LK COURONNEMENT
avaient déserté les montagnes et la Mareoaoae pour la solennité. Il en venait tant qu'on n*en vit jamais plus. En voyant les multitudes inonder sans relâche la place du Vatican, Tœil saisissait sans eflbrt la pensée grande et poétique de Tartiste , qui semble avoir figuré dans sa gigantesque colonnade les deux bras de la basilique, ouverts pour accueillir le monde et pour Fembrasser.
Tout ce peuple en habits de fête était pittoresque à voir, et la richesse de costumes piquante en sa variété. Les atours champêtres luttaient de couleur et d'éclat avec les atours citadins. La coiffure isiaquc de» femmes d'Albane et la robe grecque des NeptU'^ niennes ne cédaient point le pas à la flèche d'argent et au corset de velours des Trastévérines ; plus préoccupées de leur toilette que de la solennité , les jalouses Romaines jetaient sur leurs rivales des yeux de critique et de dédain. De grosses croix d'or pendaient à leur cou brun.
Moins brillant, l'habit des hommes n'en était guère plus uniforme. La sampogne au côté et la pique au poing, le pâtre velu de la Sabine , vêtu de peaux de chèvre comme ses ancêtres au temps d'Ëvandre, perçait fièrement et la tète haute les groupes tout reluisants de boutons d'argent et de galons d'or. Orné d'une simple fleur de la montagne , son feutre brun ne s'abaissait point devant les rubans et les plumes des chapeaux trastévérins ; pour porter, comme Jean-Baptiste , une ceinture de cuir au lieu d'une ceinture de soie , il ne s'en estime ni moins
bon chrétien ni moins vieux Romain, et n'en dit pas moins ! Notre pape !
En vain , jaloux d'écraser son orgueil , les fils du noble faubourg étalaient-ils complaisamment à ses yeux la boucle énorme de leurs souliers cirés du matin ; le pâtre sabin peut bien caresser d'un regard de convoitise le métal éblouissant , mais il n'en dit rien ; et, quoique chaussé de la calandrelle agreste , il n'en foule pas moins les marbres de Saint-Pierre d'un pas ferme , d'un air superbe. Roi du pâturage , 'il se sent là chez lui comme sur ses rochers.
Après lui vient , mais plus humble et moins indépendant , le moissonneur des plaines. Plus tyrannisé par l'homme et par la misère , il n'a , lui , ni la souveraineté du troupeau , ni l'empire de la montagne ; vêtu de haillons, la faucille autour du corps, en guise de ceinture , il marche d'un pas timide et d'un air modeste. Son humilité lui coûte cher. La mine altière et l'air dégagé du pâtre peuvent encore, malgré son habit de peaux , conquérir l'ardente œillade de quelque Trastévérine ; mais le pauvre moissonneur qui se glisse furtif passe iàaperçu , ou n'obtient des hautaines Porcia du Janicule qu'un coup d'oeil de mépris.
Guindés et sanglés dans leurs cravates et dans leurs habits & queue d'hirondelle , les messieurs faisaient là, comme toujours, le plus sot et le plus plat personnage. Aussi tous les quolibets étaient-ils pour eux , et le peuple romain n'en est pas avare.
Une rumeur subite annonça que le pape descen-