‹ Rome souterraineChapitre 10 sur 338 · Bullettino di archeologia cristianaj 1865, p · texte numérisé non relu

Bullettino di archeologia cristianaj 1865, p

2. Hagioglypta, sive picturœ et sculptune sacrœ antlquiores prcesertim qua Romœ reperiuntur^ explicatie a Joanne V Heureux (Mucario). Paris,

Quels qu'aient été les travaux de ces trois antiquaires, ils sont éclipsés par ceux de Bosio. Tout pâlit devant les découvertes de ce grand homme, qu'on a justement appelé le Colomb du monde souterrain. Sa mémoire est impérissable comme la science qu'il a fondée. Le nom de Bosio ne peut se rencontrer sous la plume de M. de Rossi sans que le style s'élève aussitôt et prenne je ne sais quel mélange de respect et d'enthousiasme, je ne sais quel accent tendre et fier; on dirait un fils de noble race parlant d'un grand ancêtre. Bosio est en eiFet le père de l'archéologie chrétienne. Il naquit à Malte et exerça à Rome la profession d'avocat. Il y était venu presque enfant pour habiter avec un oncle qui était procuratore ou agent à Rome des chevaliers de Malte. Dès sa première jeunesse, il se sentit attiré vers l'étude des catacombes, et, quand il l'eut entreprise, elle devint une passion à laquelle il consacra sa vie. La date la plus ancienne qu'on trouve dans son livre et qu'on voie écrite de sa main sur les murailles des catacombes est celle du lo décembre 1593, l'année qui suivit la mort de de Winghe. Bosio avait alors dix-huit ans. Il en vécut encore trente-six, qu'il passa à étudier, soit les catacombes elles-mêmes, soit tous les auteurs qui pouvaient lui donner quelque lumière sur leur situation et leur histoire. L'étendue de ses connaissances était prodigieuse. Les immenses manuscrits qu'il a laissés, et qui sont conservés à Rome en la bibliothèque Vallicelliana, sont les monuments d'une érudition et d'un labeur qui semblent dépasser les forces humaines. Deux de ces volumes, renfermant deux mille pages in-folio et cinquante pages de tables, écrites de sa main, montrent qu'il avait lu et annoté tous les Pères grecs, latins, orientaux, toutes les collections des canons et des conciles, les lettres des papes, les histoires ecclésiastiques, les vies des saints, un nombre immense de traités de théologie, y compris ceux des scolastiques, en un mot, tout écrit dans lequel il croyait pouvoir trouver quelque chose se rapportant à l'étude qui remplissait sa vie. Dans deux autres volumes de même dimension, il transcrivit les actes

des martyrs, spécialement de ceux qui souffrirent à Rome, et y ajouta, d'après les manuscrits conservés au Vatican et en diverses autres bibliothèques de Rome, tous les anciens témoignages relatifs à la situation des cimetières chrétiens. Ces quatre in-folio sont loin de renfermer tout ce qu'écrivit Bosio; dans le cours de ces notes il se réfère souvent à d'autres recueils de même nature, composés par lui et aujourd'hui perdus.

Ces recherches ne représentent qu'une partie des travaux de Bosio ; pour les comprendre tout entiers, il y faut ajouter de continuelles explorations souterraines pleines d'incertitudes, de fatigues, d'aventures, quelquefois même de périls. La moitié de sa vie était celle d'un érudit, l'autre moitié celle d'un voyageur explorant des pays inconnus. Quand, par l'étude des documents, il croyait avoir reconnu la situation d'un cimetière chrétien de la voie Appienne ou d'une autre voie, il visitait avec le plus grand soin tous les terrains et toutes les vignes des environs, afin de découvrir quelque luminaire, quelque escalier, quelque fissure du sol qui lui donnât accès dans les souterrains. Souvent, après être, retourné plusieurs fois au même endroit, l'avoir étudié et parcouru dans tous les sens, il revenait sans avoir pu découvrir l'objet de ses recherches. D'autres fois, ayant appris qu'en creusant une cave ou un puits on avait ouvert par hasard l'entrée d'une catacombe, il accourait en toute hâte, et trouvait la place tellement couverte de ruines et de décombres, que l'accès était impossible. Même quand il avait pu pénétrer sous terre, il était obligé de se frayer un passage à travers les débris de toute sorte que les siècles avaient accumulés dans les galeries souterraines ; il passait quelquefois des heures entières à creuser de ses propres mains une route dans ces décombres. S'il arrivait à une portion de cimetière où le passage fût libre et facile, un autre danger se présentait, celui de se laisser entraîner trop loin par l'ardeur de la découverte, et de perdre son chemin à travers le labyrinthe souvent inextricable des galeries souterraines. La première fois qu'il descendit dans une cata-

