I. Sacrificium pro dormitione. — S. Cyprianus, Ep
pouvaient contenir une centaine de personnes réunies dans la participation aux mêmes mystères; un plus grand nombre pouvait même se tenir dans les galeries et les chambres adjacentes, et y recevoir le pain de vie, que distribuaient les prêtres et les diacres. Les plus anciens monuments de la littérature ecclésiastique attestent qu'il en était souvent ainsi. La vue des lieux suffit du reste à le démontrer : dans cer-
Intérieur d'un cubiculum à Sainte -Agnès, avec des sièges et des bancs taillés dans le roc.
taines parties des catacombes on voit encore la chaire épiscopale, la chaire du surveillant ou du catéchiste, les bancs des fidèles taillés dans le roc, et retenant jusqu'à ce jour leur disposition primitive ; rien n'y a été changé depuis le moment où la main d'un architecte inconnu leur donna leur première forme.
Après la paix de l'Eglise les catacombes devinrent de véritables lieux de dévotion ; les tombeaux des papes et des martyrs y attiraient en foule les pèlerins. Les jours de la commémoration des martyrs célèbres, d'innombrables
fidèles y descendaient. Il devint nécessaire de rendre plus faciles les entrées et les sorties de ces lieux vénérés ; on dut agrandir les chapelles, on voulut les décorer plus richement. Le pape Damase se distingua entre tous dans ce pieux travail. Il posa de place en place des inscriptions, la plupart en vers, gravées toutes, chose remarquable, par le même artiste, et rappelant les triomphes des martyrs ou les travaux exécutés par le pontife dans leurs sanctuaires.
Aussi longtemps que les corps des martyrs restèrent déposés dans leurs tombeaux primitifs, la fête annuelle de chacun d'eux continua d'être célébrée en grande solennité dans les catacombes. Mais des jours mauvais arrivèrent. L'invasion des barbares pénétra jusqu'en ces sanctuaires souterrains. Les Lombards et tous les envahisseurs successifs de Rome les profanèrent et les pillèrent. Les reliques les plus précieuses durent être transportées dans l'enceinte de Rome et déposées dans les églises. Pendant une période de soixante à soixante-dix ans, à partir du milieu du viii^ siècle, les papes se consacrèrent à ce pieux sauvetage.
Les catacombes, dépouillées ainsi de leurs plus 'beaux ornements, se virent naturellement négligées. Elles finirent par tomber dans l'oubli; leur trace.se perdit peu à peu. En 1568, un moine augustin, le savant Onuphrius Panvinius^, publiant un livre sur « les cérémonies des enterrements chrétiens et les anciens cimetières % » dut emprunter les noms de ceux-ci aux actes des martyrs et aux documents écrits : les traditions locales étaient devenues muettes. Il dit expressément que trois cimetières seulement étaient encore accessibles : celui de Saint-Sébastien, celui de Saint-Lau-
1. « Ce maître illustre, qui n'a presque laissé que des matériaux, mais des matériaux gigantesques, d'où sont sortis les plus savants traités d'antiquités romaines, aussi bien que les premiers essais d'histoire ecclésiastique, mourut de très-bonne heure, à trente-huit ans, comme Raphaël et Mozart, laissant comme eux l'inexplicable énigme d'une fécondité surhumaine, » Vitet, Journal des Savants^ 1865,
2. De ritu sepeliendi apud v et ères christianos . et de eoriim cœmeteriis.
ORIGJNt DES CATACOMBES. 45
rent (ou du moins la galerie unique que l'on voit encore d'une fenêtre de la chapelle de Saint-Cyriaque, dans la basilique de Saint-Laurent), et celui de Saint- Valentin sur la voie Flaminienne, situé sous une propriété de Tordre des Augustins.
Dix ans après, le hasard remit en lumière une autre catacombe, beaucoup plus intéressante que les portions de médiocre étendue qu'avait pu voir Panvinius. On désira bientôt, dans l'intérêt de la religion comme dans celui de la science, apprendre quelque chose de plus sur de si vénérables monuments de l'antiquité chrétienne. Mais cela n'était possible qu'au prix de beaucoup de travail et de beaucoup de temps. Il fallait retrouver, créer de nouveau une histoire perdue, en comparant, par un examen attentif et minutieux, les parties connues ou nouvellement découvertes des catacombes avec les témoignages des documents écrits. Nous avons montré, en esquissant l'histoire littéraire des catacombes, comment, pendant les deux derniers siècles, ce travail fut entrepris et poursuivi par différents auteurs avec des succès divers, et comment, de nos jours, M. de Rossi, attiré dès sa jeunesse vers cet immense et admirable sujet d'études, lui consacre depuis trente ans les efforts d'un esprit merveilleusement doué et les ressources d'une érudition infatigable. Ayant de plus sous la main des appuis et des avantages qui avaient manqué à la plupart de ses devanciers, il a fait faire à l'archéologie chrétienne un pas immense, et a donné à l'étude des catacombes des règles précises, des principes absolus^ qui la font sortir du cercle des connaissances conjecturales pour l'élever au rang d'une science proprement dite.
Le livre que nous publions n'a d'autre but que de mettre à la portée de tous les lecteurs le fruit des travaux de M. de Rossi. Marchant fidèlement sur ses traces, nous raconterons d'abord l'histoire des catacombes depuis leur origine ; puis nous décrirons le cimetière de Calliste, qui en embrasse toutes les époques, et peut être considéré comme le type le plus complet du cimetière chrétien primitif; nous
exposerons ensuite les lumières si nouvelles et, pour plusieurs, si inattendues que les découvertes modernes ont jetées sur rhistoire de Tart et de la doctrine dans les premiers siècles de l'Église.
Avant d'entrer dans l'étude de ce triple sujet, il est nécessaire d'en bien établir le point de départ historique. Nous consacrerons deux chapitres préliminaires à étudier l'introduction du christianisme à Rome, et à rechercher quelle fut, entre le temps de la prédication apostolique et celui de la paix de TÉglise, la position légale et sociale des chrétiens.