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I, — DESCRIPTION DE LA CHAIRE

La chaire de saint Pierre est supportée par quatre solides pieds en^chêne jaune, que réunissent des barres horizontales faites de même

Fig. 63. — La chaire de saint Pierre, d'après une photographie prise en 1867.

bois. Dans ces pieds sont fixés les anneaux de fer qui faisaient d'elle une sella gestatoria, telle que celle dans laquelle est encore aujourd'hui

Cf. Bullettino di archeologia cristiana, 1B67, p. 33-47.

porté le souverain pontife dans les occasions solennelles, ou celles dont les sénateurs romains commencèrent à se servir sous le règne de Claude. Les quatre pieds de chêne étaient carrés ; maintenant ils sont rongés et déformés par l'âge, et de nombreuses parcelles de bois leur ont été enlevées pour être conservées comme reliques. Ces vénérables supports ont été fortifiés par des pièces de bois d'acacia de couleur sombre, qui forment toute la partie intérieure de la chaire, et paraissent n'avoir aucunement souffert des causes qui ont réduit les pieds de chêne à l'état de ruines. Les panneaux de face et des côtés, ainsi que la rangée d'arcades formant dossier, et le tympan qui la surmonte, sont faits de même bois. La circonstance la plus remarquable de ce mélange de deux bois différents, c'est que tous les ornements d'ivoire qui couvrent le devant et le dossier de la chaire sont attachés au bois d'acacia seul, et jamais aux portions composées de chêne. La charpente de chêne, avec les anneaux qui y sont fixés, paraît donc appartenir à une date plus ancienne que les parties en bois d'acacia et leurs ornements d'ivoire.

Ces ornements d'ivoire sont eux-mêmes de deux sortes. Ceux qui couvrent le panneau de devant sont des plaques d'ivoire carrées, disposées en trois rangées contenant chacune six plaques : sur celles-ci sont gravés les travaux d'Hercule, et dans les lignes de la gravure sont appliquées des laminœ d'or. Quelques-unes de ces plaques d'ivoire sont posées la tête en bas, et il est certain qu'elles n'ont point été fabriquées pour la place qu'elles occupent maintenant. Celles qui décorent le dossier s'adaptent parfaitement, au contraire, avec les portions d'acacia qu'elles recouvrent, elles correspondent à son architecture et paraissent avoir été fabriquées exprès pour le revêtir. Ce sont de longues bandes d'ivoire, non plus gravées, mais sculptées en relief, et représentant des combats d'animaux, de centaures et d'hommes ; au milieu de la barre horizontale du tympan est la figure d'un empereur couronné, portant dans sa main droite un sceptre aujourd'hui brisé, et dans sa main gauche un globe; il a des moustaches, mais pas de barbe : M. de Rossi reconnaît en lui Charlemagne ou l'un de ses successeurs. De chaque côté de cette figure se tient un ange : l'un présente une couronne, l'autre porte une palme. Le style du bas-relief et des arabesques correspond à l'époque de Charlemagne. Les ivoires représentant les travaux d'Hercule sont beaucoup plus anciens : M. de Rossi ne croit point, cependant, qu'ils remontent jusqu'au i^"" siècle.

Cette chaire n'est certainement pas, comme l'avait cru Wiseman

sur la foi des descriptions inexactes de Torrigio et de Febeo, la chaise curule en ivoire dont se servait le sénateur Pudens. Mais rien ne s'oppose à ce que la charpente en chêne remonte au i^*" siècle. Elle est plus ancienne que les revêtements en bois d'acacia et les bandes d'ivoire qui les recouvrent : les uns et les autres appartiennent au moyen âge. Les ivoires antiques qui décorent le panneau antérieur furent probablement fixés à la chaire vers la même époque. Il n'est pas rare de trouver des couvertures d'évangéliaires, des rehquaires, des objets précieux de la première partie du moyen âge ornés ainsi d'ivoires de travail païen ^. A cette époque, le paganisme était bien mort : on ne craignait pas de faire servir à toute sorte d'usages, même à des usages sacrés, les trésors d'art laissés par lui. Au contraire, aux premiers siècles, pendant la lutte entre l'Eglise naissante et le paganisme encore maître du monde, les chrétiens (on Fa vu dans notre chapitre sur la sculpture) repoussaient avec horreur toute représentation empruntée à l'idolâtrie : ils n'eussent certes point laissé des objets de cette nature décorer une relique aussi vénérée que la chaire de saint Pierre. Il faut donc faire deux parts dans l'état actuel de la chaire, et distinguer la charpente primitive des additions postérieures. Cette charpente primitive peut fort bien avoir fait partie, non d'une chaire curule, mais d'une sella gestatoria : les anneaux antiques qui y sont fixés semblent l'établir. Or Wiseman fait remarquer avec beaucoup de raison que l'usage de la sella gestatoria remonte précisément au règne de Claude, et fut adopté à cette époque par les sénateurs. Il est très-vraisemblable que ce qui était alors regardé comme un honneur et un privilège réservé aux plus hautes dignités ait été offert par un converti de rang sénatorial au Pasteur suprême de l'Eglise, à celui auquel, selon l'expression du Liber pontijicalis, a la chaire fut donnée ou conférée par le Seigneur Jésus-Christ ^. »

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