LE PALATIN
narchie italienne? Où est le Prince? Un genl, que Je sache, serait capable d opérer cette unifc qai paraît vons sourire , et celui^à , j'imagine , ne vous convient pas , c'est le gibelin. /
— Et pourquoi pas le gu^e?
— Parce que nous n*en voulons pas. Nous Faccepions pour auxiliaire, non pour maître. Et puis, croyezmoi , monseigneur , la monarchie est corruptrice ; elle fonde la soumission servi le de l'homme à l'homme, non le noble servage du citoyen à la ehose publique. Plus l'homme dépend de l'homme, plus il se dégrade ; notre malheureuse patrie n est que- trop avilie , sans Itti faire couver encore dans son sein ces levains pernicieux. La république seule peut retremper les âmes par les vertus mâles et Gères qu'elle commande. Au surplus , monseigneur , permettez-moi de vous dire que nos râles sont un peu changés , et de vous répéter aujourd'hui ce que vous me disiez au mont Mario ; ce n'est point ici nne discussion. Nos plans sont arrêtés ; nulle considération ne peut les amender, ib sont inébranlables, l'oyez si les vôtres peuvent s'y plier et si vons pouvez mettre d'accord la papauté telle que vous la rêvez avec la liberté telle que nous la voulons. Il se peut faire que dans deux jours nous ayons la tiare en nos mains ; nous pourrions l'offrir à un autre , nous vous l'offrons. Mais nous n entendons entrer dans aucune de vos vues sacerdotales sur l'Europe catholique ; une fois pape et gardien de la tradition chrétienne , vons seriez le maître libre ei al>solu de votre clergé ultramontain ; quant à
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riUlie , cVst autre chose , et doos faisons nos ronditions.
— 'Quelles sont-elles?
— Les voici ; pesez-Jes. >
A ces motSf le carbonaro lut au cardinal, d*une voix lente et posée , trois bulles rédigées d avance. Dans la première , le Vatican abdiquait tout pouvoir temporel en faveur de la république ausonienne, qu'il reconnaissait ipso facto. Dans la seconde , ii déposait tous les princes italiens, en déliant leurs sujets du serment de fidélité. La troisième enfin ex«oommuniait l'empereur en tant que roi vçsurpatear de la Lombardie, et précbait contre lui, au nom de la liberté nationale et de la justice étemelle , la croisade italique.
Le Sicilien écouta cette lecture dans un pi^fond silence ; prenant ensuite des mains du conspirateur les trois foudres révolutionnaires, il entra sans pre* noncer une seule parole dans un pavillon d'étude oà il avait coutume de venir se reposer et se recueillir. Il n'y resta pas longtemps.
« Voici ma réponse ! « dit*il en sortant ; et il rendit à Anselme les trois bulles signées Jufass IV. « Jules II , continua-t-il , a tenté l'unité italienne y Jules IV la réalisera. >
En prononçant ces paroles , le bâtard semblait re* naître à la vie. Eteinte un jopr par le souffle gibelin , mais rallumée par l'espérance , l'ambition rayon* naît sur ses traits ; son œil étincelait au Palatin comme au mont Mario. Déjà courbé vers la tombe , son corps
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tCéiaii redressé par uoe force surnaturelle ; réchaaCTé, rajeuni, il 8*ëtait tout d'un coup ressaisi de cette vie prête à Tabandonncr. L'aiguille avait en une heure rétrogradé de dix ans sur le cadran de ses jours.
t Monseigneur, reprit Anselme, je ne demande point à votre éminence de nous assister dans la lutte qui ra s'engager samedi sous l'écliafaud de Marins , n^^is dans la victoire qui doit la suivre. Restez dans votre cellule ; gardez deux jours encore votre masque de grand*péoitencier. Vainqueurs sur la place publique et maîtres du Vatican , c'est à nous à déclarer nulle l'élection du nouveau pape , puisque les électeurs n'ont, pas été libres dans leur choix ; nous forcerons ainsi le sacré collège à fouler aux pieds le veto.de l'Autriche et à s'en tenir à son premier élu, c'est-à-dire au cardinal de Pétralie. Ici seulement votre rôle commence ; vons savez quel il doit c\tre, et là-dessus nous sommes bien d'accord. Ainsi, monseigneur, vous devrez la tiare à ces mêmes carbonari qui vous doivent la liberté. Vous voyez bien qu'ils ne sont pas ingrats. Il y a entre nous réciprocité de confiance; comme vous m'avez livré votre secret, je vous livre le mien; vous m'avez fait sanfédiste , je vous fais carbonaro. L'alliance est conclue ; le pacte est signé ; Jules IV tiendra les serments du cardinal de Pétralie. «
Le chef du carbonarisme romain parla longtemps encore , et mit sous les yeux du pape futur les plans, de l'ordre et ses ressources. Il traça avec tant d'audace cet énergique tableau , il déploya une connais^
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sance si nette , si profonde de la vie interne et des mouvements occultes du corps italien (}ue le cardinal fut frappé d*un long étonnement. C'était pour lui une véritable révélation.