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combe, il se perdit ainsi, en compagnie de Pompeo Ugonio et de plusieurs autres personnes, le lo décembre 1593. Ils avaient pénétré dans un hypogée situé à un mille de Saint- Sébastien. Du premier étage ils passèrent au second, par un trou étroit qu'ils découvrirent dans le sol d'une chapelle. Arrivés là, ils s'avancèrent si loin que, lorsqu'ils voulurent revenir sur leurs pas, ils ne purent retrouver le chemin qu'ils avaient pris et les moyens de remonter à l'étage supérieur. Retenus sous terre plus longtemps qu'ils n'avaient pensé, ils virent leurs bougies s'user l'une après l'autre, et demeurèrent perdus dans les ténèbres. « Je craignis un instant, dit Bosio, que ma misérable dépouille ne profanât les tombes des martyrs. » Rendu prudent par l'expérience, il eut soin, depuis cette aventure, d'emporter avec lui, dans ses voyages souterrains, une provision de bougies et de vivres suffisante pour deux jours.

Pendant trente-six années, Bosio se livra, avec une ardeur infatigable, à l'étude comparée des catacombes et des documents de toute nature qu'il avait recueillis et recueillait sans cesse. Quand il mourut, son œuvre n'était pas achevée ; rien n'en avait encore été publié. Il semblait qu'un sort jaloux pesât sur tous les explorateurs des catacombes, et que Rome souterraine ne dût jamais sortir des ténèbres. L'œuvre de Bosio était trop importante, cependant, pour demeurer ensevelie avec celles de ses prédécesseurs. Ses papiers et tous ses biens étaient devenus la propriété de l'ordre de Malte. L'ambassadeur de cet ordre à Rome, le prince Carlo Aldobrandini , communiqua les manuscrits laissés par Bosio au cardinal Francesco Barberini, bibliothécaire du Vatican, neveu du pape régnant, ami de Galilée et le Mécène de son époque. Le cardinal reconnut tout de suite la valeur d'un tel trésor, et engagea un oratorien, voué lui-même à l'étude de Tarchéologie, le P. Severano, à publier en la complétant l'œuvre inachevée de l'antiquaire maltais. Un des premiers architectes de Rome et un savant mathématicien furent chargés de dresser les cartes et les plans, qui manquaient encore. L'ordre de Malte voulut faire

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les frais de l'édition. En cinq ans, le magnifique volume que nous possédons fut publié, et le pape Urbain VIII, sur la demande du prince Aldobrandini, consentit à en accepter la dédicace. Le succès du livre fut immense; le monde savant le reçut avec enthousiasme. Pour le mettre à la portée des lettrés de tous les pays, le P. Severano en commença aussitôt une édition latine. Comme Dante pour la Divine Comédie^ Bosio avait commencé à écrire en latin son grand ouvrage, et s'était décidé ensuite à le rédiger en langue vulgaire. On peut voir encore dans ses manuscrits une partie latine, qui n'a point été insérée dans l'édition de Severano. La traduction commencée par celui-ci ne put être publiée, nous ne savons pour quelle cause. Une autre traduction, modifiant peu heureusement l'original, parut en 1651; elle était l'œuvre d'Aringhi.

