III. AUTRE CHAIRE DE SAINT PIERRE
DANS LE CIMETIÈRE d'oSTRIANUS.
Voici par quels raisonnements la critique peut établir l'existence d'une seconde chaire de saint Pierre, aujourd'hui perdue, mais qui fut vénérée dans les premiers siècles.
Parmi les olea recueillies, au temps de saint Grégoire le Grand, par Fabbé Jean (voir pages 31, loi), et conservées à Monza, figure « Thuile de la chaire dans laquelle siégea d'abord l'apôtre saint Pierre. » Elle ne peut pas avoir été puisée près de la chaire conservée à cette époque au Vatican, car, dans le papyrus manuscrit de Monza, où la provenance de chaque relique est indiquée avec beaucoup de soin, on la trouve citée parmi les olea recueillies près de la voie Salaria Nova. Entre la voie Salaria Nova et la voie Nomentane s'étend une lande derrière laquelle est située la crypte (le cimetière d'Ostrianus) où, selon Bède, furent enterrés les corps des martyrs Papias et Maurus, baptisés en prison par le pape Marcel. Ce lieu était appelé ad Nymphas B. Pétri uhi baptiiabat ou, comme on lit dans les Mirabilia Urbis Romœ, « le cimetière de la fontaine de Pierre, » fons Pétri. Or, puisque toutes les autres olea de l'abbé Jean sont notées par lui dans Tordre où il les recueillait, allant de sanctuaire en sanctuaire, cette conclusion est évidente : lorsque, en allant de la voie Salaria à la voie Nomentane, il s'arrêta pour puiser à la « fontaine de Pierre » « l'huile de la chaire où siégea d'abord Faputre, » il devait exister dans ce cimetière une chaire alors vénérée comme sedes ubi prias sedit Petrus apostolus.
On en trouve des traces légères, et comme voilées, dans quelques documents antiques. Ainsi le martyrologe hiéronymien indique le i8 janvier comme date de la Dedicatio cathedrœ sancti Pétri apostoli qua primum Romœ sedit. Le même jour est marqué comme la fête de la chaire de saint Pierre à Rome, dans les martyrologes d'Ado et de Bédé. Aucun de ces documents n'emploie l'expression ubi primus ou prier, mais toujours l'adverbe prius ou primum j faisant allusion, non à la lignée des pontifes romains dont saint Pierre fut le premier, mais à quelque autre chaire dans laquelle il siégea après celle-ci. L'histoire de saint Pierre rend vraisemblable cette hypothèse. Tous les anciens auteurs supposent deux voyages de l'apôtre à Rome, l'un du temps de Claude, l'autre sous le règne de Néron. Ces deux voyages expliquent aisément comment il put résider
en deux lieux différents, et siéger sur deux chaires conservées ensuite avec affection et respect par les chrétiens de Rome.
U antiquité du cimetière appelé indifféremment d'Ostrianus ou Fons Pétri a été démontrée ailleurs ^ ; la description d'une de ses cryptes par Bosio ressemble beaucoup, selon la remarque de M. de Rossi, à celle du lieu où dut être vénérée la chaire. Mais tout vestige de la chaire elle-même a disparu : moins heureuse que la chaire du Vatican, il n'est rien resté d'elle dans la mémoire des hommes : le raisonnement peut seul la retrouver : pas une légende, pas même une tradition fabuleuse n'a perpétué son souvenir. Et, cependant, l'hypothèse de son existence est le seul moyen d'expliquer certaines expressions singulières relatives au cimetière d'Ostrianus, qui, bien que fort petit, portait le titre de Cœmeterium majus; elle est aussi le seul moyen de débrouiller la confusion, autrement inexplicable, dans laquelle est enveloppée l'histoire des deux fêtes de la chaire de saint Pierre. . .