« Je vois votre surprise , lui dit Anselme en souriant ; vous ne pouviez pas soupçonner qu'un cadavre tant foulé eût encore tant de vie. L'Europe partagera votre surprise, car elle nous ignore profondément. Qui aurait cru, s'écriait lady Macbeth poursuivie par l'ombre de Duncan , qui aurait cru que ce vieillard eût encore tant de sang dans les veines? Qui aurait cru , se dira l'Europe aussi , que cette Italie eut encore tant d'hommes? Car, croyez-moi, monseigneur, le carbonarisme italien est une redoutable puissance ; il a de quoilaire trembler sur leurs trônes vermoulus tous nos tyrans nains et légitimer leurs épouvantes. Maintenant que vous êtes des nôtres, et que l'alliance est scellée , il importait que vous sussiez nos forces afm de partager nos espérances.
I Ici même , sur ce mont déchu , s'élevait 4a maivson de Catilina , conspirateur audacieux , génie méconnu, dont la plume menteuse des rhéteurs du patriciat a déshonoré la mémoire en la vouant aux outrages de la crédule postérité. Nous sommes ici sous ses auspices : vainqueurs, nous réhabiliterons son nom; vaincus, son sort sera le nôtre. La calomnie s'assiéra sur nos tombes ; elle nous flétrira comme lui. Malheur aux vaincus! Mais qu'importe? Nous aurons toujours donné un grand exemple , et notre mort servira la sainte cause italienne en attisant dans
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ios âmes h. haine des persécnteurs par la pitié des martyrs. Que si l'apologie de ce Gatilioa si décrié vous étonne, songez, monseigneur, que j*ai pour moi une autorité imposante : Napoléon lui-même a pris parti dans ce grand procès pour le conspirateur. Homme de génie , je vous renvoie à vos pairs !
t Oui , la révolte est la dernière arme , Parme légitime des opprimés ; et qui le fut jamais autant que nous? quelle patience égala la nôtre? Le ciel m'en est témoin , et votre éminence le sait , homme d'ordre, j'ai tenté toutes les voies avant de tirer i'épée ; ma conscience est paisible ; si je périssais à Tœuvre, et que j'eusse un compte à rendre, je me présenterais devant mon juge TiEfil ùxe et la tête haute. Lequel de nos princes en pourrait dire autant?
v Chef d*une conspiration organisée , je pouvais , en frappant la terre, comme le guerrier fabuleux, en faire jaillir des héros , des vengeurs ; d'un mot je pouvais embraser Rome et l'Italie , car l'initiative de Rome doit entraîner infailliblement toute la péninsule ; et j'espérais encore , j'attendais toujours ; j'ai attendu jusqu'au dernier instant. Je vous ai juré fidélité dans votre cellule de Saint-François ; j'ai soumis par vous aux pacifiques épreuves du conclave la cause de la liberté. J'ai fait plus : je me suis fait sanfédiste ; je me suis effacé sans murmure devant les ignobles caducités du consistoire ; condamné devant elles à la plus ignominieuse des nullités , j'ai subi en silence leurs anathèmes et leurs ootrages.
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Qo'â produit tout colat Quelques tétei de plus au bourreau. Atseï iont tombées , et Tattente ne fait que nous affaiblir en noua décimant Tout retard serait désormais un crime ; plus de délai, plus d'attente!
» L'occasion du conclave perdue, il faut saisir celle que nous a fait naître Marins ; il faut arborer sous son échafand l'étendard de la révolte , et , je vous le répète , monseigneur, notre exemple entraînera les carbonari d'Italie. Ce sera à Jules IV à entraîner les masses , à vaincre leur inertie, à les associer, au nom de leurs croyances religieuses, à l'œuvre du carbonarisme.
» Certes , il serait beau que les nations se régénérassent par la seule puissance de la raison et du temps; mais l'humanité n'a pas été si doucement traitée par les destins que tout s'y passe sans secousse et sans tempêtes. L'inauguration de l'idée la plus juste , la plus sainte , ne se fait pas sans lutte. Pour fonder, il faut détruire ; or, qui dit destruction dit résistance et combat. Il faut à toute création sociale le grand baptême ; arrêt triste , arrêt mystérieux que l'inflexible histoire nous montre écrit & chaque page au livre sanglant de l'humanité. Maïs ici quels sont les coupables , et qu'avons-nous à nous reprocher? N'a-t-on pas réduit notre Italie infortunée au point d'oser tout et de tout tenter ? Osons donc, et si le sang doit couler, que le sang retombe sur nos bourreaux et sur leurs flatteurs ! »
Quoique forte et distincte, la voix d'Anselme, à