I. I Cor., x
a. Matth., xiv, 19; xv, }6; xxvi, 26, 27. Marc, vi, 41; xiv, 22. Luc, IX, 16; XXII, 19. Joann., vi, ti.
d'Autun, où l'hiéroglyphe du poisson est ouvei-tement appliqué au pain sacramentel, ne permettent plus de douter du sens véritable des antiques symboles que nous voyons réunis ou isolés sur les monuments. Quand Finscription d'Autun fut découverte, le cardinal Pitra, alors professeur au petit séminaire de cette ville, appela l'attention du monde savant sur les renseignements inappréciables, les clartés décisives qu'en recevait l'histoire du symbolisme chrétien. Il est aujourd'hui démontré qu'aucune des mystérieuses représentations que nous avons signalées ne fut l'œuvre du caprice ou de la seule imagination; qu'une inspiration commune les reliait entre elles, et les rattachait à une pensée dominante, à une idée mère, le mystère de l'Eucharistie. Absolument inintelligibles aux personnes qui n'étaient pas initiées, elles avaient pour les chrétiens un sens clair et défini, ils les lisaient comme les anciens Égyptiens lisaient leurs caractères hiéroglyphiques, comme nous lisons les lettres de notre alphabet.
Quand donc nous voyons représentés, sur une trèsancienne pierre tombale découverte en 1862 aux environs de Modène, deux poissons tenant chacun dans leur bouche un pain, et entre eux cinq autres pains, nous reconnaissons
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Fig. 25. — Pierre tombale d'un ancien cimetière chrétien de Modène.
de suite que les survivants de Suntrophion (c'est le nom gravé sur la pierre) ont voulu figurer sur la tombe de leur ami l'image symbolique de l'Eucharistie, sa force pendant la vie, gage pour lui après la mort de la résurrection bienheureuse*. Nous interprétons avec la même facilité une
I. Jûann., VT, ^^. — Un des plus curieax exemples de la réunion de ces deux symboles, le poisson et le pain, est donné par une lampe en
fresque assez singulière que Ton trouve deux fois peinte dans un des plus anciens cubicula de la crypte de Lucine (il* siècle), et dont le lecteur peut voir une reproduction très-exacte à la planche VIII, n® i. C'est un poisson vivant, qui tend Teau, et porte sur son dos un panier rempli de pains. Ces pains sont gris, couleur de cendre, et ont la forme des offrandes que les Orientaux, et spécialement les Juifs, présentaient aux prêtres en certaines saisons de Tannée : les Romains désignaient les pains de cette forme par le nom barbare de mamphula. Les pains occupent le dessus du panier; au milieu, une ouverture laisse voir quelque chose de rouge, qui semble un baril de verre contenant du vin. A la vue de cette image, M. de Rossi s'est souvenu d'un texte de saint Jérôme, qui en semble l'explication naturelle. Parlant d'Exupère, évêque de Toulouse, qui dépensa tous $ts biens pour secourir les pauvres : « Personne n'est si riche, dit le saint docteur, que celui qui porte le corps du Christ dans une corbeille d'osier, et son sang dans un vase de verre *. » Le panier que nous avons sous les yeux est précisément d'osier. Les Juifs et les païens se servaient de semblables corbeilles dans les sacrifices, et les premiers chrétiens y déposaient le pain consacré quand ils n'avaient pour le recevoir ni or ni argent. Le sens de la fresque, au premier abord un peu étrange, s'explique ainsi de luibronze du IV* siècle, trouvée en 1869 dans les fouilles de Porto. Ce gracieux ustensile représente le vaisseau de TÉglise : la poupe est formée par la tête du serpent tentateur, tenant entre ses dents la pomme, cause de la chute originelle. Sur cette tête est plantée, en signe de victoire, la croix, au-dessus de laquelle se tient la colombe, image de TEsprit-Saint qui guide le vaisseau de l'Église. Enfin, vers la proue, est un dauphin, image, comme le poisson, de riXBTC céleste (on le trouve avec cette signification dans un grand nombre de monuments chrétiens). Ce dauphin tient dans sa bouche un pain, sans doute le pain eucharistique; antithèse sublime : d*un côté le serpent, avec le fruit tentateur, de Tautre le poisson, avec la nourriture réparatrice. — Bullettino di arch. crist,^ 1868, pp. 77-79, et Tav., n« 1; 1869, p. 16; 1870, p. 172 et scq., lettre de Mgr Baillés, ancien évêque de Luçon. I. Ep. 135, alias 4, ad Rusticum.
L'ART CHRETIEN. ajî
même : c'est le plus simple et le plus ancien monument sur lequel se voient unis le poisson et le pain, et probablement une des plus anciennes images de l'Eucharistie.
