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mente, non par des honoraires payés par ceux qui président lors de leur entrée en charge % comme si la religion était pour nous un objet de trafic, mais par une petite contribution mensuelle de tous ceux qui peuvent et qui veulent la fournir... Ces cotisations sont en réalité de pieux dépôts , car on les dépense , non à festoyer, mais à nourrir ceux qui ont faim, enterrer les pauvres^ secourir les orphelins et les vieillards qui ne peuvent quitter leurs maisons, assister les naufragés, et si quelques-uns de nos frères sont condamnés aux mines, ou exilés, ou mis en prison, pourvu que ce soit comme membres de la secte de Dieu, ils deviennent les enfants adoptifs de leur confession {alumni confessionis suœ). »
Il ressort clairement de ce passage qu'il était facile aux chrétiens du iii^ siècle de recueillir des aumônes, d'exercer la charité, et même de se réunir pour l'exercice de leur culte , sous le couvert des confréries funéraires autorisées par la loi. L'Eglise exerçait la charité, non individuellement et à titre privé, mais au nom de la corporation. De nombreux documents nous montrent TEglise de Rome envoyant de riches aumônes à ces chrétiens condamnés aux mines ou à Texil dont parle TertuUien. La condamnation ad metalla correspondait à peu près aux travaux forcés des législations pénales modernes, et entraînait des déchéances analogues à une sorte de mort civile. Quand les magistrats persécuteurs ne condamnaient pas à mort les chrétiens déférés à leurs tribunaux , ils les envoyaient souvent travailler aux mines et aux carrières de l'Egypte , de la Grèce , de l'Asie Mineure, de l'Afrique et de la Sardaigne. L'immense dépôt de marbres récemment découvert sur le bord du Tibre provient en grande partie de ces travaux des condamnés
I . Il est maintenant prouvé, par d'anciennes inscriptions trouvées en Afrique et ailleurs, que tel est le vrai sens de cette expression : de honorana summa, qui a causé tant d'embarras aux commentateurs. Voir Bullettino diarch, crist.^ 1866, p. 11, note 2.
chrétiens, car, après la paix de l'Eglise, on vit tout à coup le produit des carrières ouvertes sur tous les points de l'Empire diminuer dans une proportion considérable , par suite du rappel et de la délivrance des confesseurs de la foi. Tant que durèrent les persécutions, la caisse commune de l'Église de Rome vint au secours des chrétiens condamnés ad metalla. On possède encore la lettre par laquelle Denys, évêque de Corinthe, remercie le pape Soter des secours envoyés par lui aux chrétiens travaillant dans les mines de la Grèce. Un autre saint Denys, évèque d'Alexandrie, rend le même témoignage à la charité de l'Eglise romaine pour les exilés à'^ Syrie et d'Arabie au commencement du III'' siècle. TertuUien, écrivant à la même époque, fait allusion, dans le passage que nous avons cité, aux aumônes envoyées par la corporation chrétienne de Rome aux chrétiens condamnés aux mines et à l'exilé A côté de ces lointaines misères, TEglise romaine en avait d'autres plus près d'elle, auxquelles elle consacrait une partie des fonds communs. Nous savons par Thistoire de saint Laurent que le soin des pauvres et la distribution des aumônes formaient la charge spéciale d'un des diacres. Les membres du clergé recevaient également de la caisse commune ce qui était nécessaire à leur subsistance. Le diacre tenait dans ce but un registre ( matricula ) de leur nombre et de leurs offices. En l'an 251, le clergé de Rome comptait dans ses rangs plus de cent cinquante personnes, dont quarante-six prêtres; l'Eglise les nourrissait, et avec eux plus de quinze cents pauvres. Outre la pension mensuelle qui leur était faite, les prêtres étaient encore assistés d'une autre manière-. A la suite des agapes, une sportule était distribuée ordinairement aux assistants, comme dans les
1. Voir, dans le Bullettino di arcli. crise. ^ 1868, p, 17, l'article écrit par M. de Rossi, à l'occasion des découvertes de VEmporio RomanOy sur les chrétiens condamnés à l'extraction des marbres pendant les siècles de persécution, et le soin que prit d'eux r Église romaine.