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130 ROME SOCTfiRlAINK.
C'est là qu'était la villa de celle des soeurs du ,<[rand Corse, qui a légué sa beauté au monde dans la Vénus victorieuse de Canova. Marins avait passé avec Findifférence du dédain devant les deux sanctuaires de^ l'austérité chrétienne ; il passa de même devant ce sanctuaire des voluptés mopdaines , bÂti , par une étrange vicissitude, sur le Campus Sceleratus, où r implacable inquisition des aruspices et des pontifes ensevelissait vivantes les vestales.
Abîmé dans sa pensée, le Trastévérin se jeta dans la rue champêtre du Maccao, entre les thermes solitaures de Diocléfien et l'ancien camp du Prétoire; il erra longtemps dans les vignes désertes du Virainal, et vint s'alseoir, non loin de Sainte*Marie-Majenre, au pied des trophées de Marins. Entraîné par une conformité de nom , c'est là , devant ce monument douteux du vainqueur des Cimbres et des patriciens,
. que l'âpre enfant du Janicule venait se fortifier dans la violence de ses résolutions. Il y resta longtemps plongé dans une rêverie profonde, sanglante. La grande cloche du Vatican l'en tira. Elle appelait le
-peuple au 'couronnement du souverain pontife; elle appelait Marins au meurtre.
Il se leva et prit d'un pas ferme la route de Saint- Pierre, pour y poignarder, an milieu du peuple asblé, le délateur du Vélabre.
Brancador sortait en ce moment des bras d'Antonia, et prenait, lui aussi, la route de Saint-Pierre pour poignarder, au milieu de la fête , le vice*Diea de la chrétienté.
LE COlRONKEHEldT. 131
XXXL — LB COURONNEMENT.
! Tout Rome était à Saint- Pierre. La basilique énorme se dessinait sur l'azur transparent du ciel avec une magnificence qui n'était ni sans grâce ni sans légèreté. La sévérité des longues Ugnes romaines était adoucie par l'éclat de l'air, et la colos* sale coupole a dans sa spirale immense je ne sais quoi de svelte et d'aérien qui étonne et qui charme.
Rien de menaçant ou de minutieux , rien de maniéré ou d'imprévu , rien de monastique en un mot , rien de lourd dans le monument bramantesque ; tout y respire , au contraire , la beauté , la grandeur, le génie italien , vif, pittoresque , spontané , plein de force et d'éclat. Si la parcimonie de la lumière a créé les patientes dentelures et les découpures fantastiques du style gothique, si le rigide ciel du Nord lui a imprimé son caractère sombre , austère , sa mysticité monacale, les longues lignes et les larges masses de l'architecture romaine sont filles du soleil du Midi. Là l'énergie est tempérée par la mollesse , la majesté par l'élégance.
Saint-Pierre est l'œuvre de vingt-quatre pontifes ; tous les grands artistes de l'Italie y ont mis la main, toutes les nations du monde y ont versé leur or; aussi y règne-t-il un luxe inouï, un luxe non pas royal, mais vraiment divin; car Saint-Pierre est bien, comme on l'a dit, la cour d'un Dieu.
La façade seule est sans excuse ; mais tel e^t le
prestige de la grandear, que les fautes et les incorreclions de détail disparaissent dans rharmonie de Tensemble , et , malgré tout , lu masse est sublime.
Ancien cirque de Néron et sépulture de saint Pierre, la place du Vatican a les dimensions exactes duGolossée, et, comme leColossée, elle fut teinte du sang des martyrs avant d'être usée par le pied des pèlerins. Elle est digne du temple. C'est une richesse , une variété , un mouvement de lignes dont rien ne peut donner l'idée. La courbe et la ligne droite s'y marient avec une grâce pleine de caprice et de hardiesse.
Le double portique circulaire qui l'enlace est merveilleux ; il n'a pas moins de trois cent soixante-douze colonnes de travertin, disposées sur quatre rangs et d'une grosseur proportionnée à l'espace , d'une richesse de teinte inimitable.
L'obélisque égyptien, élevé par Sixte-Quint an milieu de la place , n'est qu'un épisode de ce vaste poème de pierre. Il est flanqué de deux fontaines , ou plutôt de deux cascades, qui arrivent là du lac de Bracciano par un aqueduc de trente milles ; couronnées d'un iris éternel , leurs jets fantastiques et cristallins s'épanouissent au soleil en gerbes de toutes couleurs. Retombant en diamants dans leurs larges coupes de granit oriental , elles distillaient ce jourlà une fraîcheur pénétrante , comme une rosée de printemps , sur la foule pieuse convoquée à la fête de la chrétienté.
Cette foule était innombrable. Hommes et femmes