L'ouvrage de Bosio, tel qu'il fut publié après sa mort, ne répondait qu'imparfaitement au dessein primitif de Fauteur. Dans le plan de Bosio, la description et l'étude des cimetières ne devaient être que la seconde partie du livre : une première partie était destinée à faire connaître et à commenter les usages de la primitive Église dans l'administration des sacrements, la pénitence, l'extrême-onction, le viatique, les prières pour les agonisants, les prières pour les morts, les rites de la sépulture chrétienne. La connaissance que Bosio avait de toute l'antiquité ecclésiastique lui permettait de prendre ainsi ab ovo son traité de Rome souterraine. Cette première partie, et une troisième qui était également en projet, ont été omises dans l'édition de Severano. Celle-ci contient seulement la description des cimedères visités par l'auteur. Le classement des matières est un chefd'œuvre; fondé sur un principe extrêmement simple, il donne la clef et le modèle de la science qui reconnaît en Bosio son fondateur. Les grandes routes consulaires qui avaient dans Rome leur point de départ servent, pour ainsi dire, de canevas à tout l'ouvrage. L'auteur rassemble les notions historiques qu'il a pu recueillir sur les cimetières situés le long de chaque voie romaine, sur leur position

précise, leurs noms, leurs fondateurs, les martyrs et les chrétiens illustres qui y sont enterrés. A la lumière de tous ces renseignements, il passe en revue les catacombes qu'il a visitées, et s'efforce de restituer à chacune d'elles son nom et son histoire. Ces restitutions sont souvent erronées, et il ne pouvait en être autrement, étant donnés les documents incomplets, incorrects, quelquefois d'un laconisme obscur, quelquefois vagues et inexacts, sur lesquels Bosio avait construit son système topographique. Mais ce défaut de critique était le vice de son temps, non le sien ; ce qui lui appartient en propre, c'est le système lui-même, le plan et l'ordonnance de son travail, seuls fondements scientifiques, dans l'avenir, d'une étude complète de Rome souterraine.

Il est regrettable que cette méthode n'ait pas été comprise, et que les exemples de Bosio soient demeurés après lui sans imitateurs. L'élan était donné, cependant, et l'on ne cessa plus de fouiller les hypogées chrétiens. Mais ces recherches n'étaient point, pour la plupart, dirigées vers un but scientifique. La pensée que dans les sombres profondeurs des catacombes reposaient les ossements d'une multitude de saints et de martyrs avait ému la piété des fidèles et donné l'essor à un zèle trop souvent indiscret. La permission d'ouvrir les tombeaux des catacombes et de chercher des reliques fut concédée, avec une générosité regrettable, à des particuliers ou à des communautés religieuses, et entraîna la destruction de monuments qui eussent été d'un prix inestimable pour l'histoire et l'intelligence de la primitive Église. L'autorité ecclésiastique eut le tort de ne pas prendre la direction exclusive des travaux des catacombes. Au lieu de se proclamer la gardienne jalouse et incorruptible des trésors qui y étaient contenus, elle laissa des mains inexpérimentées y entreprendre des fouilles sans ordre, sans surveillance, sans plan arrêté. Il est vrai que des règles sévères furent imposées à ceux qui cherchaient ainsi des reliques, et de savants traités ont été écrits pour justifier la prudence et la sûreté de leufs dispositions ; mais elles avaient pour objet la reconnaissance et la transla-

tion des reliques, nullement Fintérêt de la science. Aucune précaution ne fut prise pour assurer la conservation des monuments visités, et préserver de la pioche des excavateurs les peintures, les sculptures et les inscriptions. Ceux-ci ne prenaient même pas note de ce qu'ils avaient vu, notes précieuses qui, si elles n'eussent pas remplacé les monuments détruits, eussent au moins aidé la science à se consoler de leur perte. Les pieux explorateurs des catacombes avaient pris cependant, pour les guider dans leurs recherches, quelques-uns des ouvriers ou des dessinateurs qu'avait employés Bosio. Il est surprenant qu'aucun de ceux-ci n'ait conservé les traditions du maître, et n'ait au moins fait prévaloir un plan d'ensemble sur les irrégularités et les caprices de la recherche individuelle. Les inconvénients d'une telle exploitation de Rome souterraine frappèrent plus d'une fois les souverains pontifes ; nous voyons Clément VIII, Paul V, Urbain VIII, interdire à diverses reprises les excavations, et révoquer toutes les concessions précédemment accordées. A partir d'Urbain VIII on ne connaît plus d'exemples de fouilles faites dans un but pieux par des particuliers. A Clément IX (1668) remonte la réglementation aujourd'hui en vigueur ; la recherche des reliques cesse d'être une entreprise particulière pour devenir le privilège et l'attribution propre de l'autorité ecclésiastique.

