‹ Rome souterraine (volume 2)Chapitre 113 sur 247 · L'ÉPITAPHE DE SAINT EUSÈBE · texte numérisé non relu

L'ÉPITAPHE DE SAINT EUSÈBE

Sommaire. — Crypte de saint Eusèbe. — Fragments d'une inscription damasienne, découverts par M. de Rossi en 1852. — Autres fragments delà même inscription, découverts par lui en 1856. — Crypte où fut enterré saint Éusèbe, richement ornée de mosaïques, de marbres et de peintures. — Découverte, dans cette chapelle, d'une copie, faite au vi® ou vu** siècle, de l'inscription dont quelques fragments originaux avaient déjà été trouvés. — Fautes de cette copie, corrigées d'après ces fragments. — Importance historique de cette inscription. — Son explication. — Fait inconnu jusque-la de la vie du pape Eusebe. — Miséricorde du pape pour les apostats repentants.— Insurrection dirigée contre lui par un partisan de la sévérité outrée. — Intervention du pouvoir civil païen. — Le pape et le chef de la sédition envoyés tous deux en exil. — Episode analogue de la vie du pape Marcel raconté également par une inscription damasienne.

Les Itinéraires, après avoir nommé sainte Cécile, les papes, et « les innombrables martyrs » qui dorment près d'eux, ajoutent que saint Eusèbe, pape et martyr, repose dans une caverne à une assez grande distance de. là, longe in antro. et saint Corneille, pape et martyr, dans une autre caverne plus éloignée, longe in antro altero. Pour compléter notre revue des monuments historiques du cimetière de Calliste, il nous faut donc visiter ces deux a cavernes » ou chambres souterraines. Nous commencerons par la plus rapprochée, celle de saint Eusèbe. Elle est située à Fendroit même indiqué par les Itinéraires, c'est-à-dire entre saint Corneille et les autres papes, à cent pas environ de la chambre où reposent ces derniers.

La chapelle de Saint-Corneille était déjà retrouvée, et l'on recherchait celle des papes, quand, en 1852, dans un endroit intermédiaire, au second étage de la catacombe, M. de Rossi découvrit au milieu des ruines six petits morceaux de marbre sur lesquels étaient tracées des lettres assez semblables aux caractères damasiens, mais d'une exécution bien moins parfaite. Deux mots seulement s'y

lisaient entiers, SCINDITVR et SEDITIO; puis venaient trois fragments de mots, EVS...., EXEMPL... et INTEGR... Il se souvint aussitôt d'une inscription métrique rapportée par trois de ces anciens recueils épigraphiques dont nous avons déjà parlé, et attribuée par eux au pape Damase, dans laquelle ces mots et ces fragments de mots se rencontraient. Cette inscription est une de celles qui ont le plus divisé les critiques. Elle raconte certaines dissensions religieuses survenues sous le pontificat d'Eusèbe, sur lesquelles sont muets tous les historiens ecclésiastiques, et dont ne parle pas le Liber pontificalis. Baronius, ne pouvant admettre que les historiens les plus graves, que tous les annalistes contemporains eussent ignoré des faits de la plus grande importance pour l'histoire de TÉglise romaine au commencement du iv^ siècle, refusa de croire que le héros de l'inscription rapportée par les manuscrits fut vraiment le pape Eusèbe, et, malgré l'invraisemblance d'une telle conjecture comparée au texte, il aima mieux voir dans le récit métrique une allusion à quelques faits obscurs de la vie d'un certain prêtre Eusèbe, contemporain de Constance (le même dont nous avons placé hypothétiquement le tombeau dans la chapelle des papes). Tillemont et les Bollandistes ont soutenu, au contraire, qu'Eusèbe dont parle l inscripîion est bien le pape de ce nom, et que l'auteur des vers est vraiment le pape Damase.

Nous n'avons pas besoin de dire vers laquelle des deux opinions inclina M. de Rossi, dès qu'il eut découvert ces fragments dans la région souterraine où les Itin-éraire? placent le tombeau de saint Eusèbe. Il s'empressa de faire part de sa découverte à l'une des sociétés savantes de Rome. Il dut cependant attendre encore cinq années avant que les progrès des fouilles lui donnassent un libre accès dans Tintérieur du cimetière. Pendant ces cinq années la commission d'archéologie sacrée s'était occupée de déblayer la chapelle des papes et celle de Sainte-Cécile. En 1856, les travaux furent repris au point où les fragments d'inscription avaient éié découverts. Pendant qu'on enlevait les terres qui, en cet

endroit comme aux environs de toutes les cryptes historiques, avaient pénétré par le luminaire, M. de Rossi découvrit encore quarante fragments de la même inscription.

