Eus., Hist. EccL, V, i. i ^ i,:3riu(j
àpvoî'vTO, toÙtod; (ZTColuÔ'^vat... « que les premiers ( ceux qui confessent la qualité de chrétiens) soient punis, et si quelques-uns nient, qu'ils soient renvoyés absous. » Les paroles du juge sont donc empruntées à l'édit de persécution rendu en 177 par Marc-Aurèle, et qui certainement ne faisait pas loi cinquante ans plus tard sous Alexandre-Sévère : et il y a tout lieu de croire que, quelle qu'en soit la source, la variante introduite par Adon dans le récit est conforme à la vérité.
Ceci admis, une autre difficulté naît aussitôt. Elle est relative au pape. S'il est vrai que sainte Cécile souffrit en 177, il est impossible que le pape Urbain ait joué aucun rôle dans son histoire. La difficulté cependant ne subsistera pas longtemps si l'on veut se souvenir de ce qui a été dit au chapitre précédent sur l'existence de deux Urbain, l'un évéque de Rome, l'autre évêque de quelque siège étranger, l'un pape et confesseur, enterré à Saint-Calliste, l'autre mort martyr et inhumé à Prétextât. Il est probable que l'évêque Urbain se trouvait à Rome au temps du pape Éleuthère, contemporain de Marc-Aurèle, et, pendant la persécution, remplissait pour ce pontife quelques-unes des fonctions épiscopales, comme lirent à Carthage les évêques Caldonius et Ercolanus, remplaçant pendant quelque temps saint Cyprien ^ : peut-être même était-il évêque de ce pagus de la voie Appienne dont parlent les actes, et qui est voisin du cimetière de Prétextât, dans lequel un évêque martyr Urbain était vénéré ^ : il aurait été ainsi mis en rapport avec la vierge Cécile, et aurait joué dans son histoire le rôle touchant que rapportent les actes. L'auteur des actes, trouvant dans la tradition ou dans les anciens documents sur
t» Cypnaii.,£p.^3i,39.
2. C'est l'hypothèse proposée par le jésuite Lesleus, Missale mo^arah.j Romas, 1755, t. II, p. 608. Cf. de Rossi, Bull, di arch. crlst.^ 1872, p. 51, et Roma sotterra.iua, t. II, p. 151. — M. de Rossi fait remarquer qu'il n'existe aucune trace de ce siège épiscopal situé presque aux portes de Rome.
lesquels il travaillait le souvenir d'un Urbain, en lit naturellement le pape de ce nom, et, par un anachronisme, suite inévitable de cette première confusion, raconta que sainte Cécile, honorée d'un privilège dû à son rang, à sa vertu et à son courage, fut enterrée par saint Urbain dans le lieu le plus vénéré du cimetière de Calliste, « entre les évèques ses collègues, » inter collegas suos episcopos.
Maintenant que toutes les dates sont rectifiées, nous savons, au contraire, que sainte Cécile fut enterrée dans ce qui devint plus tard le cimetière de Calliste, bien avant qu'aucune partie de ce cimetière appartînt officiellement à l'Église, bien avant, par conséquent, qu'on eût commencé à y établir la sépulture collégiale des papes. La martyre reposait depuis quelques années dans l'hypogée de sa famille quand, sans doute vers la fin du 11^ siècle (on trouve plusieurs épitaphes de C^ecilii chrétiens appartenant à cette époque), celle-ci fit don à l'Église du cimetière qu'elle possédait sur la voie Appienne, et de vastes terrains adjacents. Le pape Zéphyrin en confia l'administration au diacre Calliste, et le cimetière des C^ecilii, agrandi comme nous l'avons vu par des additions successives, ne tarda pas à devenir la plus vaste et la plus importante des catacombes romaines. Ce n'est donc pas sainte Cécile qui fut enterrée parmi les papes, c'est elle, au contraire, qui fit aux papes du iii^ siècle les honneurs de sa demeure funèbre. Peutêtre même le sarcophage dans lequel elle reposait fut-il retiré à cette époque de la principale chambre, qui devint la sépulture du collège pontifical, et déposé, par les soins de Zéphyrin ou de son successeur, dans une cellule voisine créée tout exprès. Cette cellule dut être à l'origine petite, étroite, obscure, car la chambre sépulcrale de sainte Cécile ne fut pas toujours ce que nous la voyons aujourd'hui. C'est au pape Damase qu'elle doit son entrée actuelle et l'escalier qui y conduit directement : les arcs et les murailles de brique et de maçonnerie, qui datent certainement de lui, permettent de juger des travaux considérables entrepris par Damase pour l'embellissement de la crypte et
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la commodité des pèlerins. Enfin, à une époque encore plus récente, probablement sous le pontiiicat de Sixte III, on mit la chambre ainsi agrandie en communication avec le jour, en ouvrant dans la voûte le grand luminaire sur les parois duquel sont peintes les ligures de Polycamus, de Curinus et de Sébastien.
Quel peut être ce Sébastien } Nous ne connaissons de saint de ce nom que le célèbre martyr dont la basilique s'élève sur la voie Appienne à peu de distance du cimetière de Calliste. Les fastes de TEglise romaine conservent la mémoire de deux Quirinus ou Cyrinus : l'un, tribun militaire, qui fut enterré dans le cimetière de Prétextât, l'autre, évêque de Siscia en Illyrie, dont les reliques, fuyant devant les barbares, furent recueillies dans les catacombes de Saint- Sébastien. La couronne ou tonsure sacerdotale qui orne la tête du personnage désigné dans la fresque du luminaire par le nom de Curinus ne permet pas d'hésiter entre les deux martyrs homonymes. Du temps de Prudence, c'est-àdire au commencement du v^ siècle, les reliques du saint évêque de Siscia étaient encore conservées dans sa ville épiscopale^ Quand Tlllyrie eut été envahie par les barbares, elles furent transportées à Rome, vers l'an 420. La translation de ces reliques, assez célèbres pour avoir été chantées par Prudence, fut sans doute un grand événement, dont le principal cimetière de la voie Appienne voulut garder le souvenir, et l'image du martyr de Siscia fut peinte sur le grand luminaire de la crypte de sainte Cécile, à côté de saint Sébastien, dans Téglise duquel il venait de recevoir l'hospitalité. Le troisième personnage de la fresque, Polycamus, n'a pas d'histoire : ni les martyrologes ni les écri-