Pendant l'intervalle de temps qui s'écoula entre la mort de Bosio et cette sage réforme, les pertes éprouvées par l'archéologie chrétienne sont incalculables. Il ne reste rien, pas même un souvenir précis, une note topographique exacte, d'une multitude de monuments tombés vierges et intacts sous les coups des dévastateurs. Qu'il eût été précieux, cependant, pour l'archéologie et l'histoire de connaître au moins la place où fut trouvé ce sépulcre tout entier doré dont parlent les mémoires de quelques archéologues du XVII® siècle ! de savoir en quelles tombes furent découvertes ces riches séries de monnaies et de médailles, ces camées, ces bijoux, ces cristaux taillés dont les mêmes écrits font mention ! On s'étonne , avec M. de Rossi , qu'une telle

négligence et une telle absence de méthode aient été possibles dans une ville et dans un temps où florissaient des érudits comme les Holstenius, les Allacius, les Suarez.

Après les ouvrages de Bosio et d'Aringhi, l'histoire littéraire des catacombes ne présente, pendant un demi-siècle, aucun écrit digne d'être cité. Elles ont pris place parmi les mirabilia de Rome ; tout voyageur intelligent va les visiter. Mieux connues, elles acquièrent une importance religieuse, une sorte de valeur apologétique dont l'opinion commence à s'émouvoir. La lecture de Bosio ramène dans le sein de l'Église catholique plusieurs protestants instruits. Dès lors une polémique aussi passionnée que stérile s'engage au sujet des découvertes souterraines. Les érudits anglicans ou protestants s'efforcent d'en rabaisser la valeur. L'Anglais Misson, qui voyageait en Italie vers 1691, ne voit dans les catacombes que les cimetières du menu peuple de Rome, où païens et chrétiens gisaient confondus. L'évêque anglican Burnet, visitant Rome quelques années plus tôt, avait poussé l'oubli de toute critique jusqu'à ne vouloir reconnaître « dans ces lieux de sépulture prompeusement décorés du titre de catacombes autre chose que les puticoli mentionnés par Festins Pompeius, dans lesquels on jetait et laissait pourrir les corps des esclaves morts. » Burnet connaît Rome, cependant, et a pu visiter les lieux dont il parle ; il est moins excusable qu'un certain Allemand qui, en 1703, réfutait Bosio sans avoir quitté Leipzig.

L'histoire sérieuse des catacombes recommence avec Fabretti. Le grand épigraphiste consacre aux épitaphes chrétiennes un chapitre de son recueil d'inscriptions, publié en 1700. Il raconte, dans ce chapitre, la découverte de deux cimetières inconnus à Bosio, l'un sur la voie Latine, qu'il prend pour le cimetière de Tertullinus, l'autre sur la voie Labicane, qui est certainement celui de Castulus. Fabretti avait été, en 1688, nommé custode des catacombes, et, en cette qualité, avait eu la surintendance de toutes les fouilles. Boldetti lui succéda. Ses Osserva:(ioni sopra i cimiteri sont le résultat de plus de trente années d'excavations , récompen-