Les fouilles terminées, l'importance de la crypte nouvellement mise au jour se révéla par des marques non équivoques. Un escalier la mettait en communication avec le sol extérieur (C e 2); à partir de cet escalier, des murs construits dans l'intérieur du souterrain, et fermant l'entrée de certaines galeries, empêchaient le pèlerin de s'égarer et lui indiquaient la route vers deux chambres qui s'ouvrent Tune en face de l'autre au fond d'un ambulacre {D e i). L'une a 4™, 18 de long sur 2'", 8 5 de large; l'autre, beaucoup plus vaste, mesure 5'", 50 sur 3'", 58. La plus petite porte encore les' traces d'un riche revêtement de marbre. Elle contient trois arcosolia. Dans l'arc de celui qui fait face à la porte on distingue, à l'empreinte laissée sur le stuc par une mosaïque presque entièrement tombée, la forme d'un vase ansé, de chaque côté duquel se tiennent des oiseaux. Au-dessus, la lunette de la voûte porte les traces d'une fresque représentant le bon pasteur : au milieu de cette fresque a été indiscrètement taillé un loculus. La voûte, au pied du lucernaire, se creuse légèrement en forme de berceau ou de coquille, et est décorée de caissons octogones dessinés sur le stuc en lignes bleues et rouges. On reconnaît dans l'arc et la lunette de V arcosoliiim de droite les vestiges d'une mosaïque représentant des enfants ailés qui symbolisaient probablement les saisons. Les murailles de la seconde chambre n'ont jamais été revêtues de marbres : sur l'enduit qui les recouvrait les pèlerins ont laissé des traces écrites de leur passage. Ces grafîîtes ont le même caractère que ceux de la crypte de saint Sixte; mais les formules les plus anciennes, comme in mente habere. ne s'y trouvent plus, le latin domine, et dans le petit nombre des inscriptions grecques on reconnaît le style de l'âge byzantin. Les graffites de cette chambre sont plus voisins du v^ que du iii^ siècle : ils correspondent à l'époque de Damase.

Ce que ces deux chambres ont de plus intéressant est répaisse table de marbre, primitivement fixée à la muraille, que les modernes excavateurs ont placée au milieu de la plus petite, aiin qu'on en puisse étudier facilement les deux faces. D'un côté on y voit une inscription païenne en l'honneur de Caracalla, de l'autre une inscription damasienne en l'honneur du pape Eusèbe. La signature de saint Damase y est pour ainsi dire écrite : Damasiis episcopiis fecit se lit en grosses lettres à la première ligne. Et cependant tout œil un peu exercé refusera de reconnaître dans cette inscription la main de l'habile calligraphe auquel on doit la reproduction de tant d'autres compositions du pape Damase. Quand M. de Rossi eut trouvé les premiers fragments de l'inscription, il crut un instant avoir découvert un des essais de jeunesse du calligraphe damasien, une œuvre de sa première manière, s'il eut jamais une première manière. A mesure que les fouilles mirent en lumière un plus grand nombre de fragments, M. de Rossi reconnut en eux les restes non d'un original, mais d'une copie, d'une restauration. En 1856,11 annonça à l'académie pontificale d'archéologie que la pierre dont il avait retrouvé les fragments n'était qu'une seconde édition de l'œuvre de Damase, rétablie par Symmaque, Vigile ou Jean III, les trois papes qui mirent le plus de zèle à réparer les ruines laissées dans les catacombes par les Barbares. Nous avons déjà cité ^ une inscription de Vigile rappelant qu'il rétablit plusieurs tituli perdus ou brisés : peut-être l'inscription de seconde main retrouvée par M. de Rossi est-elle un de ceux-là. Dans une autre circonstance M. de Rossi avait émis une conjecture fort intéressante: l'artiste qui grava toutes les inscriptions damasiennes ne serait-il pas ce Furius Dionysius Filocalus qui, sous Libère, prédécesseur de Damase, orna d'élégants dessins à la plume le précieux alm anach chrétien, l'un des documents les plus originaux de l'histoire ecclésiastique primitive ? Or, quand tous les fragments

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