Joh. XIX
tient la place des trois enfants dans la fournaise; un agneau, armé de la verge miraculeuse, fait jaillir du rocher une eau vers laquelle un autre agneau se précipite; un agneau opère le prodige de la multiplication des pains: un agneau, de sa patte levée, touche la tête d'un autre agneau placé au pied d'une chute d'eau et sur lequel une colombe verse un torrent de lumière, symbole des dons du Saint-Esprit dans le sacrement de Baptême ; un agneau s'approche avec respect pour recevoir le livre de la loi ; un agneau ressuscite Lazare. Ces six représentations figurées prouvent incontestablement le caractère symbolique des sujets sculptés sur les sarcophages ; elles nous enseignent que, dans la main de Moïse, ou de Pierre, ou de Tagneau, la verge divine représente le pouvoir du Christ , par lequel les miracles de la grâce dans les sacrements de l'Eglise sont opérés *.
I. Il est curieux d'observer combien fréquente est la reproduction des mêmes sujets sur les sarcophages sculptés de Rome. Le catalogue qui suit est tiré des Letters from Rome de Burgon , lettre XX : Burgon énumère cinquante-cinq sarcophages étudiés par lui au musée de Latran, et nous ajoutons à la liste le résultat de rétude faite par Bosio sur quarante-huit autres, dont trente ont été trouvés dans les cryptes du Vatican. Voici la liste des sujets représentés, et Ténumération du nombre de fois oli ils se
Notre revue des sculptures chrétiennes du musée de Latran ne serait pas complète si nous passions sous silence la célèbre statue assise de saint Hippolyte, placée au fond de la grande salle. Winckelmann y reconnaît l'œuvre la plus parfaite qu'ait produite la sculpture chrétienne primitive. Elle a été découverte lors des fouilles pratiquées en 1551 dans le voisinage de Saint-Laurent-hors-des-Murs. Il est probable que sa place première avait été le cimetière souterrain de Saint-Hippolyte, ou la basilique adjacente à ce cimetière. Elle ne peut être postérieure au 11 1^ siècle : la tête et les bras sont modernes, mais les parties antiques de la statue, le corps et les draperies, sont d'une pureté de style, d'une dignité d'attitude et de maintien qui reportent l'esprit bien loin du temps de Constantin; de plus, le Canon paschalis gravé sur un des côtés du siège de marbre dans lequel le saint docteur est assis cessa d'être suivi quelques années après le martyre d'Hippolyte, ce qui achève de fixer la date approximative de la statue. Nous ne fatiguerons pas nos lecteurs par un exposé détaillé des longues disputes auxquelles donna lieu, dans la primitive Église, la fixation du jour où devrait être chaque année célébrée la Pâque. On sait que l'Église romaine lutta longtemps et avec énergie contre ceux qui suivaient le mode de calcul dés Juifs, et qui, faisant tomber la Pâque le quatorzième
rencontrent : nous mettons en regard les chiffres résultant des observations de Bosio et de celles de M. Burgon sur les sarcophages du Latran :
Latran. Bosio.
Histoire de Jonas 23 11
Moïse frappant le rocher 21 16
Arrestation de saint Pierre. . . 20 14
Multiplication des pains 20 14
Jésus rendant la vue à l'aveugle 19 11
Changement de l'eau en vin.. 16 8
Résurrection de Lazare 16 14
Reniement de saint Pierre.... 14 8
Daniel dans la fosse aux lions. 14 7
Guérison du paralytique 12 7
Création d'Eve 11 2
Sacrifice d'Isaac 11 9
Adoration des Mages 11 8
Latran. Bosio.
Chute d'Adam et Eve 14 10
Guérison de l'hémorroïsse . ... 8 9
Entrée de Jésus à Jérusalem . . 6 8
Le Bon Pasteur 6 9
Noé dans l'arche 5 6
Le Christ devant Pilate 5 6
Le Christ donnant la Loi 4 6
Les 3 enfants dans la fournaise 4 3
Moïse se déchaussant 2 2
Élie enlevé au ciel 2 3
La Nativité, avec le bœuf et
l'âne I 4
Jésus couronné d'épines i i
jour du mois lunaire, avaient reçu le nom de Quarto-Decimans. Pendant les deux premiers siècles TEglise avait conservé la manière juive de supputer la date pascale ; mais, peu à peu, les chrétiens persécutés par la Synagogue se détournèrent avec une horreur croissante de tout ce qui venait d'une source juive : et comme, depuis le commencement du III* siècle, l'Église renfermait dans son sein des hommes d'une science égale à celle des rabbins, les évêques chrétiens, et spécialement Tévêque de Rome, jugèrent le moment venu de fixer avec autorité la date à laquelle devrait être célébrée désormais la grande fête de Pâques.