sées quelquefois par les plus belles découvertes. Malheureusement Boldetti ne tira pas de ces découvertes tout le fruit que la science eût été en droit d'attendre. Ses connaissances archéologiques n'étaient pas à la hauteur des heureuses fortunes que le sort lui réserva souvent. Il pénétra dans des régions sépulcrales restées intactes, eut sous les yeux une multitude d'inscriptions, dont quelques-unes, datées^ remontaient aux premiers temps du christianisme, ouvrit des sépulcres qu'aucune main n'avait encore violés, et qui étaient riches en médailles et en ustensiles précieux. Non-seulement il ne prit pas soin d'indiquer la place précise où il vit ces trésors et ces rares monuments, mais, si un appel n'avait été fait à sa foi religieuse, il est même probable que le modeste Boldetti n'en eût rien conservé à la postérité. Il n'écrivit que pour la défense de l'autorité ecclésiastique. La lettre de Mabillon de cultu sanctorum ignotorum avait éveillé de graves inquiétudes sur la manière dont, à Rome, on procédait à la reconnaissance des reliques. Dépassant et travestissant la pensée de l'illustre bénédictin, Misson et les controversistes protestants s'appuyèrent sur son érudition et ses scrupules pour attaquer violemment l'Église romaine. Le livre de Boldetti * fut un exposé et une défense des règles suivies par lui et par ses prédécesseurs dans la reconnaissance et la translation des rejiques des saints : apologie pleine de sérieux, d'urbanité, de convenance et de respect pour son pieux adversaire de la congrégation de Saint-Maur. Les monuments vus et découverts par l'auteur y sont décrits, non dans un ordre chronologique ou topographique, mais au fur et à mesure que le demandent les besoins de la controverse. Le livre y perd naturellement en valeur scientifique ce qu'il peut gagner à d'autres points de vue.

Buonarotti, qui assista Boldetti dans la partie archéologique de son livre, écrivit lui-même un ouvrage important sur les fragments de verre ornés de figures trouvés dans les

I. OsservaiLoni sopra i cimiterl dei SS. Martirl ed antichi cristiani di Romay 1720.

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catacombes ^ : sujet qu'a traité de nos jours sur de nouveaux documents et avec une grande érudition un savant jésuite, le P. Garrucci. Un autre auxiliaire de Boldétti, Marangoni, qui, pendant vingt ans, partagea avec lui la surveillance officielle des cimetières, semble avoir voulu reprendre le plan de Bosio, en disposant toutes les découvertes faites après lui dans Tordre historique et topographique adopté par ce grand homme. C'était la continuation, l'appendice devenu nécessaire de la « Rome souterraine )> publiée par Severano. Depuis seize ou dix-sept ans Marangoni travaillait à cet ouvrage, quand un incendie dévora la plus grande partie de ses papiers. « En vérité, s'écrie M. de Rossi, l'histoire que nous racontons est une vraie Iliade de malheurs et d'irréparables désastres! » Marangoni ne se laissa pas abattre; il publia en 1740, à la suite des Q^cta sancti Victorini^ quelques notes échappées à l'incendie, et les résultats de ses recherches ultérieures.

La Roma sotterranea de Bottari^, publiée par l'ordre de Clément XII, en 1737, consiste en une simple réimpression des planches exécutées pour l'ouvrage de Bosio. Bottari les commenta avec beaucoup de soin et une vaste érudition, mais sans ordre ni méthode; il n'y ajouta rien, à moins que nous ne considérions comme une addition utile la reproduction des peintures qui ornent la tombe célèbre de Vincentius et Vibia, prêtre et prêtresse sabaziens, et celles de deux sectateurs de Mithra. Ces trois sépulcres furent à tort pris par Bottari pour des monuments chrétiens, et la confusion dont il fut le premier auteur égara après lui un grand nombre de savants, notamment Raoul-Rochette, qui tira de ces peintures une grande partie de ses brillantes et fausses théories sur l'art chrétien.

Les archéologues de la dernière moitié du xviii® siècle,

I Osservai^Loni sopra alcuni frammenti di vasi antichi ai vetro ornati ai figure trovati nei cimiteri di Roma. Firenze, 1716.

2. S culture e Pitture sacre estratte dei cimiteri di Roma^ puhblicate gia dagli autori délia Roma Sotterranea ed or a nuovamente date in luce colle spiega^ioni. Roma, 17 37- 1754.

