‹ Rome souterraine (volume 3)Chapitre 89 sur 228 · I. Provenant du cimetière extérieur · texte numérisé non relu

I. Provenant du cimetière extérieur

CIMETIÈRE DE CALLISTE. i8i

d'entrée, on aperçoit un degré ou gradin de marbre dans lequel quatre trous pratiqués régulièrement, et disposés en carré, indiquent l'existence, à une éf>oque antérieure, d'un autel soutenu par quatre piliers. Derrière cette plate-forme on découvre, dans la muraille, les restes d'un grand tombeau surmonté d'une niche carrée {sepoicro a mensa) encore revêtue en partie d'un beau stuc blanc. Cette niche n'est pas simplement taillée dans le roc ; elle est construite en excellente maçonnerie, comme Varcosolium de la crypte de saint Janvier au cimetière de Prétextât. On peut fixer la date de ce tombeau au commencement du m* siècle, peutêtre à la dernière moitié du ii*. Les saints mystères furent originairement célébrés sur la table de pierre ou de marbre qui le fermait. Ce tombeau se trouva en partie bouché et englobé dans la muraille à la suite des travaux d'agrandissement faits par saint Damase dans la chapelle voisine, et des constructions de renfort qui devinrent nécessaires en même temps dans celle des papes. Le petit autel dont on reconnaît la place fut alors élevé sur un gradin de marbre, en avant de la muraille, et probablement la chaire cpiscopale fut f>osée derrière lui, sur un degré un peu plus haut qui subsiste encore.

La cause de la vénération dont fut entourée cette chapelle, enrichie et décorée par la piété de plusieurs siècles , nous est révélée par quelques pierres tombales qui ont été trouvées parmi les décombres et rétablies, sinon à leur place primitive, au moins dans la muraille même oii elles furent originairement placées. On y lit les noms de quatre papes du m' siècle : ANT EPOC Eni, 4>ABIANOG EOI MP, AOTRIG, ETTTXIaNOG EnÎG; c'est-à-dire Qânteros episcopuSy Fabianus episcopus martyr. Lucius. Eutychianus episcopus. Le lecteur peut voir. Pi. XIV, n*»' i, 2, 3, 5, une reproduction exacte des quatre épitaphes originales, contemporaines de la depositio d'Anteros, Fabien, Lucius et Eutychianus.

Ni Bosio, ni Fabretti, ni Boldetti, ni aucun des premiers explorateurs de Rome souterraine n'ont découvert une seule

i82 ROME SOUTERRAINE.

épitaphe portant le titre d*évêqae*. Le mot episcopus n'est pas une création , une expression originale de la langue ecclésiastique : il a été emprunté par elle à la langue civile et administrative. Chez les païens, il signiriait d'une façon générale inspecteur, surveillant, gouverneur : en Grèce, celui qui présidait à des combats d'athlètes ou à des jeux publics était appelé cttwxottoç. Dans le Nouveau -Testatament* le mot episcopus fut pris de bonne heure, par analogie, pour désigner les chefs de chaque église et le suprême degré du sacerdoce; mais, à cause du sens vague d'un mot qui signifiait à la fois la plus haute dignité de rÉglise chrétienne et des emplois insignifiants dans la société antique, on évita d'abord de l'employer dans le langage officiel chrétien. Aussi ne le voit-on pas sur la tombe des premiers papes, de saint Lin par exemple'. Il ne reçut que peu à peu le sens exclusif et déterminé qu'il a aujourd'hui. Au m'* siècle, cette signification avait été fixée par l'usage : à partir de' cette époque on le voit inscrit sur les tombes épiscopales. Le cimetière de Saint- Alexandre, découvert il y a quinze ou vingt ans sur la voie Nomentane, renferme trois épitaphes sur lesquelles est gravé le titre d'évêque, La pierre tombale de saint Eusèbe, dans la troisième area du cimetière de Calliste, et celle de saint Corneille, dans la crypte de Lucine, l'un et l'autre pape et martyr, portent la même indication. Enfin, dans la chapelle pontificale, sur les quatre épitaphes que nous venons devoir, l'abréviation Eni, En le, est trois fois écrite, et il est probable que, si la pierre sépulcrale du pape Lucius n'était pas brisée immédiatement après le nom, on l'y pourrait lire également.

La présence de quatre tombes épiscopales réunies en un même lieu, quand, jusqu'à ces derniers temps, on n'en

1. Sur les épitaphes d'évéques dans les catacombes romaines, voir Ballet cino di arch, crist,, 1864, p. 49.

2. Act,^ XX, 28 ; ad Philipp,^ i, i ; /" Tlm, iir, 2; ad Tit.. i, 7

Page 1