Hippolyte est le premier qui ait composé une table par laquelle, en doublant la période grecque de huit ans, il crut, au moyen de sept de ces périodes de seize années, trouver une formule corrigeant les différences entre les années lunaires et solaires, et fixant pour toujours la vraie date pascale. Sur une des faces de la chaire de marbre est gravé le mode de calcul, le Canon^ sur l'autre une table composée d'après ce canon, et donnant la date de la Pâque pendant cent douze années. Malheureusement la méthode de saint Hippolyte se trouva faussée par une erreur de trois jours dans le calcul de chaque période de seize ans : quand Terreur eut été reconnue, ce premier essai de calendrier pascal perdit toute valeur pratique, et il fut nécessaire de redresser et de refaire tous les calculs. Nous connaissons ces détails par un traité attribué à saint Cyprien, et portant la date de Tan 243; Fauteur assigne à cette erreur de trois jours une cause curieuse : saint Hippolyte, dit-il, a compté du premier jour de la création du monde, au lieu de commencer à celui où la lune fut créée ! Nous pouvons conclure de tout ceci que la statue appartient à la première moitié du iii^ siècle, à une époque où l'erreur du canon d'Hippolyte n'était pas découverte, et où il était encore considéré comme un des principaux titres de gloire du saint docteur.
Dans la pensée de saint Hippolyte, la table composée par lui déterminait la date de la Pâque dans le passé non moins
exactement que dans l'avenir. On y voit marquées les dates des plus célèbres solennités pascales, par exemple l'Exode, qui, d'après lui, aurait eu lieu le 2 avril, ou le 5, si Ton suit la chronologie de Daniel. Hippolyte fixe également la date des diverses célébrations de la Pàque dans le désert, au temps de Josué, d'Ézéchias, de Josias, d'Esdras; il note le jour où tombait la Pâque dans Tannée où naquit le Christ et dans l'année où il souffrit.
La liste des ouvrages de saint Hippolyte est gravée à côté du canon pascal. L'édition de Migne contient, avec le texte du canon, de la table, et le catalogue des ouvrages, un long et intéressant commentaire auquel nous renvoyons le lecteur désireux d'approfondir des problèmes de critique et d'histoire que nous ne pouvons même effleurer ici. Qu'il nous soit permis d'ajouter seulement un curieux détail : même longtemps après que son canon pascal fut tombé en désuétude, saint Hippolyte n'en demeura pas moins un des saints les plus populaires, non-seulement à Rome, mais encore en Gaule : sur un sarcophage du iv* siècle trouvé à Apt, près d'Avignon, on voit, sculptés des deux côtés du Christ, le pape saint Sixte II et le docteur saint Hippolyte, désignés parles noms S VST VS et HYPOLITVS : ce dernier tient à la main un volume roulé, allusion à ses nombreux et fameux écrits*.
Le cadre limité de ce travail ne nous permet pas de poursuivre hors de Rome l'étude de la sculpture chrétienne : nous devons cependant dire un mot de deux curieux sarcophages découverts par M. de Rossi à Tusculum et à Spolète, et dont les bas-reliefs ajoutent des traits nouveaux à notre revue des symboles primitifs.
I. Bull, dl arch. crise. j 1866, p. 34-36. — Sur les vetri^ qui sont également bien postérieurs à l'époque où vécut saint Hippolyte, le grand docteur est souvent représenté : voir plus haut, page 410. Sur les nombreux problèmes que soulève l'histoire de saint Hippolyte, et en particulier sur le point de savoir si les Philosophumena peuvent lui être attribués, consulter le Bullettino. 1866, p. 38, 42, 97-98.
L'un de ces sarcophages^ a été acheté, en 1870, par M. de Rossi, et rapporté par lui de Spolète à Rome : il a ainsi sauvé de la destruction un rare fragment de sculpture du iv*' siècle, qui se trouvait confondu avec des matériaux servant à la construction. La scène représentée sur ce débris de sarcophage^ est relative à ce symbole du navire dont nous avons déjà parlé : bien qu'une partie seulement de la composition ait été conservée, et qu'il soit difficile de reconstruire même hypothétiquementcequi manque, on verra quel riche développement le sculpteur a donné à l'antique symbole représenté sur ce marbre. Dans une barque sont assis quatre personnages, reconnaissables à leurs noms écrits près d'eux. L'un est Jésus : il est assis à la proue : de la main gauche il tient une rame, de la droite, levée, il fait un geste : il semble donner un ordre ou enseigner. Les trois autres personnages rament : au-dessous de l'un est écrit M ARC VS, au-dessous des deux autres LVCAS et lOANNES: la pierre, après saint Jean, est brisée, et il est probable qu'un quatrième rameur était représenté, et que c'était aussi un évangéliste, Matthieu. Devant le navire on aperçoit un phare. La scène représentée ici est moitié historique, moitié symbolique, comme dans un grand nombre de monuments figurés des premiers siècles. L'esprit se reporte naturellement à la scène racontée par un évangéliste, quand Jésus monta dans la barque de Pierre, sur le lac de Génésareth,et de là enseigna la foule ^ : et il est possible que la partie perdue de notre marbre ait représenté la pêche miraculeuse qui eut lieu ensuite*. Mais en même temps certains détails montrent que, si le sujet adopté par le sculpteur est celui-ci, le symbole plus que l'histoire l'a préoccupé. Parmi les personnages représentés sur le sarcophage, un seul est cité par l 'évangéliste comme ayant pris part à la scène du lac de
1. Bull, di arch. crise. ^ 1871, p. 123-127, et tav. vil, n" i.