Mamachi, auteur des Origines christianœ. Olivieri, Zaccaria, Borgia, firent un grand usage des ouvrages de Bosio, d'Aringhi, de Boldetti et de Bottari; mais ils paraissent n'avoir étudié que dans les livres et n'avoir pas exploré euxmêmes les cimetières. Ils ne tiennent aucun compte des découvertes qui eurent lieu de leur temps dans plusieurs catacombes. Benoît XIV, en fondant le musée chrétien de la bibliothèque Vaticane, et en y rassemblant les inscriptions cémétériales auparavant distribuées entre les diverses églises de Rome, augmenta encore, sans le vouloir, cet abandon des catacombes. Les érudits, se contentant des documents qu'on leur mettait, pour ainsi dire, sous la main, perdirent de plus en plus l'habitude de les étudier elles-mêmes ; le grand épigraphiste Marini eut quelquefois sous les yeux des inscriptions chrétiennes de la plus haute importance, et il ne songea presque jarnais à visiter lui-même le lieu où elles avaient été trouvées. Peut-être est-il à regretter que tous les savants n'aient pas suivi son exemple; nous n'aurions pas à raconter de nouvelles dévastations. A la fin du siècle dernier (de 1780 à 1786), Séroux d'Agincourt, qui préparait son Histoire de l'art, visita plusieurs cimetières, et y copia un grand nombre de peintures. Par une malheureuse inspiration, il voulut quelquefois emporter les originaux, et tenta de détacher des murs les fresques qui les ornaient. Il apprit ainsi a.ux fossores que dans l'œuvre de destruction il restait encore un pas à faire. Ceux-ci, en effet, essayèrent souvent, à son exemple, d'arracher à coups de pic les stucs peints à fresque ; ils ruinèrent ainsi une multitude de précieuses peintures, et purent à peine détacher intacts les fragments si peu nombreux que Ton voit au musée chrétien du Vatican. C'est ainsi que, du xvi^ au xix^ siècle, l'histoire des catacombes est pour ainsi dire semée de destructions et de ruines. Les peintures qu'avait vues Baronius dans la crypte de la voie Salaria, Bosio ne les retrouva plus quand il la visita quinze ans plus tard. Un pieux jésuite, le P. Mazzolari, n'eut que le temps de traverser une galerie découverte par hasard auprès de Saint-Laurent en 1779, et la vit détruire

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SOUS ses yeux. Les leçons de d'Agincourt ont trouvé des imitateurs au xix^ siècle. L'étendue de Rome souterraine est tellement vaste, qu'il est impossible de garder à la fois tous les points de cet immense territoire; souvent le sol, miné de toutes parts, s'ouvre de lui-même, et fournit aux déprédateurs des entrées faciles. Heureux encore si tous ceux qui, à diverses époques, ont dévasté les catacombes avaient été des érudits comme d^Agincourt, et avaient conservé dans des livres un souvenir quelconque des ruines qu'ils ont faites !

Pendant les premières années de ce siècle, l'étude des catacombes continua d'être négligée. L'heure du réveil, cependant, était près de sonner. Les travaux de l'Académie pontificale d'archéologie en donnèrent le signal. Parmi les écrivains qui, hors de l'Italie, contribuèrent puissamment à la renaissance de l'archéologie chrétienne, il serait injuste de ne pas nommer M. Raoul-Rochette. Il inséra, en 1837, dans le treizième volume des mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, trois dissertations sur les monuments chrétiens des catacombes. Quelques années plus tard, il publia son célèbre Tableau des catacombes. Déjh.^ en 1834, il avait fait paraître un discours sur les types imitatifs de l'art chrétien. L'idée dominante de ces divers écrits, c'est de montrer que les premiers chrétiens, dans leurs œuvres d'art comme dans leurs rites funéraires, empruntèrent, en les transformant, les types de l'art païen et les coutumes de la société antique. Sous sa plume une foi vive, une érudition brillante et variée viennent animer l'exposition d'idées théoriques vraies dans certains détails, et trop souvent fausses dans l'ensemble. Il suit encore l'ancienne méthode, qui consiste à grouper les faits, les images, les monuments, sans tenir compte de la chronologie ni de la situation topographique : méthode excellente pour corroborer un système rêvé d'avance par une imagination d'artiste, moins bonne pour arriver sûrement à la connaissance de la vérité.

