ; il inondait les épaules blanches de la patiente de longs flots d'ébène ; puis, s'éloignant d'un pas et l'abandonnant dans les embarras de sa magnifique chevelure, il riait de sa feinte colère, il la contemplait d'un œil épris et malin dans sa pittoresque parure des premiers âges. Antonia jouait l'impatience de la petite maîtresse ; elle s'emportait, frappait du pied, accablait de coups d'éventail les doigts maladroits du coiffeur, qui s'en vengeait en baisant à chaque coup les doux cheveux de sa mdtresse.
« Sais-tu bien, ma charmante Tonia, que tu parodies à ravir ces belles dames romaines de l'ancien
116 KOME SOUTERRAIME.
temps, qui, ponr noé boucle mal frisée <ra na sonreil mal peint, enfonçaient àes épingles dans les b^as et dans le sein de leurri eselaves, et lelir fnsaieBt déehiréf le visage à coups de verges , ssrtoiit si les pauvres filles étaient jolies ? Tu aurais fait une char* mante Agrippine, en vérité, et to avrais en, j'en suis sûr , de cea impatiences*là. C'est si sangoidaire une femme I i
Antonia vit là une alhision à la seètte du Vékdire, et rougit.
K Qui , moi ? s'éeria Braneador en tomlittil à ses g^soui ; moi des récriminations ! moi de la rancnfte î que to me juges mal ! je bais les reprodies ; et pour éviter tout ce qui en aurait Tair , je tâ<^ à n'avoir pas même des souvenirs. Ge qui est fait est bien } ce qui eit passé n'est plus. Me pardoimes*tu tod erreur? »
li'ofage futeonjuré, le nuage se dissipa, dmûs 1« coquette en tira parti. Laissant sen amaiA à ses ge-* nom î I Non, dit*elte en retirant sa inalA qu'il voih lut baisée, son ; vous êtes mon sojet ^ et , comme le pape t je ne donne ma main à baiser qu'aux cardft* nanx ; aux atttres je donne ma mule, v Disant eeli elle loi ten^t un petit pied de neige ûfii il iflaprima 80» lèvres.
âè relevant tout à ckmp sérieiix: • Antonia, hti di^il, tu a» fait te» conditions, je veux faire les miennes. Ces deux jours sont tout à l'amour ^ if est convenu ; que rien doâe ne nous en distraie « et que les noms de p^e et de éarbooari ne selent pai
LA PLAGS fVMUQVE ET tS BOUDOIR. tl7
màm fm^vméê* Mfi U ffmnvU'-i» ? t C«tte foig
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8^ toiU« U jourpé« du vendredi, liloiivejui Fiesqne, ; ^ Ddftii Fiefqiie oublieui et ««Irêtoé , le mMle Bren^ it çaÀof iiéî0 fi hieo étourdi qn*}! »vAlt fini par S)or- ,
lier tout floa horison ao l>ou4oSr d'^ntooia. Cette main qui devait, quelques heures plus tard, déehtrcr le« eotmilies dW vimllard désarmé, s'onbllft tout le joiir , toute la nuit , eu de seaanelbs careseee , et le rue de 1 epée desUpée au llebe attentat ne ram^iie pat même un instant la pensée du meurtrier de s» maîtresse h sa victime. Sa passion seulement ajf«M , malgré lui et è son insu , je ne sais quoi de fébrile^, de frénétique , qui en rendait plus ardents )ei traiisperts et les étreintes. li y avait dans son d^ liwe qj^elqm chose des damnés du moyen âge.
fk' me^esee enivrée n'avait pa« son seeret ; elle lelsait benpeur à sa Jeunesse, à m beauté « de eee redoublements d'amour. Consumée des feux qu'elle altumait ^ sens fiN«e, (wns volonté pour des résistances inutiles, immobile et résignée aux bras fongueux qui renlaeaient , qui s'attiM^haient à elle comme le naufragé à l'épave d^ salut, elle avait succombé la ^ prfiniiére , et s'était assoupie sous le poids de la vo-
I luplé.
9. Maudit sommeil! s'était écrié Brancador au ré* veil { un jour déjà de paesé , et tu nous en §s volé la moitié ; maia aujourd'hui nous t'éehappeFOfis* •
118 ROMB ^OUTEBRAINK.
Cette seconde journée avait été moins irapétaenfe, moins ardente. Soit lassitade, soit plénitude, la passion était pins contenue , la volupté plus calme. Rideaux et jalousies étaient clos ; plongés dans le demijour vague et mystérieux d'un crépuscule artificiel , les amants étaient silencieux ; Brancador n'avait pas quitté les pieds d' Antonia , assise on plutdt couchée tout le jour sur l'ottomane , dans -son négligé de la veille.
Ifolle et caressante, les yeux chargés de langueur, le sein plein de soupirs, elle avait épuisé tout ce que l'amour féminin, tout ce que les sens du midi ont de philtres enivrants , de secrets raffinés ; mais en vain avait-elle chanté sur la guitare les airs les plus tendres , lu les poèmes les plus voluptueux , inventé , comme la ZuUetta de Jean-Jacques, des folies à fahre mourir d'amour, le Brancador du samedi n'était plus le Brancador de la veille. Remords ou effroi, ses retours sur lui-même étaient fréquents, ses distractions prolongées , sa mélancolie d'instant en instant plus profonde.
Le soir seulement , à cette heure du créposcnle où l'absence du soleil détend les fibres du corps et semble détremper l'âme, il s'était senti renaître à la tendresse et comme ressusciter d'une longue mort. Assis à une table chargée de mets savoureux et de vins exquis, la tête sur le sein d' Antonia, une main dans la sienne, l'autre égarée dans ses longs cheveux noirs , il se livrait en silence au charme , et l'Hébë victorieuse lui venait la douMe Ivresse; son bras
renlaçAît, son cèil le fascinait , ses lèvres douces et souriantes achevaient Fœuvre de la séduction.
C'est dans ce honteux oubH que la nuit du samedi avait surpris Brancador. Amolli, énervé dans les délices, il présidait au meurtre par la volupté; Renaud dégénéré , il oubliait , aux bras d'Armide , la gloire , l'Italie , la liberté , son propre déshonneur, ses aflhmts, ses projets, ses dangers, il oubliait tout, et le vieillard du Vatican dont il avait décrété la mort, et Marins, qui descendait le Janicule, un poignard caché sous son manteau.