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10. Figures 31, 36 ; planches III, V, VI^ VII, VIÎI, n"* 2 et 3, xvil^ xvm.

compositions jusqu'aux détails les plus secondaires. A l'en croire, tel sujet, tel personnage était adopté par les peintres chrétiens, non parce qu'il répondait au but élevé que se proposait leur pinceau, mais parce qu'ils en retrouvaient les traits principaux dans quelque statue ou quelque peinture païenne : tel autre sujet, au contraire, n'était pas traité par eux, parce qu'ils ne rencontraient dans l'art païen aucun type analogue, et cette imitation servile s'étendait jusqu'aux détails accessoires de pose, d'ajustement et de costume. Elle était poussée si loin, dit-il, que, plus d'une fois, pour rendre avec une exactitude complète les modèles sur lesquels ils- calquaient leurs ouvrages, les peintres chrétiens oublièrent volontairement les enseignements de l'Eglise, et introduisirent dans les sujets les plus solennels des détails ou contraires au dogme ou malséants. Ainsi, dans la figure si souvent reproduite du Bon Pasteur, ils ajoutèrent plusieurs traits étrangers à la parabole : le divin berger fut quelquefois représenté par eux caressant un bouc ou tenant à la main une flûte, un long pipeau : détails inconnus au récit évangéliqué, quelquefois incompatibles avec son sens véritable, et que peut seule expliquer l'imitation servile de quelque statue de Pan ou de Mercure Criophore, de quelque image de faune ou de chevrier païen.

La réelle érudition, plus profane que sacrée, avec laquelle fut présentée cette thèse, les citations heureuses qui faisaient corps avec elle, les rapprochements brillants dans lesquels excellait l'auteur, lui gagnèrent une faveur rapide. Aujourd'hui, l'argument le plus fort sur lequel elle s'appuyait n'existe plus, et il est facile de voir tout ce qu'elle a de chimérique, de forcé, de contraire à la nature des choses. Raoul-Rochette fut trompé par fa fausse attribution donnée par Bottari à de singulières peintures publiées par lui comme provenant d'une catacombe chrétienne. On sait aujourd'hui que l'hypogée où Bottari vit ces peintures appartenait à une secte mithriaque *. Pluton et Proserpine,

I. Garrucci, les Mystères du syncrétisme phrygien y dans ]es Mélanges d'Archéologie des PP. Martin et Cahier, t. IV, p. 1-J4.

SOUS les noms de Dispater et Abracura, les Destins, Mercure messager des dieux emportant les âmes des morts dans un char traîné par quatre chevaux blancs, toutes ces images sur lesquelles travailla l'ingénieuse imagination de Raoul- Rochette, qui les croyait peintes sur des tombes chrétiennes, n'ont plus rien d'extraordinaire maintenant que Torigine véritable de Thypogée est connue : la présence de plusieurs traits chrétiens, comme le bon ange ou certains détails du banquet céleste, égarés au milieu de cet ensemble tout profane, s'explique soit par quelque tendance gnostique mêlée aux doctrines de la secte orientale, soit par ce syncrétisme bizarre dans lequel le paganisme en décomposition cherchait à la fin du iii^ siècle les moyens de retenir la vie qui lui échappait. Dans les peintures des catacombes chrétiennes on ne rencontre aucune trace de cet impur mélange de plusieurs religions. Un seul personnage mythologique s'y voit quelquefois (deux fois dans le cimetière de Domitille, une fois dans celui de Calliste) : c'est le poëte de Thrace, Orphée ^ La figure du demi-dieu charmant avec sa lyre les bêtes sauvages était très-populaire dans les premiers siècles de l'ère chrétienne : on la rencontre sur des médailles alexandrines d'Antonin le Pieux et de Marc- Aurèle. Tout le monde sait qu'Alexandre Sévère plaça dans son lararium les images d'Apollonius de Tyane, du Christ, d'Abraham et d'Orphée. Quelques Pères se plurent à faire d'Orphée la figure du Christ : le don qu'il avait reçu d'apaiser les bêtes féroces par la douceur de ses chants leur parut un symbole, une image anticipée du divin Maître domptant les cœurs des hommes rebelles par la force et la grâce de sa parole. Comme expression de la même pensée, et non par une imitation puérile de quelque modèle païen, le syrinx ou flûte de Pan se voit quelquefois dans les mains du Christ figuré sous les traits du Bon Pasteur. Chose" remarquable, et qui démontre le peu de solidité de la théorie rappelée tout à l'heure, la flûte du berger, dans les

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