Il était réservé au P. Marchi de donner enfin à l'étude scientifique des catacombes dans notre siècle l'impulsion décisive. Ayant été préposé, en 1841, à la surveillance ofîi-

cielle des cimetières souterrains, il entreprit son grand ouvrage sur les Monuments de Vart chrétien primitif. Le premier volume, consacré à l'architecture de la Rome souterraine chrétienne, a seul été publié. Dans ce volume, fruit de ses études sur le cimetière de Sainte-Agnès, il établit le premier, avec une clarté irrésistible, les différences des arénaires et des catacombes, montrant que celles-ci ne sont point d'anciens arénaires, mais bien l'œuvre exclusive du travail chrétien ; il classe en même temps les divers monuments de l'architecture cémétériale, les tombes, les cubicula. et ces basiliques souterraines dont il avait découvert dans le cimetière de Sainte-Agnès de si remarquables exemples. L'ouvrage entier, qui, embrassant, dans la pensée de l'auteur, l'architecture, la peinture et la sculpture, devait avoir des proportions considérables, demeura interrompu après ce premier volume, et finit par être abandonné. Les tempêtes politiques auxquelles Rome fut en proie en 1848 et 1849 effrayèrent et découragèrent le savant jésuite; il voyait en même temps, à mesure qu'il entrait dans les profondeurs de son sujet, des horizons nouveaux s'ouvrir devant lui, et, rebuté par leur immensité même, il sentait qu'à un autre était réservée la gloire de restaurer dans son intégrité primitive l'ensemble monumental de Rome souterraine. Le résultat de ses recherches avait été publié trop tôt ; trop vieux et trop fatigué pour changer de méthode, il se résigna, avec une admirable modestie, à n'avoir été qu'un précurseur. Son enthousiasme s'était communiqué, depuis longtemps, à l'un de ses élèves, qui avait été le compagnon de ses explorations souterraines, bientôt un précieux collaborateur, et qu'il pressa vivement de prendre en main l'œuvre immense à laquelle se refusaient ses forces défaillantes. Cet élève était M. de Rossi, à la fois archéologue et écrivain de premier ordre, dont la science, le talent, l'infatigable activité ont en même temps, pour ainsi dire, découvertet révélé Rome souterraine. Avant lui, les recherches continuées pendant deux siècles et demi dans les catacombes avaient amené la découverte de trois monuments historiques importants, le

baptistère et les peintures des saints Abdon et Sennen, reconnus par Bosio, la crypte des saints Félix, Adauctus et Eremita, trouvée par Marangoni, la tombe, l'épitaphe originale et les reliques de saint Hyacinthe^, découvertes par le P. Marchi. Les excavations dirigées depuis vingt ans par la commission d'archéologie sacrée, dont la création suivit de près les premiers travaux de M. de Rossi, et dont il est l'un des membres les plus actifs, ont déjà mis en lumière neuf ou dix cryptes historiques de la plus grande importance, et chacune de ces découvertes a été préparée, prévue, annoncée à l'avance par l'éminent archéologue.

Quelle est la cause d'un contraste aussi frappant r* à quelles nouvelles sources M. de Rossi a-t-il puiser» par quel nouveau procédé a-t-il réveillé, pour ainsi dire, un sol qui semblait devenu improductif:^ La réponse est facile et beaucoup plus simple qu'on ne l'attendrait de la grandeur des résultats. M. de Rossi a suivi le plan de Bosio, et, aux autorités consultées par celui-ci, il a ajouté plusieurs sources de la plus haute valeur, qui, du temps de Bosio, gisaient enfouies dans les manuscrits des bibliothèques. Le P. Marchi n'avait pas ignoré ces documents ; mais il n'avait pas suivi Tordre topographique adopté par Bosio. L'objet de ses recherches l'avait entraîné dans une direction précisément opposée à celle où ces nouveaux guides ojffraient de le conduire. C'étaient en effet de véritables Guides, des Itinéraires écrits aux vii^ et viii^ siècles pour diriger les pèlerins étrangers dans leurs visites aux principaux sanctuaires de Rome. Ils énuméraicnt toutes les tombes des martyrs, encore situées, lorsqu'ils furent écrits, à leur place primitive dans les sanctuaires suburbains. Cette place déterminée à l'aide d'aussi précieux documents, la sagacité de M. de Rossi lui fournit le moyen presque infaillible de la reconnaître. Sur l'emplacement des tombes célèbres, saint Damase et les papes qui lui succédèrent avaient fait faire de nombreux travaux après la paix de l'Église. Ils avaient

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