On en peut dire autant d'un autre symbole représenté dans le même cubiculum ', sur le mur qui fait face à la fresque du poisson. Un vase contenant du lait est posé sur une sorte d'autel rustique, entre deux brebis. Le même vase se letrouve
dans une chambre voisine, porté dans la main droite du Bon Pasteur *. Sur d'autres peintures, le Bon Pasteur tient égale-
I. Pour 8c rendre compte, d'après le plan, de la situation de ce» peintures, descendre par l'escalier D £ i, suivre la galerie teintée en rose (3' étage), et s'arrêter devant la double chambre qui se présente la première à gauche. Le premier des deux cubicula contient quelques peiutures en partie ruinées ; deux seulement sont encore reconnaissable», le baptême de Notre-Seigneur, fig. i;, p. 370,et les deux colombes dans un jardin, 6g. 19, p. 373. Dans le cuhkulum oh l'on pénètre par celui-ci, »e voient, vis-à-vis de la porte, le poisson portant la corbeille de pain et de vin, planche VIII ; à gauche de la porte, en entrant, le vase de laie, p.a9^,fig. 34, et, à droite, des colombes, semblables à celles du tubUulant précédent. Le plafond est celui représenté planche IL Ce cuhUorlum duplex, et l'escalier D g i qui y conduit, «ont la partie la plus antienne, le noyau de la crypte de Lucine.
3. VoirCg. }i,p. )o6. Pour trouver la place de cette peinture, des-
ment le vase de lair. Dans ces derniers cas, le vase de lait n'est peut-èire qu'un accessoire, un ornement emprunté à la vie pastorale. Placé sur un autel entre deux brebis, il est certainement quelque chose de plus, et devient un symbole. On le retrouve, avec le même sens symbolique, dans une très-ancienne peinture du cimetière de Domitille, représentant l'agneau contre lequel est appuyé le bâton pastoral, d'où pend le vase de lait; dans une fresque plus
récente du cimetière des saints Pierre et Marcellin, le vase est posé sur le dos de l'agneau, et entouré d'un nimbe. Si l'on se rappelle que, dans l'antiquité chrétienne, le vase de lait fut pris quelquefois comme symbole de l'Eucharisrie *, on reconnaîtra dans ces deux images le pendant de
tendre par l'cBcalierD h i, suivre tout droit l'ambulacre teinté en rose, jusqu'au dernier cuhUulum,qm sort des limites de 1'iu-a2. Le Bon Pasteur occupe dans cette chambre le centre de la voOte. — Quelquefois le Bon Pasteur est debout entre deux vases de lait, comme dans une peinture de la catacombe de Sainte-Agnès reproduite par Perret, t, II, pi. XXII. I. Buonarotti, K«Wj ^a; Garrucci, Vitri, 63, 6j, 3' édit.
UART CHRETIEN. 295
celle représentant le poisson et la corbeille, dans la crypte de Lucine.
Les actes du martyre de sainte Perpétue, document incontestable du commencement du m* siècle, décrivent plusieurs visions qui vinrent consoler et fortifier la sainte dans sa prison. L'une d'elles lui montra le Bon Pasteur qui, après avoir trait ses brebis, prit dans le vase qu'il portait plusieurs morceaux de lait caillé, et les lui mit dans la bouche. « Elle les reçut les mains jointes l'une sur l'autre, et tout le peuple répondit : Amen. » C'est précisément le mot que Ion prononçait après avoir reçu la communion. Ce récit renferme une allusion évidente à l'Eucharistie. D'autres actes rapportent des circonstances analogues. Quelques anciens auteurs, en commentant l'Évangile, ont fait remarquer que toutes les choses bonnes, les grâces, les dons spirituels, les sacrements y sont représentés symboliquement soit sous la figure de la viande, soit sous la figure du vin mélangé d eau, soit sous la figure du lait. Rappelons ici l'antique usage de faire manger aux enfants après le baptême un peu de lait et de miel : pratique dont parlent TertuUien et saint Jérôme, et dont la tradition s'est conservée, au moins pour le baptême administré le samedi saint, jusqu'au ix^ ou X* siècle*.
Dans un de ses sermons *, saint Augustin explique à sa manière le symbolisme du lait, jetant en même temps des clartés sublimes sur les plus hauts points de la doctrine chrétienne. Il rappelle tous les incidents de l'histoire des Juifs où l'on peut voir une prophétie ou une figure des réalités du Nouveau Testament : il cite la manne, le passage de la mer Rouge, Moïse frappant le rocher. Il parle ensuite de David terrassant Goliath, et y reconnaît l'image du Christ vainqueur de Satan, a Mais qu'est-ce que le Christ terrassant Satan? c'est l'humilité victorieuse de l'orgueil. Mes frères, vous parler du Christ, c'est vous prêcher l'humilité.
