I. Planche II
rudes efforts pour imiter la nature et exprimer les idées : il naquit au milieu d'une société formée, et s'empara d'abord d'une langue toute faite. Ses premières productions, moins originales, moins riches de pensées que celles qui devaient suivre, sont plus aisées, plus variées, plus parfaites d'exécution, parce qu'elles sont contemporaines de la meilleure époque de l'art antique. Les chrétiens formaient « un peuple choisi, une nation sainte* », mais, séparés par la pureté de leurs mœurs du monde dépravé dans lequel ib vivaient, ils ne constituaient ni géographiquement ni politiquement une société distincte. Rien de ce qui était bon, utile et beau autour d'eux n'était par conséquent hors de leur atteinte. Si, par l'art comme par toutes choses, « les créatures de Dieu avaient été tournées en une abomination pour l'âme de l'homme, et une embûche aux pieds des insensés*, » cependant « celui qui se rendit visible afin d'amener par lui les hommes à l'amour des choses invisibles^ » n'avait pas défendu à son Eglise de se servir de la peinture comme moyen de faire apparaître les choses spirituelles, de toucher et d'instruire l'âme humaine.
L'Église, considérée comme pouvoir dirigeant, n'eut sans doute aucune action directe sur la naissance et le développement de l'art chrétien. Il naquit et se développa spontanément, comme la floraison naturelle des sentiments semés par l'Évangile dans le cœur de l'homme. Après trois siècles, la profanation des sanctuaires par les persécuteurs contraignit l'Église à mettre pour la première fois obstacle à son expansion. Le fameux concile d'Élvire, tenu en Espagne pendant la dernière persécution (303), défendit « de placer des tableaux dans les églises, et de peindre sur les murailles ce qui est vénéré ou adoré* ». C'était là, dit avec raison Raoul -Roche! te, une discipline « tout acci-