DE SAINT PIERRE
Pour établir historiquement que la relique vénérée sous ce nom a été regardée depuis les premiers temps de l'Eglise romaine comme le
1. Voir Labarte, Hist. des Arts industriels, 2^ édit., t. I, p. 102-104 ^^ pi. XV.
2. Hic (Clemens) ex prascepto Beati Pétri suscepit Ecclesiam, et Pontificatum gubernavit sicut ei fuerat a Domino Jesu cathedra tradita, vel commissa. ~ Lib. pont., IV.
siège pastoral de saint Pierre, deux choses sont nécessaires : en premier lieu produire une chaîne de témoignages rattachant aux temps apostoliques ou aux temps voisins des apôtres la cathedra Petri^ en second lieu démontrer que, en dehors de son acception métaphorique et morale, l'expression cathedra ou sedes Pétri a été et doit être prise dans un sens littéral et concret.
Prenons un exemple. On lit dans Bède * que Ceadwalla, roi des West-Saxons, converti par Wilfrid, vint à Rome pour y être baptisé. Après sa mort, arrivée en 689, le pape Sergius P^ fit placer dans Saint-Pierre une longue inscription où se lisent ces mots :
« Le roi Ceadwalla, puissant dans la guerre, abandonna tout pour l'amour de Dieu, afin de pouvoir visiter Pierre et la chaire de Pierre, et recevoir humblement à sa source l'eau qui purifie. »
A première vue, dans ces paroles, « la chaire de Pierre » paraît une expression métaphorique, désignant Rome et la juridiction papale, comme « Pierre » y est une métaphore, désignant le successeur de l'apôtre, le pape Sergius. Dans un passage comme celui-ci, rien n'indique une allusion précise, formelle, à une chaire matérielle et visible, telle que celle que nous venons de décrire.
Il faut donc produire des textes ne laissant aucun doute sur leur signification littérale, n'impliquant aucune idée de métaphore.
Tel est le passage suivant d'Ennodius de Pavie, qui florissait à la fin du v«= et au commencement du vi« siècle. Il peint Rome se réjouissant d'être chrétienne, et met dans sa bouche ces belles paroles : Ecce nunc ad gestatoriam sellam apostolicœ confessionis uda mittunt limina candidates, et uberibus, gaudio exacte^ Jîetibus collata Dei heneficio dona geminantur ^ : « Voyez les seuils humides envoyant des néophytes en robe blanche vers la sella gestatoria de la confession apostolique; là, parmi des flots de joyeuses larmes, sonc conférés, l'un après l'autre, les dons apportés par la bonté de Dieu, » c'est-à-dire les deux sacrements de Baptême et de Confirmation. Dans ce passage Ennodius nous représente sous de vives couleurs le spectacle offert par le Baptistère du Vatican, quand les nouveaux baptisés, plein d'une émotion joyeuse, sortaient des fonts pour recevoir la confirmation de la main de l'évêque assis dans la sella gestato-
1. Hist. EccL, V, 7. — cf. de Montalembert, les Moines d' Occident , t. V, pp. 131, 132.