I. Tcrtull., de Cor. milie.j c. 3. Hieron., Dialog. adv, Lucif, — Voir Martene, d€ Ant, EccL Rit,, lib. I, c. i, xv, 16.
a. Enarr. i"« in Fs. xxxiu, t. IV, p. 301, éd. Gaume.
Il est venu à nous par Thumilité. Dieu s'est fait humble, afin que l'orgueil de la race humaine ne dédaignât pas de suivre les traces divines. » Il continue ainsi : a Autrefois il existait un sacrifice des Juifs, selon Tordre d'Aaron, dans lequel étaient immolées des génisses. Cela était aussi en figure, car alors n'était pas encore institué le sacrifice du corps et du sang du Seigneur, que les fidèles connaissent, et qu'ils ont appris de TÉvangile, sacrifice aujourd'hui répandu (diffusum) sur toute la surface de la terre. Mettez donc devant vos yeux ces deux sacrifices : le premier selon Aaron, le second selon Melchisedech. Car il est écrit: Le Seigneur a juré, et ne se repentira pas; tu es prêtre pour toujours selon l'ordre de Melchisedech. De qui dit-il cela: tu es prêtre pour toujours selon V ordre de Melchisedech f De Notre-Seigneur Jésus-Christ. Mais qui était Melchisedech? ï) Après avoir raconté l'histoire de Melchisedech, et appelé l'attention sur son sacerdoce, sur la bénédiction par lui donnée à Abraham, et sur l'offrande qu'il fit du pain et du vin, le saint docteur poursuit en ces termes : « Le sacrifice d'Aaron est aboli, et le sacrifice selon l'ordre de Melchisedech a commencé d'être. Notre-Seigneur Jésus- Christ a voulu que le salut vînt de son corps et de son sang. Mais par quel moyen nous a-t-il donné son corps et son sang? Par le moyen de son humilité; car, s'il n'était pas humble, il ne voudrait pas être mangé et bu. Contemplez sa. grandeur : q4u commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Et contemplez-le, devenu pour toujours nourriture ; mais nourriture pour les anges. Les anges la mangent, et les puissances, et les esprits célestes ; et la mangeant ils sont rassasiés et satisfaits : et ce qui les rassasie et les rend heureux demeure entier après les avoir nourris. Mais comment un mortel pourrait-il approcher de cette nourriture ? comment pourrait-il acquérir un cœur digne de la recevoir ? Il fallait qu'elle devînt lait (mensa illa lactesceret) et pût ainsi parvenir aux petits. Mais comment la viande peut-elle se changer en lait? comment peut-elle se changer en lait, à moins de passer
d'abord par la chair > Dans la mère cela a lieu ainsi. Ce que la mère mange devient la nourriture de Tenfant; mais comme il ne peut encore manger lui-même le pain, la mère change le pain en sa chair (ipsum panem mater incarnat)^ et ainsi nourrit Tenfiint du même pain qu'elle même, par l'humilité de son sein et le jus du lait. Comment donc la sagesse de Dieu nous a-t-elle nourris de pain? Parce que le Verbe s'est fait chair, et est demeuré en nous {in nobis). Contemplez donc son humilité: car Thomme a mangé le pain des anges, selon qu'il est écrit : // leur a donné le pain du ciely V homme a mangé le pain des anges^\ c'est-à-dire, l'homme a mangé le Verbe dont les anges se nourrissent, et qui est égal à son Père, car, étant en la forme de Dieu^ il n'a pas cru usurper en s' égalant à Dieu. Les anges se nourrissent de lui, mais il s'est abaissé ^ afin que rhomme pût manger le pain des anges. Prenant la forme de serviteur ^ il s'est fait en la ressemblance et V apparence des hommes, il s'est humilié, devenu obéissant jusqu'à la mort, même la mort de la croix, afin que de la croix pût nous être confié le nouveau sacrifice, la chair et le sang du Christ. »
Après avoir lu ces belles similitudes, dans lesquelles se complaît et se répand, avec son abondance ordinaire, le haut et tendre génie de saint Augustin, on comprend quelle signification mystique les premiers chrétiens ont dû attacher au vase de lait, représenté par eux sur un certain nombre de monuments. Cependant, bien que relatif aux mêmes mystères, il paraît avoir été moins universellement compris et accepté que le symbole du pain et du poisson, si populaire pendant trois siècles. Quelques textes seulement y font allusion, tandis que toute la littérature chrétienne primitive est pour ainsi dire fondée sur le poisson symbolique.
Quelques lecteurs seront peut-être surpris de n'avoir rien lu encore sur la croix ou le monogramme, qui, d'après certains auteurs, seraient les plus anciens et les plus fré-