DE SAINT PIERRE
Personne, dans l'antiquité et pendant tout le moyen âge, ne douta que saint Pierre eût fondé l'Eglise de Rome et en eût fait le siège de la primauté divinement établie. Ce fait historique fut contesté pour la première fois au xvi* siècle. A cette époque, des controversistes protestants, pressés par les apologistes catholiques, essayèrent de tourner, en quelque sorte, la position que ces derniers
I. Page I02. Parmi les inscriptions tout à fait primitives trouvées dans ce cimetière, et appartenant aux confins de l'âge apostolique, nous avons omis de noter celles découvertes en 1870, et précieuses à cause des titres ecclésiastiques qu'elles mentionnent : avr(^/imx). heliodorvs. prt. (presbyter). — FAVOR. LECTOR. Tertullien fait mention de la charge de lector, et certains écrivains ont soutenu qu'elle n'existait pas avant le m* siècle : il est intéressant d'en trouver, dans le cimetière même où saint Pierre a siégé, des exemples bien antérieurs à cette époque. Bull, di arch. crist., 1871, p. 30-34. — Outre le cimetière d'Ostrianus, il existe, à onze ou douze milles de Rome, près de Tusculum, un lieu appelé, dans un diplôme de 955, locus uhi dicîtur sella. Pétri : peut-être était-il conservé en cet endroit une copie de la sella apostûlicœ confessionis, comme Ennodius appelle la chaire originale du Vatican : peut-être une tradition, dont il n'est resté aucun autre vestige, rapportait-elle que saint Pierre avait, soit pendant quelque temps, soit dans une circonstance particulière demeurée inconnue, siégé en ce lieu. Bull, di arch. crist., 187a, p. 103.
occupaient sur le roc inexpugnable de l'Écriture sainte, de la tradition et des Pères : ils déplacèrent habilement le terrain du combat, substituant à la discussion théologique la controverse historique. Ils crurent ruiner le fondement du catholicisme en soutenant que saint Pierre ne vint pas à Rome, ne fit point de Rome le siège de sa juridiction apostolique, et n'arrosa point de son sang le premier anneau de cette longue chaîne de pontifes dont l'histoire se confond avec celle du christianisme lui-même. Nous ne discuterons pas ici cette opinion, [abandonnée aujourd'hui par la critique la moins orthodoxe ^ Nous la rappelons seulement parce qu'elle se lie à l'histoire liturgique de la chaire de saint Pierre. « Ce fut, dit le R. P. Guéranger, pour opposer l'autorité de la liturgie à une si étrange prétention des Réformateurs que Paul IV, en 1558, rétablit au i8 janvier l'antique fête de la chaire de saint Pierre à Rome, car, depuis de longs siècles, l'Eglise ne solennisait plus le mystère du pontificat du prince des apôtres qu'au 22 février, où l'on réunissait la chaire d'Antioche à celle de Rome. Désormais, ce dernier jour fut assigné à la seule chaire d'Antioche, la première que l'apôtre ait occupée^*. » Tous les martyrologes, à partir du viiP siècle, désignent ce jour comme Cathedra Pétri in Antiochia^ ou apud Antiochiam^ ou qua sedit apud Antiochiam, M. de Rossi fait remarquer que les documents antérieurs au viii^ siècle ne contiennent aucune allusion à Antioche à propos de la fête du 22 février. La liturgie grégorienne intitule simplement ce jour Cathedra sancti Pétri ^, et dans un manuscrit de cette liturgie sont même ajoutés expressément les mots in Roma. A l'époque de saint Léon le Grand, cette fête était célébrée dans la basilique Vaticane avec un grand concours d'évêques, et s'appelait Dies Apostoli ; dans le calendrier Buchérien, qui indique les plus grandes fêtes de l'Eglise romaine après la persécution de Dioclétien, elle est indiquée comme Natale Pétri de Cathedra. Le sermon sur cette fête attribué à saint Augustin ne fait aucune mention d'Antioche : on y lit ces paroles : « Nos pères ont donné à cette solennité le nom de la Chaire (cathedra).^ parce que Pierre, le premier des apôtres, est dit avoir reçu en ce jour la chaire de l'épiscopat. C'est donc avec raison que les Eglises célèbrent la fête de ce siège (sedisj fondé par l'apôtre pour le salut de toutes les Eglises*. »